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ETHNOGRAPHIE
TRIBUS EN DANGER
Depuis trente ans, l’Américaine Dana Gluckstein parcourt le monde à la rencontre des ethnies oubliées, des tribus autochtones, des peuples indigènes. Ses portraits sobres et intimistes se veulent un rappel d’humanité et de respect aux plus forts à l’égard des plus faibles et des plus menacés d’entre tous les habitants de la planète.

Par Jean-Blaise Besençon - Mis en ligne le 13.07.2011

Nelson Mandela, Tony Curtis, Mikhaïl Gorbatchev, Mohammed Ali: Dana Gluckstein s’est construit une solide réputation de portraitiste en photographiant quelques-unes des plus célèbres personnalités. En marge de ses travaux publicitaires (Apple, Toyota), la photographe américaine poursuit depuis près de trente ans un travail beaucoup plus personnel, à la découverte des visages du monde. De Haïti au Bhoutan, de Bali au Mexique, de Namibie au Pérou, elle a réalisé des centaines de portraits d’anonymes. Désormais réunies dans un livre et déclinées en exposition, ces images ont inspiré à l’archevêque Desmond Tutu une préface lyrique… «Dana Gluckstein nous aide à voir vraiment, au-delà des apparences, (…), de voir comme Dieu nous voit…» Présentée au Palais des Nations, à Genève (attention aux horaires très réduits!), l’exposition sous-titrée Tribes in Transition coïncide avec la tenue à Genève d’une conférence dédiée aux peuples autochtones, aux tribus, aux indigènes, dont la photographe se fait l’illustratrice militante.

UNE TRIBU APPENZELLOISE?

Dès le début de la décolonisation, les organismes internationaux comme l’ONU se sont souciés de l’existence de populations minoritaires et isolées, dont les droits ont souvent été bafoués, les territoires amputés ou détruits (déforestation), et de toutes les populations indigènes oubliées par le dévelop-Le grand reportage pement (la santé, le travail)… En 1989, rédigée sous l’égide du BIT, la Convention 169 détaille spécifiquement le droit des peuples indigènes et tribaux à travers le monde. Vingt ans plus tard, le texte n’est ratifié que par… 22 pays (sur 192 membres de l’ONU). Même la Suisse neutre ne l’a pas signé. Selon un diplomate, «le texte découle d’une belle et généreuse idée», mais sa mise en œuvre achoppe sur quelques délicates questions. A commencer par la définition d’un peuple, d’une tribu. Quels critères retenir? Certainement pas ceux de la génétique. Il faut donc parler de langue commune, de religion, de coutume, d’habitude, de territoire partagé. Il faut surtout que les peuples euxmêmes se sentent faire partie d’une même communauté. Dans l’idée de restaurer ou de consolider les droits de ces populations qui comptent souvent parmi les plus pauvres du monde, l’article 3 de la convention voudrait leur garantir l’autodétermination. Noble idée. Pourtant, selon ce principe, on pourrait imaginer nos cousins appenzellois ou jurassiens se déclarer un jour «peuple autochtone» (communauté de langue, de religion, de culture) et vouloir faire sécession de la Confédération. A l’autre bout du monde, dans un pays comme l’Indonésie, où l’on parle quelque 800 langues, on imagine facilement le chaos si chacune des communautés décidait de faire valoir son droit à l’autodétermination!

A la fois sobres et pleines d’empathie, les images de Dana Gluckstein rappellent que, si nous sommes tous parents, nous sommes aussi tellement différents.

 

Dignity, Tribes in Transition, photographies de Dana Gluckstein, Palais des Nations, Genève. Exposition exclusivement ouverte les vendredis après-midi de 14 à 17 h, après inscription à dignity@usmission.ch, du 11 juillet au 31 août.

Dignity, un livre de 143 pages, Ed. Reich Verlag AG.



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Tags: Dana Gluckstein, photos, photographe, grand reportage, ethnographie, tribus, indigènes, ethnies oubliées Aller en haut de page Haut de page

 

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