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L’école des nounous
Au royaume de Mary Poppins
Deux ans d’études en uniforme, un diplôme reconnu dans le monde entier, des salaires enviés: les élèves du Norland College, à Bath, en Angleterre, forment la crème des nounous. De Roger Federer à Mick Jagger, people et familles royales s’arrachent ces super nannies formées dans le plus vieil établissement de ce type.

Par Marie Mathyer - Mis en ligne le 05.01.2010
Jeremy a 5 mois, une bouille d’ange aux yeux grands ouverts. A l’heure de la sieste, blotti dans des bras affectueux, il est prêt à être couché dans son berceau de bois. La chambre est accueillante, moquette claire, murs blancs, Pampers et lingettes sur la table à langer. On s’y croirait. Pourtant, Jeremy est une poupée d’entraînement, tête en plastique, nuque articulée, thorax rempli de piles. La jolie nursery? Une salle de classe. A la place de maman, mais vraie mère poule, Elizabeth Kerry, l’enseignante, donne la leçon: «Souris-lui, Hannah, c’est la dernière chose qu’il verra avant de s’endormir.» En chaussettes sur le tapis (gare aux germes), Joanna, Emma, Jodie, Rebecca et la souriante Hannah sont élèves, apprenties nounous dans le plus ancien collège de formation de nannies d’Europe, le Norland College.

Nounous d’élite

Chaque année depuis cent dixhuit ans, 40 nounous sortent diplômées de cet établissement situé dans un magnifiqu

e manoir géorgien à Bath, à une centaine de kilomètres de Londres. Depuis 1892, les Norlanders forment la crème de la crème des nounous, des perles que les familles aisées, aristocrates et célébrités s’arrachent, de Londres à Dubaï. Il se murmure que Mick Jagger et Jerry Hall auraient eu recours à leurs services, tout comme la princesse Anne et la duchesse d’York Sarah Ferguson. Même notre Roger Federer national aurait succombé à leurs incontestables compétences. A la naissance de Myla et Charlene, une secourable nanny accompagnait la jeune famille sur les tournois américains. «Notre nounou est Anglaise, ce sont les meilleures», se réjouissait alors l’heureux papa.

Liz Hunt, directrice du prestigieux collège, tempère modestement: «Je ne sais pas si nous sommes les meilleures, mais nous sommes assurément titulaires d’une très longue tradition basée sur la discipline et sur des standards très hauts quant à la qualité de la formation.» Dans les couloirs des quatre étages de l’école, tradition et excellence sautent aux yeux. Le cliché est presque trop beau pour être vrai: 94 étudiantes (depuis le début de l’école, seuls deux hommes ont tenté l’expérience) en uniforme impeccable, chaussures à lacets et bas marron, jupe et blouse beiges monogrammées aux initiales de l’école, gants et chapeau. En été, le marron est remplacé par des teintes ivoire mais, quelle que soit la saison, toutes les jeunes filles portent le chignon. «Revêtir cet uniforme est un honneur, nous en sommes très fières, gazouille Francesca, 19 ans, en sirotant son thé entre deux cours. Pour moi, ce vêtement n’est pas ringard! Grâce à lui, je fais partie d’une communauté. Je le garderai précieusement toute ma vie.» Pourtant, à la sortie de l’école, peu de diplômées s’habillent ainsi. «Pour des raisons de discrétion, de nombreuses familles choisissent de ne pas faire porter d’uniforme à leurs nannies. Cela les rend trop voyantes et peut inciter à des kidnappings. Pour d’autres, l’uniforme reste encore le symbole d’une réussite sociale», chuchote Rebekah Frankcom, responsable de la communication.

Dans la salle de classe, la leçon «enfant et voyage» a commencé. «En déplacement, veillez à identifier tous les dangers, exhorte l’enseignante à son auditoire captivé. En avion, une tasse de liquide brûlant qui passe au-dessus de la tête de l’enfant ou des cacahouètes oubliées sur le siège peuvent virer au drame. En excursion, préférez un chapeau à un parapluie. Il monopolise vos mains et les baleines peuvent blesser l’enfant.» Bliss prend docilement des notes. Une fois en poste dans une famille, les voyages seront probablement son lot quotidien. «Nos élèves sont amenées à parcourir le monde avec leurs employeurs. Notre agence leur trouve aussi des placements sur des yachts, dans des chalets de luxe ou dans des villas de rêve sur les îles», confirme Rebekah Frankcom. En dehors de ces avantages en nature, et en plus du logement et de la nourriture, ces super nannies peuvent espérer un salaire mensuel d’au moins 3500 francs dès la première année. L’offre est alléchante et les candidates forcément nombreuses.

