En première mondiale sur le quai Wilson, à Genève, DES FORÊTS ET DES HOMMES se présente comme une ode et un cri d’alarme. Florilège.
Par
Philippe Clot - Mis en ligne le 15.05.2011
La fondation Good-Planet remet ça en reprenant la recette qui a fait ses preuves sur les cinq continents: une exposition en plein air et gratuite de 70 photos géantes signées par une escouade de grands photographes naturalistes. Année internationale de la forêt 2011 oblige, le thème écologique de cette machine de guerre itinérante était presque imposé. Car, avec les océans, ces écosystèmes végétaux fondamentaux, ces coffres à bijoux de la biodiversité, ces infatigables fournisseurs de services vitaux pour la bonne marche de la planète constituent l’un des deux enjeux écologiques capitaux de ce siècle. Ce diaporama solide comprend peu d’images aériennes. «La forêt ne se prête pas vraiment à ce genre photographique», explique Yann Arthus-Bertrand, fondateur et président de GoodPlanet. La forêt, il faut en effet y pénétrer pour mesurer sa beauté et sa complexité.
Ce sont les relations privilégiées qu’entretient la star écologiste française avec Genève qui expliquent le choix de la cité de Calvin comme première étape de ce dispositif itinérant. Se déclinant en six thématiques (découverte, habitants, usages, services, menaces, protection), l’exposition concentre les informations clés avec une rigueur quasi militaire. Un volet consacré spécialement aux enfants complète l’ensemble. Mais, attention, l’exposition principale ne séjournera au bord de la rade qu’un peu plus de trois semaines!
Des forêts et des hommes, quai Wilson, Genève, du 14 mai au 8 juin, accès libre 24 heures sur 24. Version petit format de l’exposition et volet pour les enfants, Services industriels, pont de la Machine, du 14 mai au 14 août, accès libre de lundi à vendredi de 9 à 18 h, samedi et dimanche de 10 à 17 h.
Vers la création de sanctuaires forestiers
Les forêts n’ont pas attendu le genre humain pour prospérer, pour s’adapter, pour évoluer. C’est nous qui avons besoin d’elles et non l’inverse. De plus en plus de voix demandent la création de sanctuaires forestiers pour préserver les dernières FORÊTS PRIMAIRES du monde.
Pénétrer dans une forêt vierge ou primaire, c’est-à-dire une forêt n’ayant jamais été exploitée ni même altérée par des activités humaines, c’est la garantie d’éprouver une émotion unique. La reporter genevoise Jacqueline Meier, auteur de ces deux photographies d’arbres à barbe, en a fait l’expérience en décembre dernier lors d’un voyage dans le district nord du Sikkim, petit Etat himalayen appartenant à l’Inde. «J’ai eu le sentiment que j’entrais dans un autre monde, dans un univers à la Tolkien (ndlr: l’auteur de la saga fantastique du «Seigneur des anneaux»). Et il y a ces arbres à barbe féeriques, garnis de dentelles naturelles indicatrices de la qualité de l’air.» L’Inde est justement un des pays prioritaires désignés par l’ONU dans le cadre de cette Année internationale de la forêt 2011. Mais, si les petites forêts primaires du Sikkim sont encore préservées, leurs cousines géantes du sous-continent sont en déroute face au développement démographique et économique. Les chercheurs Jean-Philippe Puyravaud, Priya Davidar et William F. Laurance viennent en effet de publier une étude intitulée La destruction secrète des forêts primaires de l’Inde. Les quatre joyaux forestiers indiens – la forêt tropicale humide des Western Ghats, la forêt de mousson proche de la Birmanie, la forêt de montagne himalayenne et la forêt pluviale des îles Nicobar – ont reculé de 80% (!) entre 1995 et 2005. Les dernières forêts primaires du globe (un tiers des surfaces forestières actuelles) devraient donc obtenir un statut spécial. Mais, ces dix dernières années, elles ont perdu une surface équivalant presque à la superficie de la France. Et, avec elles, ce sont des services vitaux (purification de l’eau douce, puits de carbone, etc.) et une inouïe biodiversité qui disparaissent à jamais. Le seul moyen d’enrayer cette catastrophe silencieuse aussi bien naturelle qu’humaine consiste à reconnaître enfin leur droit à rester à l’état sauvage.