Yves Debraine avait délicatement attrapé dans son objectif les plus fameux personnages de son temps, Chaplin, Dalí, Fangio… Ce grand modeste, qui fut un des piliers de «L’illustré», est mort le 31 mars, à 85 ans.
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Marc David - Mis en ligne le 06.04.2011
C’ est un jour de 1952, sur le perron du Beau-Rivage, que Charlie Chaplin demanda à un jeune photographe suisse dans quel endroit on mangeait bien à Lausanne. Charlot, sur le bon conseil du garçon, s’en alla déguster un poulet à la crème à la Pomme de Pin. Il adopta sur-le-champ et pour le restant de sa vie ce photographe si bien élevé.
C’était un temps où le poète Jean Cocteau pouvait prêter son manteau au même photographe parce qu’il pleuvait. Un temps où le pilote Jo Siffert pouvait lui confier sa prime de course pour qu’il la ramène à Fribourg. Un temps où de belles qualités telles que le respect et le savoir-vivre réunis chez le même professionnel donnaient de la grandeur à ce métier. «Yves Debraine était un homme de rencontres, un homme qui aimait les gens, se souvient le photographe et ex-patron de L’illustré Jean-Luc Iseli, quelqu’un qui n’a jamais dit un mot de travers sur ses confrères, et qui a toujours aimé encourager.»
DES HISTOIRES HUMAINES
Modeste, aussi, jusqu’à refuser qu’on lui consacre un livre, lui dont les photos avaient fait le tour du monde. Formé à l’Agence France-Presse, publié dans les plus prestigieux magazines (Life, Stern, Paris-Match), il céda cependant l’an dernier, et «L’illustré», fort à propos, lui consacra un film et une rétrospective lors de Photos 10. Là encore, quand il évoquait les mille stars croisées sur son chemin, Dalí, Belmondo, Sophia Loren, il racontait d’abord les histoires humaines qui s’y associaient. Les moments partagés derrière l’objectif ultrasensible du Leica. «J’avais envie de leur faire plaisir comme ils m’avaient fait plaisir», disait-il. Au plaisir, photographe.