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DIDIER BURKHALTER
QUELLE POLITIQUE?
Après deux ans seulement passés à la tête de l’Intérieur, fort d’un bilan quasi inexistant, le conseiller fédéral neuchâtelois joue les filles de l’air aux Affaires étrangères. Décryptage de ce qui ressemble furieusement à une fuite en avant.

Par Frédéric Vassaux - Mis en ligne le 17.01.2012

C’est un peu l’homme invisible du Conseil fédéral. Même lors de l’annonce de son changement de département, il y a quelques semaines, il n’a souhaité ni s’adresser à la presse ni s’expliquer. On pensait qu’un transfert de dicastère était quelque chose de suffisamment important pour qu’un ministre en communique publiquement les raisons, mais apparemment on s’est trompé. Didier Burkhalter n’a pas jugé nécessaire d’expliquer les motivations qui l’ont poussé à effectuer la permutation entre le Département de l’intérieur et celui des Affaires étrangères. Il faut dire que le chef de la diplomatie helvétique, qui vient d’étrenner son nouveau costume à l’occasion de la traditionnelle cérémonie de présentation des vœux des ambassadeurs étrangers au gouvernement suisse, érige la discrétion en vertu absolue. Mais, à force de ne pas communiquer, on risque bientôt d’en oublier même le fait qu’il est conseiller fédéral… Et l’on peut également douter que, dans son nouveau rôle, l’invisibilité soit une qualité pour faire exister la Suisse à l’étranger. La raison invoquée par son entourage pour justifier son absence après l’annonce de ce remaniement ministériel était qu’il ne voulait pas avoir à prendre position sur les sujets sensibles de son nouveau département avant d’avoir eu le temps de s’en imprégner consciencieusement. C’est ce qu’avait alors fait savoir son porte-parole, Jean-Marc Crevoisier, n’éludant pas la question qui se pose: Didier Burkhalter est-il prudent ou tout simplement fuyant?

Si, au début de son mandat au gouvernement, on avait de la compréhension pour un ministre qui disait vouloir travailler dans l’ombre à la résolution des problèmes de son département, on peine à comprendre un conseiller fédéral qui communique peu, voire pas du tout. Alors que le Neuchâtelois s’est toujours présenté comme un travailleur consciencieux et appliqué, un homme sérieux et responsable, apôtre de la collégialité et de la démocratie, on décèle comme un paradoxe dans ce qui ressemble furieusement à une fuite au Département des affaires étrangères.

BILAN MAIGRICHON

Il faut dire qu’en deux ans comme chef de l’Intérieur son bilan est plutôt maigrichon. Didier Burkhalter n’a pas réussi à faire passer la 11e révision de l’AVS et il s’est fait massacrer en votation populaire sur l’abaissement du taux de conversion du deuxième pilier (refus par 73% des votants). Alors qu’il s’enorgueillit d’avoir réussi à faire passer au Parlement la révision du Managed Care, soit l’application de réseaux de soins intégrés, rappelons-lui que c’est l’aboutissement d’une réforme lancée en 2001 déjà par Ruth Dreifuss et qui doit encore être soumise au peuple, dans une votation délicate.

On peine ainsi à voir la patte du Neuchâtelois dans la politique de santé de ce pays.

«M. Burkhalter n’a pas de vision de la santé», estime Jacques de Haller, président de la Fédération des médecins (FMH), qui, à ce titre, l’a passablement côtoyé. «Il a une vision de la société, mais pas du domaine spécifique de la santé.» Le président des médecins suisses se dit étonné de ce changement de département. «Oui, je suis un peu surpris de la part de quelqu’un reconnu comme une personnalité sérieuse. Je regrette qu’après une mise en route constructive, mais dont les résultats concrets sont très rares, on doive repartir de zéro. Maintenant, travailler avec quelqu’un qui n’est plus motivé ne fait pas sens. Si M. Burkhalter a d’autres intérêts, il faut en prendre acte et se remettre au boulot avec une nouvelle personnalité. Cela prendra un peu plus de temps.»

