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AFFAIRE DSK
DOMINIQUE WARLUZEL: «DSK NE RETOURNERA PROBABLEMENT PAS EN PRISON»
Le célèbre avocat genevois Me Dominique Warluzel analyse la bataille juridique qui s’engage dans l’affaire DSK, et qui s’annonce impitoyable.

Par Robert Habel - Mis en ligne le 26.05.2011

Comment la bataille juridique va-t-elle se dérouler?

J’étais certain que Dominique Strauss-Kahn sortirait de prison à partir du moment où il aurait constitué les garanties classiques. Cette mise en liberté change complètement la donne. Sur le plan psychologique d’abord, on ne prépare pas sa défense de la même façon en liberté, même confiné dans un appartement, plutôt qu’enfermé au fond d’une cellule. En outre, une détention qui se prolonge érode la crédibilité du prévenu. Elle est le constat anticipé de sa culpabilité. Les moyens économiques vont jouer un rôle clé dans la suite des opérations. La défense va bénéficier de la fortune dont dispose l’accusé, de son propre aveu, grâce à son épouse Anne Sinclair. C’est un atout déterminant.

Combien va coûter la défense de DSK?

Il est impossible de répondre à cette question. Nul ne sait combien de personnes y seront affectées. Certains seront rémunérés selon un tarif horaire, d’autres au gré du résultat. Entre ses avocats, ses experts et leurs détectives privés, c’est une défense à plusieurs millions de dollars.

La défense va choisir et payer ses propres experts pour réexaminer toutes les analyses faites par l’accusation?

En effet. Toutes les analyses ordonnées par l’accusation – analyses de sang, de sperme, d’ADN – vont être réexaminées par des experts engagés par la défense. Si la défense soutient la thèse d’un rapport consenti, comme cela semble devoir être le cas, ces résultats objectifs n’auront plus qu’une valeur probante relative. Demeurera le débat sur la question de la contrainte. A cet égard, d’éventuelles traces sur le torse de l’accusé ne constituent pas un indice décisif.

Les détectives privés engagés par la défense vont aussi fouiller le passé de la victime présumée?

Oui, par tous les moyens possibles et imaginables… et même les autres! Ils vont scruter son existence, de sa naissance jusqu’à l’heure de l’agression présumée. Ils vont passer au crible ses origines, son enfance, ses parents, ses manques ou ses frustrations. La défense va exploiter tout ce qui pourrait accréditer l’idée selon laquelle la victime présumée souffrirait d’un quelconque désarroi. Affectif, psychologique ou économique. Symétriquement, l’accusation ne manquera pas de mettre en exergue les tornades sexuelles prêtées à DSK.

La défense va essayer de démolir la victime présumée?

Il faut comprendre que dans un procès pour viol, c’est encore et toujours le procès de la victime. C’est le cas dans le système européen, mais les méthodes sont encore plus brutales et intrusives aux Etats-Unis. Les interrogatoires représentent pour la victime une épreuve difficile dont elle sort rarement indemne.

Dominique Strauss-Kahn a-t-il avantage à jouer la montre?

Le temps qui s’écoule profite toujours à l’accusé, sauf s’il est en détention. Mais aux Etats-Unis les moyens dilatoires ne sont pas infinis. Les expertises qu’il faut conduire dans le cas particulier ne présentent aucun caractère de complexité.

Quels sont les handicaps de DSK?

Son statut social, sa nationalité française et aussi, paradoxalement, le fait qu’il dispose de moyens financiers importants. L’argent lui confère un avantage logistique, mais il peut constituer un handicap devant un jury populaire. Par ailleurs, sa réputation de prédateur sexuel le dessert. Sans oublier que le type de contrainte dont il est accusé appartient aux registres privilégiés de la répression américaine.

Et le fait que sa victime présumée est d’origine africaine?

Cela peut être un inconvénient si, à l’agression alléguée, s’ajoute une composante raciale ou une forte différence de condition sociale. Un viol interracial constitue toujours une circonstance aggravante, car la contrainte s’accompagne d’une condescendance supposée. Tout dépendra en outre de la diversité socioculturelle du futur jury.

