L’AVENTURE ECOVER
Il y a plus de trente ans, un visionnaire belge lançait la première lessive SANS PHOSPHATES. Visite d’une usine pionnière en Flandres.

Par Philippe Clot - Mis en ligne le 22.11.2011

LE DOSSIER VERT

Avant Ecover, les produits de nettoyage, c’était forcément l’artillerie lourde! Toutes les molécules chimiques étaient les bienvenues dans la composition des lessives et des détergents. Les lacs, les rivières, les sols n’avaient qu’à encaisser et accumuler ces tonnes de poison. Quant aux effets possibles sur les organismes humains, on s’en lavait aussi les mains. L’essentiel, c’était que les draps soient plus blancs que le blanc et que Monsieur Propre se reflète dans les carrelages. Mais, en 1979, Frans Bogaerts, un Flamand travaillant dans la branche, dégoûté par l’irresponsabilité écologique de cette industrie, lance une sorte de contre-attaque écologique en développant dans une modeste grange une lessive sans phosphates, synonymes d’un apport excessif de substances nutritives dans l’eau qui fait proliférer les algues et détruit ainsi les biotopes. Il fallait être à la fois visionnaire et idéaliste pour lancer aussi précocement des produits écoresponsables quand on sait qu’un pays comme la France a attendu 2007 pour interdire enfin les phosphates dans la lessive, alors que la Suisse, en l’occurrence bonne élève, peut se vanter d’être passée à l’acte en 1986 déjà, notamment pour sauver le Léman de l’asphyxie.

Aujourd’hui, trente-deux ans après ses débuts artisanaux, Ecover a connu des hauts et des bas. Mais la marque s’est imposée comme LA marque de référence en récoltant notamment des prix d’excellence écologique. Elle distribue ses produits dans 26 pays, a inauguré une deuxième usine, en France, en 2007. Reste que la donne a changé: les multinationales de la propreté sortent à leur tour des produits revendiquant des qualités écologiques plus ou moins réelles. Notre visite (en pages suivantes) du siège historique à Malle, près d’Anvers, n’aura pas été de pure politesse si elle permet d’y voir plus clair sur la planète nettoyage.

Site web d’Ecover: www.ecover.com

 

L’alchimie du compromis

A Malle, petite bourgade du Plat-Pays, l’écologie industrielle est une réalité depuis bientôt vingt ans. En 1992, ecover s’offrait en effet une usine modèle pour partir à l’assaut du monde avec ses produits de nettoyage à faible impact écologique. Mais, au fond, qu’y a-t-il dans ces flacons?

En apparence, c’est une usine comme les autres. Et pourtant, c’est presque déjà un monument industriel historique: toiture végétalisée, matériaux recyclables, écoconception générale notamment pour un démontage facilité. Quand elle se voit condamnée à grossir, au début des années 90, la marque Ecover se construit une usine en avance sur son temps, en harmonie avec la plus-value écologique de ses produits de nettoyage. Elle soigne aussi sa politique d’entreprise en adoptant des règles sociales vis-à-vis du personnel. Au fond, cet ovni industriel s’impose des règles de développement durable au moment même où celui-ci est théorisé.

Et pas question de mollir. Aujourd’hui, les ingénieurs de la marque flamande traquent notamment toutes les économies d’énergie possibles dans les chaînes de production et d’emballage. Les stocks sont réduits à un mois de livraison seulement, pour ne pas devoir agrandir l’entrepôt d’expédition mais aussi pour garantir le maximum de fraîcheur des produits. On encourage les fournisseurs de matières premières à réutiliser les mêmes cartons, etc.
Chez Ecover, le marketing tapageur, pour ne pas dire mensonger, est exclu. «Il n’existe pas et n’existera jamais de produits de nettoyage n’ayant aucun impact négatif sur l’environnement. Notre défi, c’est de réduire au minimum cet impact, tout en proposant au consommateur des produits vraiment efficaces au juste prix. Nous ne sommes pas des écofondamentalistes, nous sommes des écorationalistes», explique Peter Malaise

Les Flamands s’ingénient donc en permanence à améliorer le potentiel écologique de leur activité dans son ensemble. Il y a bien sûr la recherche pour développer de nouveaux tensioactifs (le composé chimique qui permet d’enlever les salissures) toujours moins polluants et toujours plus naturels. Huit spécialistes s’acharnent ainsi à jouer avec des matériaux organiques ou minéraux pour faire aussi bien, sinon mieux, qu’avec les dérivés du pétrole. Ils examinent ensuite les effets de leurs nouvelles recettes sur le vivant. L’impression générale de cette visite du site est claire: la sincérité écologique est totale.

Mais, quel que soit le domaine d’activité, les pionniers héroïques et perspicaces sont systématiquement imités. Ecover échappe moins que jamais à la règle. Les lessives, les pastilles pour lave-vaisselles, les produits corporels, les détergents verts se multiplient sur les rayons. Et, faute d’écobilans et d’analyses comparatifs officiels, le consommateur est bien emprunté pour faire son choix. Il ne lui reste guère que le prix, bien sûr, et l’aspect plus ou moins racoleur des emballages. Face à cette nouvelle concurrence où se bousculent des détergents écologiquement très inégaux, voire parfois calamiteux, Ecover est contraint de répliquer. L’année prochaine, certains de ses produits – vendus en Suisse principalement dans les drogueries bios, la marque Held, propriété d’Ecover, étant vendue dans les grandes surfaces – recevront le label Ecocert et le mot «bio» apparaîtra sur certains emballages. Ces méthodes, les pionniers mondiaux de la propreté écologique s’en seraient volontiers passés. Mais, dans cette nouvelle jungle verte où tous les coups ou presque sont permis, il fallait faire quelques concessions de pure forme.