La tragédie était écrite, les messages d’avertissement inondaient les blogs avant l’événement. «Qui connaît Duisbourg sait qu’il y régnera un chaos total», écrivait parmi plusieurs autres un certain Kerchak sur le portail internet Der Westen. Duisbourg, Ruhr, 500 000 habitants et un tunnel de 200 mètres sur 30 pour acheminer une foule de 1,4 million de fêtards vers le lieu choisi pour la Love Parade, une ancienne gare de marchandises. Un goulet, un piège. Il est 17 heures, ce samedi-là, quand le drame éclate. Les uns veulent entrer, les autres sortir. Les corps se compressent, s’écrasent, se piétinent. Quelques victimes tentent d’emprunter la seule échappatoire, un escalier abrupt. Plusieurs tombent sur la foule. La panique empêche toute réaction cohérente, il est trop tard. Dix-neuf personnes meurent, onze femmes, huit hommes, tous jeunes; 342 autres sont blessées. Plus loin, les rythmes binaires de la techno continuent à résonner jusque tard dans la nuit. On pense au Heysel, au geste victorieux de Platini après avoir marqué son penalty, à ces êtres humains venus célébrer l’amour et la vie, et qui l’y ont perdue sans raison.
«J’AVAIS DEUX MORTS SUR MES JAMBES»
«J’étais dans le tunnel avec deux amies. Tout à coup, nous nous sommes trouvées dans la foule. Nous étions écrasés les uns contre les autres, nous sommes tombées. J’ai perdu conscience. Quand je suis revenue à moi, j’avais deux morts sur mes jambes.»
Christin Bloch, 17 ans, de Dortmund
«Vers 16 heures, comme la situation devenait délicate, j’ai voulu quitter le terrain. La police avait barré le passage derrière le tunnel et ne laissait plus personne accéder. La pression a augmenté. Les officiels nous ont conseillé de faire demi-tour, ce qui était impossible. Quand nous les avons suppliés d’ouvrir les portes pour empêcher un malheur, ils n’ont pas changé d’avis. Ensuite, ce fut trop tard. Je savais qu’il y aurait des morts!»
Martin Könning, 45 ans, chef d’entreprise, de Duisbourg
«J’étais au milieu du tunnel quand la panique a commencé. Devant moi, une femme s’est évanouie. J’ai vu beaucoup de gens essayer d’agripper les perchoirs ou les escaliers. J’ai utilisé chaque petite trouée dans la foule et j’ai pu sortir. J’en tremble encore, je n’arrive pas à y croire.»
Thomas Kalivoda, 44 ans, de Duisbourg
«Nous avons mis trois heures pour aller de la gare jusqu’au terrain où avait lieu la Love Parade. Nous aurions préféré rentrer chez nous, mais nous n’arrivions pas à aller en sens inverse.»
Sergei Benkogenov, 19 ans, et Vitaly Dippel, 21 ans, de Hamm
«Je suis arrivé une heure avant le drame sur la pente en terre qui mène au terrain du festival. Déjà à ce moment-là, les gens piétinaient les clôtures pour trouver de la place. Les forces de l’ordre laissaient faire.»
Timo Kober, 30 ans
«Les gens ont commencé à devenir agressifs et ont cherché à se frayer une voie vers le terrain de la Love Parade. Il y avait de la colère. Beaucoup d’alcool, beaucoup de drogues. De la pure panique. Une foule de gens est arrivée de la gauche et de la droite, voulait avancer. D’autre part, des gens voulaient sortir. Ils se sont rencontrés à un endroit. Et tout a dégénéré.»
Petra Vennebusch, reporter pour la chaîne WDR