Aujourd’hui, les Norlanders sont en majorité Blanches, Anglaises et issues de la classe moyenne. Leur point commun? Elles adorent les enfants et ne se lassent pas de le répéter. L’admission à l’école ressemble à un casting très sélect: chaque aspirante a dû remplir un formulaire, lire une histoire, participer à un jeu de rôle et rédiger une dissertation. Et être prête à débourser près de 45 000 francs pour deux ans d’études. En 2009, comme chaque année, l’école a refusé la moitié des inscrites. Henrietta a eu de la chance. Elle a entendu parler de l’école par sa mère. Avec quatre frères et sœurs et des années de baby-sitting chez les voisins, elle a toujours su qu’elle travaillerait avec des enfants. A 17 ans, après une année d’école de cuisinière, elle a opté pour Norland. «Je voulais le top, et le top c’est Norland», souffle-t-elle en gravissant la côte qui la mène au bâtiment où se trouve la cuisine, son prochain cours.

Une formation complète

La formation au collège couvre toutes les situations auxquelles seront confrontées les nounous. En plus des leçons sur le développement de l’enfant, les soins quotidiens ou l’éducation, les élèves apprennent à conduire sur la glace, à fabriquer des jouets, à chanter, à coudre ou encore à initier les enfants à la science. Et, bien sûr, à cuisiner de bons petits plats diététiques. La cuisine, c’est le royaume d’Alison Tucker, maîtresse d’économie ménagère. Au menu d’aujourd’hui: cassoulet English style et profiteroles à la française. «Joanna, tu tournes beaucoup trop fort avec ta cuillère», crie Mme Tucker à l’étudiante en tablier blanc qui massacre sa pâte à choux. «Certaines filles arrivent ici en n’ayant jamais pelé une patate», se désole l’enseignante en éminçant plus finement les oignons de Jodie. La jeune fille est un peu distraite; elle vient de passer une nuit agitée. Le soir précédent, elle a dû ramener chez elle Henry, une poupée d’entraînement et s’en occuper comme d’un vrai bébé. «Il avait été programmé pour pleurer huit fois dans la nuit, se marre-t-elle. Chaque fois, je devais le changer, le nourrir ou le bercer. Le plus dur, en fait, c’était ce matin: me préparer en même temps que lui, le mettre dans le siège auto et arriver à l’heure aux cours.»

Les résultats de sa mission seront ensuite analysés. Le plus important? Vérifier que l’étudiante se soit occupée avec tendresse de sa poupée. Car telle est la devise du Nor-

Frances, une Norlander à Genève

Frances a 24 ans, un diplôme du Norland College et déjà deux ans d’expérience. Aujourd’hui, elle est en poste dans une famille hollando-suisse à Genève. «Mon père était dans l’armée, j’ai toujours beaucoup déménagé. Devenir nanny, c’était pour moi l’occasion de voyager. Au début, j’ai accompagné cette famille juste pour les vacances d’été à Saint-Tropez puis à Myconos, en Grèce. Comme on s’est bien entendus, je suis restée», raconte-t-elle.

Depuis, cinq jours sur sept elle chouchoute les quatre chérubins d’une famille aisée. Monsieur est «dans les hedge funds», Madame, femme au foyer. Frances gagne 450 francs net par semaine. Elle ne paie ni nourriture, ni assurances, ni téléphone, ni loyer. Elle partage un appartement voisin de la famille avec la cuisinière et la gouvernante. «Dans ce travail, le plus dur, c’est de trouver un équilibre, sa place dans la famille, confie-t-elle. Plus tard, j’aimerais ouvrir ma propre garderie. Norland a été une révélation pour moi. Pour être un bonne nounou, il faut avoir le sens de l’humour, des yeux derrière la tête et un sens du jeu. J’ai trouvé ce pour quoi je suis douée.»




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Tags: nounous, nannies, Norland College, Roger Federer Aller en haut de page Haut de page

 

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