Le journaliste Jean-François Kahn a d’abord estimé, avant de se raviser, que ce n’était qu’un «troussage de domestique».

Cette réflexion dénote une totale méconnaissance du système judiciaire américain, qui se défend de toute discrimination socioraciale. Ledit système ne fait, en apparence, aucune différence entre le consentement d’une femme de chambre ou celui d’une grande bourgeoise. C’est l’abus sexuel qui est sanctionné et, dans cet abus, la différence de condition sociale constitue une circonstance aggravante pour l’accusé.

Les avocats de Strauss-Kahn vont-ils négocier avec ceux de la victime présumée?

La procédure va durer plusieurs mois. Un procès ne peut se tenir, au plus tôt, avant le dernier trimestre de cette année. Le 6 juin se tiendra une audience préliminaire au cours de laquelle l’accusation devra dévoiler ses moyens de preuve. Elle devra en outre les communiquer à la défense, qui mettra en œuvre, si nécessaire, ses propres experts. Pendant le temps de la procédure, des négociations peuvent être conduites. Elles peuvent porter sur le versement d’un capital à titre de réparation morale au nom d’un malentendu supposé sur la question du consentement.

Combien peut obtenir la victime?

DSK joue sa vie, donc beaucoup d’argent. Certainement plusieurs millions de dollars. Les montants peuvent demeurer confidentiels, comme cela a été le cas pour Michael Jackson, dont on sait qu’il a été ruiné par l’extorsion de ses supposées victimes.

Quel est votre pronostic?

Je pense qu’un accord interviendra. Ce qui ne signifie pas qu’il n’y aura pas de procès. Un tel accord suppose une négociation victorieuse avec la victime et le procureur, outre l’homologation du juge. Il peut prendre diverses formes, qui vont de l’abandon pur et simple des poursuites à une reconnaissance de culpabilité sur un chef d’accusation de moindre gravité, par exemple ici la simple contrainte.

DSK ne retournera pas en prison?

Non, je ne le pense pas. La fortune de sa famille constitue son atout majeur. La justice, pas plus que l’accès aux soins médicaux, ne sont l’expression d’une égalité sociale. Pas plus aux Etats-Unis qu’en Suisse ou en France.


LES ACTEURS DE LA SÉRIE NOIRE

Argent, sexe, pouvoir et stars du barreau. L’affaire DSK possède tous les ingrédients de ces feuilletons US qui fascinent tant. La bataille juridique sera épique.

 

L’ACCUSATION

LA VICTIME PRÉSUMÉE

Nafissatou Diallo

Si elle n’est pas encore apparue publiquement, la femme qui accuse le patron du FMI d’agression sexuelle sera au cœur de l’enquête. Pour sa protection, elle est aujourd’hui cachée par le FBI.

SON AVOCAT

Jeffrey Shapiro

Les clients de Jeffrey Shapiro n’ont rien de glamour. Ce ne sont pas des chanteurs de hip-hop ni des stars du foot américain. Son étude n’en est pas moins située dans la très chic Troisième Avenue de Manhattan. Et l’homme, habitué des plateaux télé et des émissions radio, n’en est pas moins redoutable. C’est que l’avocat new-yorkais, diplômé de Columbia, a choisi de se spécialiser dans les erreurs médicales, les bébés mal soignés ou les accidents de travail. En résumé: il défend les gens ordinaires contre les puissants. Sur son site internet défilent ses success stories: 22,1 millions de dollars de dédommagement obtenus pour Judith, 56 ans, victime de complications à la suite d’une hystérectomie ratée, ou 2,97 millions pour un écolier de 11 ans blessé par un bus scolaire. Avec l’affaire DSK, il pourrait faire sauter le jackpot. Certains évoquent déjà le montant de 50 millions de dollars.

LE PROCUREUR

Cyrus Vance Jr.