Démotivé, Didier Burk halter? A défaut d’explications, l’image qu’il offre est plutôt celle d’un ministre tout heureux de pouvoir se débarrasser d’un département où les défis – entre réforme des assurances sociales et augmentation des coûts de la santé – sont aussi lourds que les coups à prendre sont nombreux. On pensait le ministre radical plus opiniâtre, plus persévérant et prêt à relever ses manches pour empoigner des dossiers. Mais M. Burkhalter semble désormais avoir envie de les retrousser à l’étranger, probablement dans les pays chauds. Au soleil, pourrait-on dire avec un brin de mauvaise foi…

PEU DE CONCRET

Incomprise jusque dans le camp libéral-radical, sa décision de reprendre les Affaires étrangères ne fait pas l’unanimité. «Oui, je ne vous cache pas que je suis un peu déçu», glisse l’ancien conseiller national Claude Ruey, qui vient de remettre la présidence de santésuisse, l’association faîtière des assureurs maladie. «Didier Burkhalter avait très bien empoigné les problématiques de santé en sortant des logiques d’affrontements qui avaient prévalu jusqu’ici. Deux ans, c’est court pour un tel mandat. J’aurais préféré qu’il reste à la tête de ce département. Mais il a pacifié le secteur et imposé sa vision économique d’un système de concurrence régulée.»

Au centre aussi, on s’étonne de ce départ précipité. «Cela m’a surpris, avoue Urs Schwaller, chef du groupe PDC.

Didier Burkhalter n’a pas pu imprégner à ce département sa vision ni laisser sa trace. Il a beaucoup consulté, mis sur pied des tables rondes, suscité des rapports et, au moment de la concrétisation, il s’en va. Cela me laisse un goût d’inachevé.» Tous les dossiers restent ainsi ouverts. Après l’échec de la 11e révision de l’AVS, il faut mettre sur pied la 12e pour assurer à long terme la sécurité du système, réinventer un deuxième pilier menacé par la baisse des rendements boursiers et trouver des solutions pour endiguer des coûts de la santé pas encore maîtrisés. «Le positif est que c’est une chance pour Alain Berset de marquer ce département de son empreinte en apportant des solutions à tous ces problèmes, poursuit le sénateur fribourgeois, avec une responsabilisation du parti socialiste qui devra aussi soutenir son ministre.» «De ce point de vue, le timing n’est pas si mal, confirme le président de la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique (CSSS) du National, Stéphane Rossini. Le champ est ouvert pour son successeur. Didier Burkhalter est un technocrate qui ne fait pas vraiment de politique. Il est rentré rapidement dans le détail des dossiers, mais le système a besoin de réformes structurelles que, clairement, il ne voulait pas engendrer.»

En gros, l’élément positif que l’on retient du changement de département de Didier Burkhalter, c’est son départ…

 

«Il a zéro charisme. Mais il peut se révéler»
Roger Nordmann (PS/VD), le jour de l’élection du Neuchâtelois

 

On s’étonne d’autant plus de ce choix que l’Intérieur est l’un des départements mammouths du gouvernement. Il représente un tiers du budget fédéral et il se trouve au cœur des préoccupations des citoyens, comme l’indiquait encore le sondage, la semaine dernière, du Konsumentenforum, montrant que le premier souci des Suisses est leurs primes maladie. Si l’on a envie de s’engager pour ses concitoyens, c’est donc là que l’on devrait vouloir être actif. La droite s’était d’ailleurs longtemps plainte, avant que Pascal Couchepin ne reprenne ce dicastère, que la gauche monopolisait les deux plus grands départements avec alors Moritz Leuenberger au DETEC et Ruth Dreifuss à l’Intérieur.

On aurait pu comprendre que le Neuchâtelois cède son siège à Pierre-Yves Maillard, que les fonctions de chef de la Santé du canton de Vaud et ancien président de la Conférence des directeurs cantonaux de la santé prédisposaient à cette tâche s’il avait été élu. Mais on comprend moins quand la permutation se fait alors qu’Alain Berset, ancien lauréat du concours diplomatique, pouvait justifier une certaine appétence et certainement quelques compétences à la direction des Affaires étrangères. Dès lors, le choix paraît à l’envers du bon sens et trahit une ambition personnelle de M. Burkhalter assez éloignée de l’image qu’il a toujours voulu donner: celle d’un homme effacé derrière sa fonction et totalement attaché au service de la nation. Le jour même de son élection, le Neuchâtelois affirmait ainsi qu’un «conseiller fédéral n’est pas élu pour montrer sa joie mais pour travailler pour le bien du pays». Ce même jour, réagissant à l’élection du Neuchâtelois, le conseiller national Roger Nordmann relevait: «Il a zéro charisme. Et, jusque-là, on ne l’a pas vu se battre sur des dossiers difficiles. Mais il peut se révéler.» Le Neuchâtelois s’est révélé… fuyant.



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Tags: Didier Burkhalter, ministre, Affaires étrangères, conseiller fédéral, Neuchâtel Aller en haut de page Haut de page

 

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