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EXPOSITION
L’AMÉRIQUE D’EDWARD HOPPER
Entre lumières et ténèbres, quand le génie sait capturer l’âme des Etats-Unis dans ce qu’elle a de plus fascinant, cela s’appelle un tableau d’Edward Hopper. La Fondation de l’Hermitage, à Lausanne, rend hommage à ce peintre de génie et la Cinémathèque lui consacre une captivante rétrospective.

Par Yves Lassueur - Mis en ligne le 27.07.2010
Envie de vous abandonner, le temps d’une saison, aux sortilèges un rien vénéneux de l’Amérique qu’on aime – ou qu’on aimait? Cet été, Lausanne est faite pour vous! Du 25 juin au 17 octobre, la Fondation de l’Hermitage présente plus de 160 peintures et dessins du New-Yorkais Edward Hopper (1882-1967).

L’Amérique qu’on aime (point de vue personnel…), c’est très exactement la sienne. Une société dont le modèle de vie est censé faire rêver le reste du monde – progrès, mobilité, cinéma, confort urbain, riches campagnes, coquettes villas du bord de mer –, mais une société qui n’est pas dupe d’ellemême et se laisse transfigurer par ses propres doutes, ses désillusions, son désenchantement, dès lors qu’elle fait parler son génie et sa lucidité.

NOSTALGIE DU VIEUX MONDE

Voici des scènes banales, des scènes de tous les jours, disent les peintures de Hopper. Deux femmes sur un balcon. Un homme qui ratisse son gazon entre deux buildings. Une strip-teaseuse dans un cabaret. Une station d’essence en bord de route. Mais, derrière ces images apparemment figées dans le calme du plus paisible des dimanches américains, s’impose comme un malaise, une gêne, une sourde angoisse. Peut-être la solitude sans borne des personnages. Peut-être leur nostalgie d’un temps meilleur. Peutêtre la tension muette d’avant le drame qui surgira dans la journée. Allez savoir. Comme dit Dominique Hoeltschi, collaboratrice scientifique et coordinatrice de l’exposition de l’Hermitage: «Dans chaque peinture, Hopper livre une sorte d’intrigue qui oblige le spectateur à s’impliquer.» Lui se borne à laisser parler une inspiration et un talent qui ont fait de ses compositions, exclusivement figuratives, l’une des œuvres emblématiques de l’Amérique du XXe siècle.

Pourtant, c’est en Europe, surtout en France, que ce fils de commerçants en mercerie né en 1882 dans l’Etat de New York, parfait sa formation de peintre, lors de trois séjours entre 1906 et 1910. Il y rencontre d’autres peintres américains, se familiarise avec la technique des grands maîtres du XVIIe siècle – Vermeer, Rembrandt – et produit une trentaine d’œuvres sur le Vieux Continent. Francophile passionné, il revient en Amérique si marqué par l’Europe qu’il dira plus tard: «Tout m’a paru atrocement cru et grossier à mon retour. Il m’a fallu des années pour me remettre de l’Europe.»

Et si l’une des clés de son génie résidait là? Si Hopper, revenu dans cette Amérique vouée au culte de la réussite individuelle et du progrès technologique, avait passé son temps à en peindre les faux-semblants et les failles par opposition au pittoresque de la vieille Europe et de ses paysages chargés d’histoire? La géométrie anguleuse, froide, déshumanisée des buildings américains, contre les petites routes de France et d’Italie où chaque placette, chaque bosquet peut laisser poindre le toit d’un château, la terrasse d’un vieux bistrot, la silhouette d’un campanile…

CINÉMA ET NOCTAMBULES

Revenu à New York, Hopper s’installe à Greenwich Village puis achète à Cape Cod, sur la côte atlantique, la maison dont il fera sa résidence d’été. En 1924, il épouse la peintre américaine Josephine Verstille Nivison. Jo, comme il l’appelle, sera le seul modèle de ses nus. Autant il est réservé, solitaire, silencieux, autant elle est volubile, exubérante. Un couple parfaitement complémentaire que seule la mort séparera. Lui s’éteint en mai 1967. Elle moins d’un an plus tard.

