Elle a le pas rapide, les talons qui claquent sur le damier noir et blanc du sol du couloir du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC). Depuis le 1er novembre, Doris Leuthard s’est en effet déplacée sur l’échiquier gouvernemental, quittant le Département de l’économie pour celui laissé vacant par le démissionnaire Moritz Leuenberger cet automne. Mais ce n’est pas la nouvelle cheffe du DETEC que l’on est venus voir, mais bien la présidente de la Confédération.
Elle a le sourire, le regard franc, dégage une confiance assumée. Pour sa première présidence, l’Argovienne a d’ailleurs endossé le rôle avec aisance et élégance. De Nicolas Sarkozy à Barack Obama, de Hu Jintao à Dmitri Medvedev, d’Angela Merkel au pape Benoît XVI, tous ses interlocuteurs semblent avoir succombé au charme de Doris Leuthard. «Elle a de l’entregent, sait mettre ses interlocuteurs à l’aise», confirme un proche du Palais fédéral.
MULTIPLIER LES CONTACTS
Après l’année catastrophique de Hans-Rudolf Merz où la Suisse s’était retrouvée plus attaquée que jamais, chahutée sur le dossier fiscal, agressée sur le secret bancaire, l’Argovienne a multiplié les contacts comme les voyages à l’étranger. «Il était important de renouer des liens avec les pays qui nous entourent», dit-elle.
«Il était important de renouer des liens avec nos voisins»
Doris Leuthard
A la table du président américain ou au côté de la chancelière allemande, Doris Leuthard a ainsi fait exister d’éclatante manière la Suisse sur la scène internationale, une victoire en soi pour un petit pays que l’on dit souvent seul et isolé. Sommet nucléaire à Washington, Assemblée générale de l’ONU à New York, Sommet de la francophonie à Montreux, négociation autour d’un accord de libreéchange à Shanghai, Conférence sur le climat à Cancún, mais aussi rencontre avec des handicapés pour le 50e anniversaire de l’association Insieme à Berne, au bras du roi Harald V en Norvège ou bloquée sur le télésiège du pavillon suisse de l’Exposition universelle: l’Argovienne paraît toujours à l’aise, quelles que soient les circonstances.
COMPLICITÉ FRANÇAISE
Quand on la voit même complice avec le président français ou rigolant avec le président américain, on se dit aussi qu’elle a dû y prendre un certain plaisir. «Vous savez, ce qui compte, ce n’est pas que je prenne du plaisir, mais que je défende au mieux les intérêts et l’image de la Suisse, tranche l’intéressée. Ce qui est agréable, c’est de pouvoir être utile à son pays.» La raison d’Etat d’abord: la politicienne ne veut pas donner l’image d’une femme papillonnant aux cocktails planétaires mais bien d’une cheffe d’Etat qui défend bec et ongles, mais avec le sourire, le bien-être de notre pays. «C’est une mission importante dans laquelle les contacts interpersonnels sont cruciaux. Je trouve essentiel d’essayer de créer une ambiance agréable. Si l’on parvient à construire une relation un peu informelle, on entre aussi avec un esprit plus positif dans la discussion.» C’est aussi pour cela que l’Argovienne milite pour la réforme d’un gouvernement où le rôle de la présidence serait renforcé et son mandat augmenté à deux ans. Mais ce sera pour une autre fois. Aujourd’hui, Doris Leuthard quitte le fauteuil de la présidence pour retrouver son rôle de conseillère fédérale.