Depuis son élection en 2009 au poste de procureur de Manhattan – peutêtre le plus prestigieux des Etats-Unis –, Cyrus Vance Jr., 56 ans (représenté ici par l’un de ses adjoints, Artie McConnell), a une priorité: les abus contre les femmes. C’est donc peu dire qu’il aura à cœur de briller lors du «dossier de sa carrière». La notoriété de DSK n’a pas de quoi effrayer ce démocrate, habitué très jeune aux plus hautes sphères du pouvoir. Son père fut secrétaire d’Etat aux Armées de Kennedy, puis ministre des Affaires étrangères de Carter. Après des diplômes à Yale et Georgetown, Cyrus Vance Jr. fuira l’ombre de ce père pour aller se faire un nom à l’autre bout du pays, à Seattle, avant de revenir en 2004 dans sa ville natale de New York. Appuyé par Caroline Kennedy, la fille de JFK, ce grand spécialiste du droit pénal a la réputation d’un homme discret, travailleur et équitable. Certains avocats critiques le trouvent néanmoins «trop dur». On l’a surnommé le Procureur de fer.

 

LA DÉFENSE

LE PREMIER AVOCAT

Benjamin Brafman

Il semble sorti d’un film de Scorsese. Trapu, crinière blanche, air faussement blasé, Benjamin Brafman, 62 ans, est un ténor du barreau. L’homme a défendu les plus grandes stars, de Mickael Jackson à Puff Daddy, ainsi que les parrains du crime, comme «Vinny Gorgeous» Basciano. Rien ne prédestinait pourtant cet enfant des quartiers pauvres de Brooklyn, fils d’un survivant de l’Holocauste, à une telle carrière. Après des cours du soir, ce «petit gars juif», comme il se décrit, entrera dans une modeste université du Middle West, bien loin des prestigieuses facs de la côte est. Mais son talent au prétoire (affûté par de jeunes années passées à se produire seul sur scène en stand-up) le fera vite remarquer. Expert juridique de CNN, Jeffrey Toobin, parle de lui comme du «meilleur avocat que j’aie jamais rencontré».


LE SECOND AVOCAT

William Taylor

Barbu au regard clair et doux, voix apaisante du Sud. Il ne faut surtout pas se fier à la bonhomie apparente de William Taylor. Pas plus qu’à sa discrétion. C’est un «taulier», considéré par le Legal Time comme l’un des dix meilleurs pénalistes de Washington. Spécialiste des affaires complexes, son credo est simple: «Si vous ne pouvez expliquer votre défense en trois phrases, c’est qu’elle ne tient pas la route.» Il a notamment été l’avocat de plusieurs hauts fonctionnaires de l’administration Clinton (lors du scandale financier Whitewater) et du président du comité d’organisation des Jeux olympiques de Salt Lake City. Francophile, la soixantaine, William Taylor a déjà défendu le patron du FMI lors de l’affaire déclenchée par sa liaison avec l’économiste hongroise Piroska Nagy.


LA FAMILLE DE L’ACCUSÉ

Anne Sinclair et Camille Strauss-Kahn

L’ex-journaliste a mis sa fortune à disposition pour aider son mari. A ses côtés, la fille cadette de DSK, 26 ans, qui étudie à New York.

 

L’ACCUSÉ

Dominique Strauss-Kahn

Arrêté le 14 mai à l’aéroport Kennedy, le socialiste est inculpé de sept chefs d’accusation, dont tentative de viol à l’encontre d’une femme de ménage de l’hôtel Sofitel.

COUR SUPRÊME DE L’ÉTAT DE NEW YORK, 19 MAI 2011, 16 H 09

Malgré l’opposition du procureur, le juge Michael Obus est sur le point d’accorder la remise en liberté à Dominique Strauss-Kahn contre une caution de 1 million de dollars, une garantie de 5 millions et une assignation à résidence. Le jour même, DSK a été formellement inculpé.



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Tags: DSK, Dominique Strauss-Kahn, Anne Sinclair, Dominique Warluzel, Nafissatou Diallo, Jeffrey Shapiro, Cyrus Vance Jr., Benjamin Brafman, William Taylor Aller en haut de page Haut de page

 

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