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AFFAIRE DSK
LA FOLLE SEMAINE DE DSK
La gigantesque partie de poker entre avocats et accusation se poursuit. Après l’euphorie du clan DSK à la suite des mensonges de Nafissatou, la tension est de nouveau à son comble dans une affaire qui est loin d’être terminée pour l’ex-patron du FMI.

Mis en ligne le 13.07.2011

DE NOTRE CORRESPONDANT À NEW YORK MARC VARAYRE

Folle semaine pour Domnique Strauss-Kahn, encore retenu à New York qu’il ne peut quitter faute d’avoir récupéré son passeport, toujours confisqué. En huit jours, il aura retrouvé un semblant de liberté, il aura même espéré être lavé de tout soupçon avant d’être rattrapé par l’affaire Tristane Banon en France, une apprentie journaliste parisienne qui l’accuse désormais d’agression sexuelle. Sans oublier ces nouvelles révélations sur son comportement quelque peu déplacé au Sofitel auprès de deux réceptionnistes de l’établissement, invitées dans sa suite (lire encadré). Une suite occupée entre 1 heure et 3 heures du matin avec une autre galante compagnie, selon les enquêteurs des services du procureur. Et c’était compter sans le coup de tonnerre de l’avocat de Nafissatou Diallo, qui martèle que «l’agression sexuelle est bien une réalité, car les preuves physiques et biologiques ne manquent pas». Une gigantesque partie de poker entre avocats et accusation a commencé et n’a pas encore trouvé son épilogue.

QUARTIER BRANCHÉ

C’est un scénario qu’aucun réalisateur n’aurait pu imaginer. Le 1er juillet, contre toute attente, le procureur de l’Etat de New York, Cyrus Vance, admet devant le juge Michael Obus que le témoin de l’accusation a menti sur plusieurs points cruciaux, notamment devant le grand jury qui a inculpé DSK pour sept chefs d’accusation, l’un des hommes les plus puissants du monde, capable de faire et défaire les économies lorsqu’il était encore le directeur général du Fonds monétaire international jusqu’à sa démission après son arrestation, le 14 mai à l’aéroport John Fitzgerald Kennedy, à New York. A peine débarrassé de son bracelet électronique et de ses huit gardes du corps qui le surveillaient jour et nuit, postés devant sa chambre, et le suivaient pas à pas dans sa maison de TriBeCa, le quartier branché de Manhattan, DSK s’affiche. Le 1er juillet, avec Anne Sinclair tout sourire à son bras, le couple file dîner ou plutôt festoyer dans un restaurant italien ultrachic, le Scalinatella, dans le quartier non moins huppé de l’Upper East Side. Une addition à presque 700 dollars pour une simple entrée avec melon et prosciutto mais surtout des pappardelle à la truffe, un plat à 110 dollars l’assiette. Un repas arrosé de vin blanc frais d’abord, ce que DSK affectionne particulièrement, puis de vin rouge, un brunello di Montalcino à 116 dollars la bouteille. Pour le dessert, DSK reste fidèle aux traditions new-yorkaises et se délecte d’un cheesecake, tandis qu’Anne Sinclair préfère un tiramisu. Mais cette sortie, suivie par toute la presse qui campe jour et nuit devant le 153 Franklin Street – la demeure louée à 50 000 dollars par mois par Anne Sinclair – n’a pas du tout été du goût de Benjamin Brafman, l’avocat new-yorkais de DSK, qui a parfois du mal à contrôler son client indocile.

DSK AGACE SON AVOCAT

Il lui a fait savoir vertement que cette sortie «tapageuse n’était pas à renouveler», car elle donne de lui l’image d’un «jouisseur». Benjamin Brafman ne supporte pas, selon ses collaborateurs, «l’arrogance» du couple DSK-Sinclair. Sans parler des achats, par Anne Sinclair, de chaussures à 2400 dollars la paire dans la boutique du créateur Louboutin. Car Benjamin Brafman sait que la partie n’est pas encore tout à fait gagnée. Le procureur Cyrus Vance a refusé de lever les charges contre DSK, des accusations qui pèsent 74 ans de prison. Il a annoncé et répété que «les investigations se poursuivaient» et l’une de ses adjointes, Joan Illuzzi-Orbon, a clairement indiqué que «quelque chose d’autre qu’un acte consensuel s’est déroulé dans cette chambre». Un procureur qui veut aussi contraindre DSK à plaider coupable sur certains faits secondaires comme la séquestration avant, peut-être, de lever les accusations les plus graves.

 

«La présense de DSK est une atteinte au patrimoine de notre quartier»
Mina Roffman, une voisine

 

Le 2 juillet, Anne Sinclair et DSK quittent leur demeure de 630 m2 pour un saut au Metropolitan Museum, sous la pluie. Riante, elle s’étonne que les caméras de télévision la suivent. Mais, à bien regarder les images, lorsqu’elle tient le parapluie, Anne Sinclair ne porte pas l’alliance qu’elle arborait la veille au tribunal.

Les rares voisins de DSK à TriBeCa, eux, sont ulcérés par sa présence et les nuisances faites à leur tranquillité si chèrement acquise. A l’image de Mina Roffman, une designer qui tempête contre DSK dont «la présence est une atteinte au patrimoine de notre quartier. Cette cohabitation déprécie la valeur de nos biens. Je me demande si je ne vais pas en faire part à mon avocat…» ironise cette femme. Et une procédure de plus. A deux pas de là résident l’actrice Meryl Streep mais aussi le mannequin Heidi Klum, le rappeur Jay-Z ou encore Maria Carey, dans ce carré à deux pas du fleuve Hudson.

