Jeudi 24 juin, Elton John et son compagnon David Furnish (les deux hommes sont désormais mariés) recevaient comme chaque début d’été dans le parc de leur somptueux manoir de Woodside. Cela s’appelle le White Tie & Tiara Summer Ball. Cravate blanche (et queue-de-pie) pour les gentlemen, tiare et robe longue pour les dames. Ceux qui l’assument peuvent porter le kilt, une coiffe de chef indien ou un long T-shirt en guise de minijupe…
Depuis dix ans, Chopard est le partenaire de la soirée. Pour le bijoutier genevois, il s’agit certes d’une grosse opération, mais d’abord d’une histoire de cœur.
«Elton est vraiment un ami très proche», confie Caroline Gruosi-Scheufele, coprésidente de Chopard. Avec Baselworld et le Festival de Cannes, le bal d’Elton représente le plus gros événement de l’année pour la marque. C’est grâce à Chopard si L’illustré a pu exceptionnellement être invité à la fête, aux côtés de Vanity Fair Italie et Vogue Espagne. Un privilège: la table coûte 30 000 livres (49 000 francs) et 120 personnes sont restées sur la liste d’attente.
Mais, avant de s’asseoir à table, il faut arriver à Old Windsor, village de carte postale planté dans le Berkshire, à une heure de Londres. Le défilé des limousines qui convoient les 680 invités attire l’attention des villageois, massés au bord des routes avec des appareils photo, des masques d’Elton John ou des pancartes dans une ambiance très Tour de France.
«Venez à mon bal», propose une femme sirotant une bière à côté d’un barbecue où grillent quelques saucisses.
DÉCO SIGNÉE LADY GAGA
Au bout de Crimp Hill, l’ambiance est moins bon enfant. Un imposant service d’ordre vérifie le carton d’invitation. Pièce d’identité exigée.
Le parc est un bijou de verdure savamment entretenu qui ne laisse qu’entrapercevoir la demeure de la star. Ce pourrait être féerique, c’est… cauchemardesque. Des performers sont pendus aux arbres, immobiles, le regard fixe. Des cris enregistrés montent des fourrés. Les serveurs, recouverts de bandages, habillés comme dans le film Orange mécanique, présentent des cocktails servis dans des flacons de pharmaciens et des amuse-gueules sur des plateaux de chirurgie.
Un gag signé… Lady Gaga.
La star new-yorkaise est l’invitée vedette de la soirée. Arrivée deux jours plus tôt, elle a créé cette ambiance digne d’un conte funèbre d’Edgar Allan Poe. «C’est Lady Gaga aux pays des merveilles», lance sir Elton John, qui en a vu d’autres, question excentricité.
UNE PLUIE DE STARS
Plus conventionnels, les invités respectent la loi d’airain qui préside à chaque cocktail: plus je suis connu, plus j’arrive tard.
Entrent donc successivement en scène: le producteur bâlois Arthur Cohn, Dame Shirley Bassey (arrivée de Monaco), les top models Eugenia Silva et Lili Cole, les rockers Jon Bon Jovi et Kid Rock, le couturier Valentino, Boris Becker, l’actrice Kate Beckinsale, la sublime Liz Hurley, en robe fendue Versace, et son époux Arun Nayar. «Pas de joueur de foot?» demandera le chauffeur au retour. Seulement Alex Curran, l’épouse de Steven Gerrard, le capitaine de l’équipe d’Angleterre. Et pas de Federer non plus. «Roger a beaucoup hésité, regrettera Caroline Gruosi-Scheufele, mais il avait un match difficile le lendemain à Wimbledon.»
Dans l’immense tente dressée au fond du parc, la déco mi-victorienne mi-futuriste est encore l’œuvre de Lady Gaga.
Le repas est léger, enlevé, sublime. Omelette aux truffes et caviar, agneau Cumbrian, bombe au chocolat et glace au beurre de cacahouète. Seule faute de goût, Richard Clayderman passe en fond sonore… Totalement dans son personnage, Lady Gaga vient saluer son hôte avant le concert. Elle porte une robe de mariée surmontée d’une mantille de fer, des rangers aux pieds et des parures Chopard. Puis repart se changer, toujours théâtrale. La vente aux enchères est tout aussi impressionnante. Les lots partent vite, à des sommes folles.
La nouvelle Audi A1 décorée par l’artiste le plus coté du moment, Damien Hirst: 574 000 francs! Une robe sculpture d’Anselm Kiefer: 1,1 million de francs! La crise ne semble pas avoir atteint Old Windsor, même si, il y a quelques années, un convive avait offert 1 million pour qu’Elton John lui compose spécialement une chanson. Lorsque David Furnish annonce enfin «la plus grande star actuelle», les invités sortis fumer un cigare regagnent précipitamment leur place. Ils finiront debout, massés devant la scène, conquis, médusés. Lady Gaga, accompagnée par douze musiciens, danseurs et choristes, se donne à fond, sur ses tubes comme dans un duo-duel au piano avec Elton John qui combine les ballades de l’une (Speechless) et de l’autre (Your song).
TOUT PRÈS DE LIZ HURLEY
La promiscuité offre quelques clichés cocasses. Kelly Osbourne porte tatouée en demi-lune dans le dos cette étonnante phrase en français: «Je vous aime la maman». Liz Hurley se fait draguer pendant que son mari filme le concert sur son iPhone (ce qui est strictement interdit). Un peu en retrait, Bon Jovi observe le show d’une moue envieuse. Aujourd’hui, c’est Lady Gaga qui mène le bal.