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ÉLECTIONS FÉDÉRALES 2011: 4/6
CHRISTIAN LÜSCHER: «LES SUISSES ALLEMANDS NE SE PLAIGNENT PAS: ILS FONT!»
Christian Lüscher était favorable à de nouvelles centrales avant Fukushima. Aujourd’hui, il reste convaincu qu’il faut poursuivre la recherche nucléaire. «L’illustré » l’a emmené dans le Toggenbourg (SG), une région qui a juré de devenir autonome en énergie d’ici à 2034.

Par Frédéric Vassaux - Mis en ligne le 28.09.2011

C’est un peu le Géo Trouvetou du Toggenbourg. Du haut de sa télécabine, à Gamplüt, Peter Koller nous indique le château de Vaduz, siège de la maison princière du Liechtenstein, à quelques kilomètres au fond de la vallée. Le Saint-Gallois est un personnage. Garagiste de profession, il a racheté la télécabine de Wildhaus-Gamplüt ainsi que le restaurant attenant et les a transformés en un modèle de gestion énergétique. L’an passé, il a ainsi produit plus d’électricité qu’il n’en a utilisé. «J’ai même fait 500 francs de bénéfice», souligne l’intéressé. Génial touche-à tout, il a installé des panneaux photovoltaïques sur les toits ainsi que des collecteurs de chaleur le long de la terrasse du restaurant. Il a également bricolé un ingénieux système de récupération de chaleur avec la cheminée de la grande salle.

INVENTIF

«J’adore ce genre de personnage », s’enthousiasme Christian Lüscher. Le conseiller national genevois est accroché sur une échelle posée contre le toit, en train d’admirer une autre des trouvailles de Peter Koller. Le long des panneaux solaires, le Saint-Gallois a installé un fin tuyau percé de trous. L’hiver, il y injecte de l’eau pour faire glisser la neige qui recouvre le toit et libérer ainsi les cellules solaires. «Voilà quelqu’un qui ne demande rien à personne et qui fait. Les Suisses allemands sont différents, ils ne sont pas toujours à se plaindre et à quémander des subventions, ils sont davantage dans l’action.» Favorable à la construction de nouvelles centrales nucléaires jusqu’à l’accident de Fukushima, aujourd’hui toujours persuadé qu’il ne faut pas abandonner la recherche sur le nucléaire, le député libéral a accepté notre invitation au fond du Toggenbourg, dans le canton de Saint-Gall. Une vallée bien particulière, puisqu’elle s’est donné comme objectif d’être autonome en énergie d’ici à 2034. En janvier 2009, les communes ont ainsi décidé la création d’une association, energietal toggenburg, pour laquelle chaque citoyen consacre 2 francs par an et dont le but est de favoriser et d’accompagner le développement de projets utilisant des énergies propres. Depuis, les idées foisonnent dans la région.

Sur le toit de l’entreprise Högg AG, à Wattwil, Christian Lüscher découvre ainsi la deuxième plus grande centrale photovoltaïque de Suisse orientale. «Cela représente 2500 mètres carrés de panneaux solaires qui produisent l’équivalent de la consommation électrique de 110 ménages», explique Thomas Grob. Président d’energietal toggenburg, il a loué lui-même le toit de l’entreprise saint-galloise pour y construire cette installation. «Sans le système de rétribution à prix coûtant (RPC) du courant injecté, cette centrale électrique n’aurait jamais vu le jour», poursuit le Saint-Gallois. La RPC garantit en effet un prix acceptable pour le courant vert via un fonds de la Confédération qui compense la différence entre le montant de la rétribution et le prix du marché. Le problème: ce fonds n’est pas sans fond et le plafond est déjà atteint. «Il faudrait déplafonner la RPC pour encourager les investissements, poursuit le président d’energietal toggenburg. Si l’on installait des panneaux solaires sur tous les toits susceptibles d’en recevoir, on pourrait produire 50% de l’énergie de la région.» Le problème est une question de coût. Si l’on rétribuait plus cher l’énergie solaire, il serait d’autant plus intéressant d’investir dans cette technique propre. «Certes, mais il ne faut pas, par cette mesure, tuer l’économie», estime Christian Lü-scher. «C’est vrai, admet Thomas Grob, on doit trouver le bon équilibre.»

 

«Le débat sur l’énergie nécessite une votation populaire»
Christian Lüscher

 

En avançant plus profondément dans la vallée, on constate que celle-ci n’est pas verte uniquement au sens écologique du terme. L’herbe y est quasiment fluo, à tel point qu’on se dit qu’on y ferait bien des vacances. «Oui, mais alors une heure…» plaisante l’urbain conseiller national, malgré tout impressionné par le panorama des Churfirsten.