DÎNER DISCRET

Le 5 juillet en soirée, DSK et son épouse, après trois jours sans sortie, s’éclipsent pour un dîner chez des amis. Le message de Brafman a été reçu cinq sur cinq. Finis les restaurants branchés. Brafman a imposé la stratégie du profil bas. A son retour, DSK a du mal à enlever la clé de la serrure sous les yeux des caméras du monde entier, qui ne ratent pas une miette de cette scène quelque peu cocasse.

Mais pendant ce temps, à Paris, Tristane Banon, durant le week-end du 3 juillet, peaufine avec Me David Koubbi sa plainte contre Dominique Strauss-Kahn. Une plainte annoncée le 4 juillet et déposée le 5 au Tribunal de Paris, qui a accepté vendredi d’ouvrir une enquête préliminaire. Un coup dur pour le moral de DSK qui croyait cette affaire réglée. C’est là que les conseillers occultes de DSK, persuadés que cette fille d’une élue socialiste n’oserait pas aller jusqu’au bout, se remettent au travail. Les trois fidèles communicants de DSK, tous au sein de l’agence Euro RSCG, multiplient les coups de fil à tous les journalistes politiques pour les prévenir et les mettre en garde sur cette affaire qui «ne vaut rien» ou «se dégonflera». Mieux, c’est désormais ce trio qui gère les communiqués des avocats de DSK à la presseaméricaine. Ils sont visés, relus, décortiqués à Paris avant d’être renvoyés à New York. Un travail de sape est entrepris pour contrer les velléités du procureur. Ce sont les mêmes qui tentent de faire croire à des journalistes peu au fait de la vie politique américaine que Cyrus Vance est en campagne électorale, donc a besoin de prendre un gros poisson dans ses filets pour assurer sa réélection. En fait, le procureur Vance ne se représentera pas avant 2013 devant les électeurs. Les mêmes qui ont aussi envoyé des messages aux rédactions pour les dissuader de pousser trop loin leurs investigations contre la promesse d’un mot, d’une confession de l’ex-futur candidat à la présidentielle française.

«COUPABLE DE RIEN»

Ce sera la semaine de tous les dangers pour DSK. D’autant que Kenneth Thompson, l’avocat de la femme de chambre, a annoncé dans une interview exclusive au journal Le Parisien que «cette femme est bien une victime de DSK». Et d’affirmer que «les déclarations de Nafissatou sont corroborées par le médecin légiste qui l’a examinée», après son agression, au St. Luke’s Roosevelt Hospital. Le clan DSK est moins rassuré. Il devine que le procureur mais aussi l’avocat de la victime ont mis au point une habile stratégie de communication pour le contraindre à accepter une partie des accusations. C’est alors que l’un des deux avocats de l’ex-boss du FMI, William Taylor, fait savoir que son client «ne plaidera coupable de rien».

Les Français, eux, ont déjà jugé. Ils n’en veulent plus: 65% d’entre eux estiment qu’il n’est pas souhaitable que DSK se présente à la prochaine présidentielle en 2012.

 


DEUX AUTRES FEMMES SOLLICITÉES PAR DSK AU SOFITEL

Deux membres du personnel du palace new-yorkais auraient été «approchées» par DSK. L’une d’elle a été entendue par les enquêteurs du NYPD.

Elle venait de trouver son premier véritable emploi au Sofitel de New York. Pour Marie L., diplômée de l’Ecole supérieure de commerce de Grenoble (Isère), c’était son choix. Cette jeune femme au parcours sans faute, licenciée en management, passionnée de danse et excellente photographe amateur à ses heures, avait été embauchée en avril comme chargée de relations clientèle par le groupe Accor. Elle y a déjà exercé des fonctions de contrôle de gestion, notamment en Tunisie, puis a travaillé au développement d’une marque de luxe à New York, une ville qu’elle affectionne particulièrement. Au mois d’avril, elle était passée par Paris pour régler ses affaires et préparer son séjour professionnel en obtenant le permis de travail pour les étrangers. C’est elle qui, le premier soir, autorise le surclassement de DSK dans la suite à 3000 dollars la nuit alors qu’il n’avait réservé qu’une chambre junior à 500. Marie L. accompagnera DSK jusqu’à sa suite pour lui présenter l’appartement qui a été mis à sa disposition à son arrivée de Washington. Mais cette cadre ne sait pas encore que DSK va lui faire une proposition indécente: la rejoindre après son service dans sa suite pour partager une coupe de champagne. Une offre que la jeune femme déclinera aussitôt. Elle a été interrogée deux fois par les enquêteurs du NYPD sur cet incident qui illustre le contexte du séjour de DSK à New York. Le même soir, une réceptionniste du Sofitel fera elle aussi les frais de quelques remarques «inappropriées» de la part de cet invité de marque. Depuis la révélation de l’affaire, la carte de visite de Marie L. n’est plus disponible sur le bureau de la réception et c’est une voix masculine qui répond désormais sur sa ligne directe… M. V., NEW YORK



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Tags: DSK, Dominique Strauss-Kahn, Anne Sinclair, Nafissatou Diallo, Cyrus Vance, Kenneth Thompson, FMI, Sofitel, NYPD, TriBeCa, New York Aller en haut de page Haut de page

 

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