Elles sont venues en bus. Uniforme impeccable, elles se sont massées devant l’entrée de la Cour criminelle de Manhattan. «Shame on you!» («honte à vous!») ontelles scandé à l’arrivée, ainsi qu’au départ, de Dominique Strauss-Kahn. L’image de ces femmes de ménage d’hôtels new-yorkais venues demander justice pour leur collègue Nafissatou Diallo, qui accuse l’ancien directeur du FMI d’agression sexuelle, sera celle qui restera de ce lundi 6 juin 2011. Car c’est sans surprise qu’au 13e étage du bâtiment, dans la salle 51, DSK plaidera non coupable. Il est 15 h 20 quand il prononce ces deux mots: «not guilty», avant de se retourner vers la salle, cherchant son épouse Anne Sinclair du regard.
GUERRE SANS MERCI
L’audience, dirigée par le juge Michael Obus, n’a duré que quatre petites minutes. Elle n’en est pas moins capitale. Elle ouvre la voie à un procès. Et marque le début d’une guerre sans merci, d’un duel dantesque entre deux «monstres» de la scène judiciaire américaine. D’un côté, le procureur de Manhattan, Cyrus Vance Jr., 56 ans. Parangon de vertu, appelé amicalement Cy par les New-Yorkais (ils l’ont élu en 2009 avec 91% des voix), il s’est posé comme le défenseur des plus faibles. De l’autre, l’avocat star Benjamin Brafman, 62 ans. Surnommé Little Big Man en référence à sa petite taille (1 m 68), le défenseur des célébrités et des parrains de la pègre est aussi connu pour sa chevelure de lion que pour sa capacité à retourner un jury.
L’enjeu de cette bataille: l’honneur et le destin d’un homme. Le matricule 1225782: Dominique Strauss-Kahn qui doit répondre de sept chefs d’accusation, dont celui d’acte sexuel criminel au première degré. Le Français encourt théoriquement septante-quatre années de prison. Si la prochaine audience préliminaire a été fixée au 18 juillet, le procès final ne devrait pas se tenir avant plusieurs mois. D’ici là, DSK est assigné à résidence surveillée. Depuis le 25 mai, il est installé avec Anne Sinclair dans une somptueuse townhouse (maison de ville) (voir en pages suivantes). Une superficie de 632 m2 pour un loyer mensuel de 50 000 dollars. Il se murmure que l’actrice Cameron Diaz était sur les rangs pour acquérir cette ancienne caserne de pompiers du XIXe transformée en triplex de luxe, avec salles de cinéma et de gym, sauna, cave à vin, bar… La maison se situe dans le très branché quartier de Tribeca, qui fut celui de John-John Kennedy. De nombreuses stars y vivent, de Beyoncé à Harvey Keitel. Robert De Niro y possède deux restaurants et un hôtel.
SURVEILLANCE NON-STOP
Le clinquant de la nouvelle adresse de DSK ne cesse d’être dénoncé dans la presse américaine, à l’affût de chaque anecdote croustillante. Pour exemple, le Daily Mail, qui s’offusque des 242,79 dollars payés par le couple français pour deux steaks-salade commandés auprès d’un traiteur. Au contraire, selon Leopoldo Rosati, qui a participé à la rénovation de la maison, il ne pouvait pas trouver meilleur endroit. «C’est le lieu rêvé quand on est obligé de rester chez soi», a déclaré le fameux architecte new-yorkais au magazine VSD. Car le luxe ne doit pas faire oublier que le 153 Franklin Street est avant tout une prison dorée. Dominique Strauss-Kahn est soumis à une surveillance vidéo 24 heures sur 24. Il porte un bracelet électronique à sa cheville et deux gardes armés ne le lâchent pas d’une semelle. Ses seules sorties autorisées sont pour le médecin, le tribunal et les offices religieux.
DSK a bien sûr le droit d’aller rencontrer ses avocats. Car la partie qui vient de s’ouvrir sera cruciale. C’est la période dite du discovery. Les pièces du dossier, notamment les résultats ADN et la déposition de la victime, sont dorénavant accessibles à la défense. Celle-ci va tenter de détruire le témoignage de cette jeune femme en la déstabilisant, en la salissant. Des détectives ont été engagés pour fouiller dans son passé. Et le sérieux quotidien Le Monde de conclure tristement: «DSK en est là: pour sa survie, accabler une femme de ménage.»
Davantage de photos dans «L'illustré», actuellement en kiosque.