Frappante est la diversité des solutions énergétiques trouvées dans la région. A Nesslau-Neu St. Johann, 85 bâtiments sont chauffés et alimentés en courant grâce à une installation à bois à distance, du bois récupéré dans les forêts avoisinantes et des déchets des scieries voisines. A Wattwil, la halle de l’entreprise Högg AG utilise l’eau souterraine pour ses besoins en chauffage et en refroidissement. Huit puits de 7 mètres ont été creusés autour de la halle et un ingénieux système joue sur la différence de température de l’eau (3 °C en plus ou en moins été comme hiver) pour produire l’énergie nécessaire. De petites centrales électriques au fil de l’eau abandonnées ont été modernisées et remises en service. Pour chaque lieu, chaque bâtiment, on recherche la solution la plus adaptée. Ainsi, dans la halle de curling de Wildhaus, on utilise la chaleur dégagée par la machine à faire du froid pour chauffer non seulement la halle de curling mais aussi l’école voisine. «Grâce à ce système, nous avons baissé notre consommation de mazout de 70 000 litres à 15 000 et réduit nos émissions de CO2 d’autant», explique Klaus Foster, qui a accompagné le projet. Seul un chauffage d’appoint au mazout a été conservé pour gérer les pics de froid hivernaux dans les salles de classe.

Sur son alpage de Gamplüt, Peter Koller, lui, n’est jamais à court d’idées. Contre le mur, il indique le dessin de sa dernière vision. «Je voulais installer une petite éolienne devant le restaurant, raconte-t-il, mais des organisations qui ne sont même pas venues voir de quoi il s’agissait ont immédiatement fait opposition. Il faudrait les interdire, ces gens!» s’emporte le garagiste. Du petit-lait au palais de Christian Lüscher, lequel s’était fortement impliqué pour tenter de restreindre le droit de recours des associations. «Il faut être cohérent. Si l’on veut des énergies vertes, il faut aussi accepter leur mise en œuvre, même si elle comporte parfois quelques désagréments. C’est toujours la même chose: tout le monde veut des éoliennes, mais jamais à côté de chez soi.»

FIDÈLE LIBÉRAL

Si le Genevois a été touché par l’inventivité et la diversité des solutions déployées dans le Toggenbourg, il n’en a pas pour autant changé sa manière de penser. «Non, cela m’a conforté dans l’idée qu’il faut laisser faire ceux qui savent, dit-il, les aider en fournissant les autorisations nécessaires, en accélérant les procédures et par des incitations fiscales. Mais ce n’est pas à l’Etat de tout faire. Il faut faire en sorte que les gens aient un intérêt à investir dans ces énergies. » Fidèle à sa devise libérale, il voit l’initiative privée comme moteur de toutes les évolutions. Oubliant peut-être un peu vite qu’au Toggenbourg toute une région s’est fédérée autour d’un objectif: produire autant d’énergie qu’elle en utilise d’ici à 2034, et que l’un des grands moteurs du changement est constitué par les fonds d’incitation de la Confédération.

«Pour moi, le débat sur l’énergie nécessite une votation populaire, conclut le candidat au Conseil des Etats. Cela me paraît indispensable, afin de légitimer les politiques publiques en matière d’approvisionnement énergétique.»

 


MUTATION

LA SUISSE DOIT TROUVER 40% D’ÉNERGIE PROPRE D’ICI À 2034

Se passer des centrales nucléaires est un défi positif pour les énergies renouvelables, loin d’être impossible à relever.

Le gouvernement et le Parlement se sont mis d’accord pour une sortie du nucléaire d’ici à l’an 2034. Les centrales seront donc progressivement désactivées dans ce laps de temps. Aujourd’hui, le nucléaire couvre 39% des besoins helvétiques en électricité; c’est dire qu’il faudra trouver des solutions de remplacement à même hauteur. L’avantage du nucléaire est qu’il produit de l’énergie de manière continue et permet d’injecter beaucoup d’électricité lors des pics énergétiques. Alors, sortir du nucléaire, un impossible fantasme? Pas forcément. En dix-huit mois et par une seule action baptisée Eau chaude par le toit, l’association energietal toggenburg a réussi à entraîner la mise en place de pas moins de 176 installations solaires thermiques dans la région. Ce qui permet d’éviter chaque année la production de 335 tonnes de CO2. Mieux: l’opération génère des retombées économiques estimées à 3 millions dans cette contrée. En effet, dopées par le volontarisme du Toggenbourg, plusieurs entreprises locales se sont désormais spécialisées dans l’installation de systèmes énergétiques durables. La banque Raiffeisen du coin a également mis sur pied une hypothèque spéciale pour les investissements écologiques, avec un taux d’intérêt limité à 1%, afin d’aider au financement de transformations visant à améliorer le bilan énergétique d’un bâtiment. Avec le solaire conjugué à toutes les solutions déjà existantes, géothermie, eau, bois, vent, etc., on comprend que le défi n’est pas si grand. Et les Suisses sont prêts à le relever. Plus de 11 000 projets sont en attente de financement dans le cadre de la rétribution à prix coûtant (RPC) du courant injecté, bloqués pour l’heure par le plafonnement en vigueur, les fonds mis à disposition par la Confédération étant déjà épuisés. Un rayonnement d’espoir aussi: une seule heure de soleil par jour couvre les besoins annuels en énergie de la population mondiale.



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Tags: Elections fédérales 2011, Christian Lüscher, nucléaire, atome, Toggenbourg Aller en haut de page Haut de page

 

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