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SOULÈVEMENT
PRIÈRE POUR L’ÉGYPTE
Depuis le 25 janvier, le peuple crie sa colère et pousse Moubarak à la démission. Une mobilisation qui ne faiblit pas, malgré les morts, la peur et la répression.

Par Robert Habel - Mis en ligne le 01.02.2011

LES QUATRE QUESTIONS QUI HANTENT L’ÉGYPTE

Moubarak peut-il tenir?

C’était mardi dernier, avant la première manifestation organisée au Caire: le général Avi Kochavi, chef des Renseignements militaires israéliens, affirmait sans ambages qu’il n’avait «aucune crainte pour la stabilité du régime égyptien». Le pouvoir du président Hosni Moubarak, qui régnait d’une main de fer depuis près de trente ans, après l’assassinat d’Anouar el-Sadate le 6 octobre 1981, semblait inébranlable. En une semaine, la révolte populaire a tout emporté et le régime vacille.

Agé (82 ans) et malade, Hosni Moubarak peut-il encore sauver son trône? «Politiquement, il est déjà fini, puisqu’il a nommé un vice-président, le général Omar Souleiman, chef des Renseignements qui est issu de l’armée, s’exclame Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen à Genève. La seule chose qu’il puisse encore faire, c’est d’éviter un départ précipité dans le genre de Ben Ali en Tunisie. Moubarak se considère comme un héros de la guerre contre Israël en 1973 et, s’il était obligé de partir ainsi, ce serait une humiliation pour lui et aussi pour l’armée.»

Alternant répression et promesses de réformes, le président égyptien paraît incapable de reprendre la maîtrise des événements. Tristement réputée pour sa férocité, sa police n’a pu contenir la révolte populaire, qui s’approfondit de jour en jour et paraît même se transformer, parfois, en une véritable révolution. Appel à la grève générale, appel à de nouvelles manifestations… Toujours soutenu (ou toléré?) par l’armée, Hosni Moubarak a sans doute fait le deuil, d’ores et déjà, de son grand rêve: léguer le pouvoir à son fils Gamal.

Quel est le rôle de l’armée?

Comment préparer l’après-Moubarak? Comment assurer la transition la plus ordonnée possible? Pour Hasni Abidi, c’est l’armée égyptienne qui joue, aujourd’hui, le rôle crucial. Puissante et organisée, elle constitue la colonne vertébrale du pays, compte près d’un demi-million de soldats et bénéficie d’une aide américaine considérable, 1,3 milliard de dollars par année. Son objectif essentiel: éviter un vide du pouvoir.

«On assiste en fait à une prise de pouvoir par l’armée, mais une prise de pouvoir douce et sans fracas, explique-t-il. Le régime montre des failles énormes, mais il tient encore. L’armée veut accompagner le changement et elle doit préparer une sortie de crise qui passera forcément, sur le plan politique, par l’organisation d’élections libres.»

«L’armée est incontournable, explique pour sa part Zidane Meriboute, Algérien établi à Genève, auteur de plusieurs livres sur l’islam et professeur d’université en Angleterre. Le peuple égyptien a goûté à la liberté et n’a plus peur. Les militaires doivent protéger les libertés nouvelles.»

Mais avec qui l’armée va-t-elle parler? Avec Mohamed ElBaradei, sans doute, ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique et Prix Nobel de la paix en 2005. Rentré au Caire vendredi dernier, cet opposant déclaré multiplie les appels à la démission immédiate du raïs et se profile comme la seule voix forte et fédératrice.

Les intégristes peuventils prendre le pouvoir?

Une question hante les Occidentaux (et les Israéliens): la fin programmée de Hosni Moubarak va-t-elle entraîner la prise de pouvoir par les intégristes? Petit-fils du fondateur des Frères musulmans, Hassan el-Banna, et directeur du Centre islamique de Genève, Hani Ramadan suit, «avec émotion», les manifestations dans son pays d’origine. «Moubarak est le chef d’une dictature déguisée en démocratie, assuret-il. Il a toujours voulu faire croire aux dirigeants occidentaux, comme Ben Ali, qu’il constituait un rempart contre le péril islamique. Ce qui se déroule en Egypte, c’est un grand mouvement populaire. Les Frères musulmans l’ont rejoint, mais ils n’en sont qu’une composante.»

Pour Hasni Abidi aussi, il ne faut pas faire une fixation sur la menace islamique. «Non, les islamistes ne vont pas prendre le pouvoir! Mais il faut tenir compte de la réalité: les Frères musulmans représentent en Egypte la force la plus organisée et la mieux disciplinée après l’armée. Il faut les associer aux discussions à venir et parvenir à les domestiquer, comme on l’a fait en Turquie quand Erdogan a été nommé premier ministre.»

Mais les droits des femmes? «On ne veut pas imposer un Etat islamique, assure Hani Ramadan, qui s’était toutefois prononcé, il y a quelques années, pour la lapidation des femmes adultères. Les valeurs de l’islam ont aussi quelque chose d’universel. Les femmes bénéficient des mêmes droits que les hommes et ont tout autant un rôle à jouer dans la société.»

Les événements actuels menacent-ils Israël?

«L’Egypte est le pays le plus important du monde arabe, constate Zidane Meriboute. Le changement en Tunisie a fait peur, mais le changement en Egypte est incomparable. C’est l’allié indéfectible des Etats-Unis qui peut basculer, le pays qui a fait la paix avec Israël…»

L’Egypte va-t-elle remettre en cause son alliance totale – politique, économique, militaire – avec les Etats-Unis et repenser sa coopération organique – sécuritaire, diplomatique – avec Israël? Autant de questions qui cristallisent les pires angoisses des responsables israéliens, par ailleurs obsédés par la bombe iranienne et l’arrivée prochaine au pouvoir, au Liban, du Hezbollah. «S’il y a un pays qui ne dort plus, c’est Israël, remarque Hasni Abidi. Je constate avec étonnement qu’il est le seul, aujourd’hui, qui essaie de sauver le régime autoritaire égyptien. Israël comptait sur Moubarak pour tenir la rue arabe et faire respecter les accords de paix, pour servir d’intermédiaire avec les Palestiniens et pour lutter contre le Hamas à Gaza.»

«Les Israéliens répètent depuis toujours qu’ils représentent la seule démocratie dans la région, au milieu de régimes barbares, observe pour sa part Hani Ramadan. Je pense que la coopération sécuritaire entre Moubarak et Israël a beaucoup contribué à la révolte. Les Egyptiens ont été indignés par le soutien de leur gouvernement au blocus de Gaza et par son absence de réaction pendant la guerre à Gaza.»



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Tags: Egypte, révolte, soulèvement, Moubarak, Proche-Orient Aller en haut de page Haut de page

 

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