Cent jours après avoir été emprisonné pour le viol présumé de Nafissatou Diallo dans la suite 2806 qu’il occupait à l’hôtel Sofitel de New York, Dominique Strauss-Kahn, libéré sur parole le 1er juillet dernier, sera fixé sur son sort mardi 23 août prochain. Plusieurs fois repoussée pour les besoins de l’enquête, cette audience, pour autant qu’elle soit cette fois-ci maintenue, sera déterminante. Ce jour-là, Cyrus Vance Jr., le procureur de Manhattan, dira s’il retient ou non les sept charges qui pourraient valoir septante-quatre ans de prison à l’ancien patron du Fonds monétaire international. Pour ses avocats, William Taylor et Benjamin Brafman, l’abandon des poursuites ne fait aucun doute depuis l’apparition de contradictions et de mensonges dans la déposition sous serment de Nafissatou Diallo. Un pronostic qui, à leurs yeux, se voit confirmé par le dépôt, le 5 août dernier, d’une plainte au civil par Kenneth Thompson, l’avocat de la femme de chambre.
Pas si simple, tempèrent des observateurs, estimant que le procureur pourrait retenir les deux chefs d’accusation les plus graves, les actes sexuels criminels au premier degré. Une précision signifiant que l’agresseur a utilisé la force physique ou a menacé de le faire pour parvenir à ses fins. La plainte stipule que DSK aurait «tenté par la force d’avoir une relation sexuelle anale et orale» avec la victime dont il aurait «forcé la bouche à toucher son pénis à deux reprises». Un type de crime passible de vingtcinq ans de prison au maximum et de trois ans au minimum aux Etats-Unis.
«D’AUTRES FEMMES TÉMOIGNERONT»
Et si DSK échappait à un procès pénal, le combat au civil serait loin d’être gagné. Le contenu des seize pages de la plainte civile (sur la colonne de droite, cliquez pour ouvrir le pdf) déposée par Kenneth Thompson et Douglas Wigdor, les défenseurs de Nafissatou Diallo, laisse augurer d’une rude bataille. Le document commence par une attaque virulente contre le cabinet du procureur Vance, accusé d’avoir diffusé aux médias de fausses informations présentant la femme de chambre comme une menteuse pathologique et une prostituée cupide. Plus loin, il souligne que ni les employés de l’hôtel, ni les enquêteurs, ni le personnel de l’hôpital ayant pris en charge Mme Diallo après sa présumée agression n’ont mis en doute sa version des faits.
Le texte rappelle aussi que des photos ont été prises des rougeurs de la zone vaginale de la femme de chambre et prétend que cette dernière ignorait que l’homme aux cheveux blancs de la suite 2806 était DSK. En page 9, les avocats confient l’existence de vidéos montrant DSK avec encore du dentifrice autour de la bouche après avoir quitté sa chambre, détail, à l’instar de l’oubli de son portable dans la suite, qu’ils considèrent comme une preuve de la fébrilité d’un homme fuyant les lieux par peur d’être arrêté. Ils accusent également DSK d’avoir voulu se forger un alibi en allant dîner avec sa fille après les événements et soulignent qu’il a téléphoné à Anne Sinclair pour l’informer qu’il avait un sérieux problème à New York.
Enfin, Thompson et Wigdor annoncent d’autres témoignages lors du procès de femmes agressées par DSK dans des hôtels ou travaillant avec lui, contraintes ou pas à des relations sexuelles à cause de son pouvoir ou qui ont fait l’objet de pressions sexuelles inappropriées. «Nous exposerons ces preuves pour démontrer l’absence de consentement de Nafissatou Diallo», a déclaré Me Wigdor à la chaîne France 24 il y a quelques jours. Autant dire que ce 23 août, DSK a rendez-vous avec son destin.
LES AFFAIRES QUI FONT MAL
Le «cas» Nafissatou Diallo mis à part, quatre autres femmes ont dénoncé les dérives de DSK.
Piroska Nagy, économiste hongroise au FMI, est la première humiliation publique, en 2008, pour Anne Sinclair.
Tristane Banon a déposé une plainte en France contre DSK pour tentative de viol. Les faits remonteraient à février 2003.
Anne Mansouret, mère de Tristane, a révélé avoir eu une «relation consentie mais brutale» avec DSK.
Marie-Victorine M. a raconté, dans «L’illustré», l’histoire d’amour passionnée et ravageuse qu’elle a eue avec DSK en 1997. Lire son interview en cliquant ICI.