Hopper aimait le cinéma et le cinéma le lui a bien rendu. A telle enseigne que l’œuvre du peintre reste indissociable du septième art, en particulier du film noir américain. Sa façon d’exploiter la lumière, les sujets traités, l’angle de vue, notamment de très modernes contre-plongées, toute son approche signe une peinture d’inspiration profondément cinématographique.

«Regardez les tableaux dans lesquels vous avez par exemple un réverbère diffusant une lumière glauque et, tout autour, la rue plongée dans le noir, dit Frédéric Maire, directeur de la Cinémathèque de Lausanne. Impossible de ne pas se demander d’où va surgir le criminel, le flic ou la vamp!»

L’admiration de Frédéric Maire pour ce peintre va se traduire très concrètement: du 30 juin au 14 août, la Cinémathèque présente, parallèlement à l’exposition de l’Hermitage, un cycle de 17 films en lien avec l’œuvre d’Edward Hopper.

De La foule, réalisé par King Vidor en 1928, à Don’t Come Knocking, de Wim Wenders, en 2005, deux thèmes sont au programme: les films qui ont pu influencer Hopper et ceux qu’il a lui-même inspirés.

Parmi ces derniers, l’un des plus fameux reste Psychose, tourné en 1960 par Alfred Hitchcock. La maison où se noue l’intrigue et où Janet Leigh est poignardée sous la douche est la copie quasiment identique, atmosphère comprise, d’une villa peinte par Hopper. Une villa apparemment si paisible. Et en même temps si parfaitement effrayante…

Plus célèbre encore que la maison de Psychose, le fameux bar de nuit où trois noctambules et un barman éclusent leur solitude sous la lumière crue des néons d’une ville américaine. Quatre personnages saisis dans la sidérante glaciation de leur solitude. Peint en 1940, ce tableau, c’est en quelque sorte La Joconde de Hopper, le tableau dont on s’arrache les reproductions dans les magasins de posters du monde, celui qui n’en finit plus d’être parodié, copié, détourné. On dit même que la version revue par l’Autrichien Gottfried Helnwein, où les quatre anonymes du tableau sont remplacés par Marilyn Monroe, Elvis Presley, James Dean et Humphrey Bogart, est devenue plus célèbre que l’original…

Reste que ce grand classique de la peinture américaine, le public ne le verra pas à la Fondation de l’Hermitage. Il reste exposé à l’Institut d’art de Chicago. En revanche, l’Hermitage présentera cinq dessins et esquisses réalisés par Hopper quand il travaillait à cette œuvre. Avant de passer à la réalisation proprement dite de ses tableaux, l’artiste multipliait les esquisses, les études, les croquis. L’Hermitage en présentera de nombreux exemples. Ce sera l’une des originalités de cette exposition que de montrer comment est née l’une des œuvres les plus envoûtantes du XXe siècle.



Exposition «Edward Hopper», Fondation de l’Hermitage, Lausanne, tél. 021 312 50 13, info@fondation-hermitage.ch. Du 25 juin au 17 octobre 2010.


Cycle «Edward Hopper à l’écran», 17 films au programme, Cinémathèque suisse, Lausanne, tél. 021 315 21 70. www.cinematheque.ch Du 30 juin au 14 août 2010.


Conférence de Frédéric Maire, directeur de la Cinémathèque, sur le thème «Hopper et le cinéma, aller-retour (de Hitchcock à Wenders)», le 16 septembre à 19 heures à l’auditorium de la Fondation de l’Hermitage.


A lire (éventuellement): «L’arrière-saison», de Philippe Besson (2002). L’auteur prend le tableau de Hopper «Les noctambules» («The Nighthawks») comme point de départ de son roman.



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Tags: Art, peinture, Edward Hopper, Fondation de l’Hermitage, Amérique Aller en haut de page Haut de page

 

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