On peut être le meilleur employé du monde et se retrouver licencié. Parce que l’entreprise qui nous emploie décide de supprimer un secteur de son activité ou parce que l’employeur choisit de délocaliser une partie de sa production, et nos qualités n’y changeront rien. Aujourd’hui plus qu’hier, nul n’est à l’abri de perdre son travail. Alors, comment faire face à une situation professionnelle plus incertaine que jamais? Quels sont vos droits, vos devoirs, mais aussi les trucs et astuces pour retrouver du boulot? Réponses en six questions.
1 QUELS SONT VOS DROITS?
D’abord, vérifiez que votre employeur a bien respecté le délai de congé légal, soit de sept jours dans la période de temps d’essai, à trois mois dès la dixième année de service. Ensuite, vous pouvez bénéficier de l’assurance chômage si vous ayez cotisé au moins douze mois dans les deux dernières années avant votre inscription au chômage. Il existe des cas particuliers où la période de cotisation est supprimée. Par exemple, pour toutes les personnes qui ont été dans l’impossibilité pratique de travailler pour cause de maladie, d’accident ou de maternité. Pour les gens contraints de reprendre une activité professionnelle à la suite d’un divorce, ou les personnes ayant suivi une formation. Pour toucher les indemnités, il faut être domicilié en Suisse ou dans un pays membre de l’Union européenne ou de l’AELE, mais dans ce cas vous ne pourrez toucher des prestations que durant trois mois au plus. Dans tous les cas, vous n’y avez droit que si vous faites la preuve que vous rechercher activement un nouvel emploi. C’est pourquoi, dès l’annonce du licenciement, il faut commencer à chercher un emploi et garder les copies des postulations et les réponses des entreprises. Des documents que vous devrez présenter plus tard à votre conseiller d’office régional de placement (ORP).
2 LES ORP, UN LIBRESERVICE?
Les ORP proposent tout un catalogue de mesures, cours collectifs ou individuels, stages de formation, semestres de motivation, stages professionnels, etc., qui doivent aider les demandeurs d’emploi à retrouver un travail. Toutefois, «les ORP ne sont pas un libreservice, explique Roger Piccand, chef du Service de l’emploi du canton de Vaud. Le conseiller va faire un bilan avec le demandeur d’emploi et, si la situation l’exige, proposera de compléter ses compétences par l’une de ces mesures. Chaque situation est différente, l’objectif est de mettre en œuvre la bonne stratégie pour la bonne personne. C’est comme un médicament: il faut d’abord poser le bon diagnostic, puis choisir le bon médicament et l’ingurgiter au moment adéquat.» Ainsi, tous les demandeurs d’emploi ne bénéficient- ils pas de telles mesures. Dans le canton de Vaud, par exemple, en septembre, sur 21 000 demandeurs d’emploi, 6000 seulement étaient au bénéfice de telles mesures de réinsertion.
3 UNE OCCASION DE SE RÉORIENTER?
Vous pensez que le chômage est un moyen de changer de vie, de profiter de vous réorienter? «C’est une illusion», glisse un ancien conseiller ORP à Neuchâtel. Le système est là pour que vous retrouviez du travail au plus vite et non pour financer un changement d’orientation. L’assurance chômage a été pensée pour vous soutenir le moins longtemps possible et pour le moins cher possible. «De plus en plus, et notamment depuis la réforme de l’assurance chômage acceptée l’an dernier, les conseillers ORP sont surtout là pour contrôler que vous cherchiez sérieusement du boulot et pour mettre des amendes», remarque Gérald Crettenand, président de l’Association de défense des chômeurs (ADC) de Genève. «Il ne faut pas rêver: tous les secteurs sont aujourd’hui compétitifs. Le plus important est de retrouver le plus rapidement possible un emploi car, plus vous serez au chômage longtemps, plus il sera difficile de retrouver un travail, constate Roger Piccand. Et c’est quand même dans votre branche d’activité, où vous bénéficiez d’une certaine renommée, que vous aurez le plus de chances de retrouver un emploi.»
4 PATRON DE SON DESTIN PROFESSIONNEL?
«Le plus important est de se prendre en charge», estime Patrice Oreiller, ancien conseiller ORP auteur du guide Permis de conduire assurance chômage. Pas forcément facile lorsqu’on vit une période d’incertitude professionnelle, mais indispensable pour arriver à en sortir. «Il faut que les demandeurs d’emploi s’approprient l’outil assurance chômage, poursuit le Valaisan, prennent les choses en main. En fait, vous vous retrouvez soudain patron, payé par l’assurance avec une seule mission: retrouver du boulot.» Cela veut dire s’investir, trouver des idées et des voies à proposer à son conseiller. Car celui-ci a, dans le fond, beaucoup de pouvoir. C’est lui qui peut vous ouvrir les portes de formations diverses et variées. A vous de lui prouver que celles-ci s’intègrent dans votre projet pour retrouver un travail. Mais à la roue de la fortune des conseillers ORP tout le monde ne gagne pas. Il se peut que vous tombiez sur quelqu’un avec qui vous avez de la peine à communiquer. Le droit vous autorise à demander un changement. Vous devez d’abord en informer votre conseiller; si cela ne fonctionne pas, demander par écrit au chef de l’ORP et, si votre demande n’est toujours pas entendue, écrire au service cantonal de l’emploi.
5 OÙ TROUVER DE L’AIDE?
Au-delà de l’assurance chômage elle-même, des associations comme l’Association de défense des chômeurs (ADC), présente notamment à Genève et à Neuchâtel, peuvent vous apporter un soutien. Des conseils juridiques, mais aussi une aide pratique pour réaliser un CV ou formuler une lettre de motivation, mettre à disposition un ordinateur. «Souvent les ORP eux-mêmes nous envoient des gens, explique Gérald Crettenand, notamment des employés étrangers, qui ont plus de difficultés à évoluer dans les méandres administratifs du chômage.» Tous les cantons ont un service d’orientation, gratuit, qui permet de se faire une idée de ce qu’il est possible d’entreprendre pour faciliter sa réinsertion professionnelle ou changer d’orientation. «Perdre son emploi est assez similaire à la perte d’un être cher, constate Isabel Taher-Sellés, directrice de l’Office cantonal vaudois d’orientation scolaire et professionnelle. On passe par toutes les phases du deuil, du choc initial à la révolte et à l’acceptation. Toutes les mesures de réinsertion doivent s’intégrer dans ce processus. Parfois, les personnes saisissent cette occasion pour réaliser une réorientation mais, évidemment, c’est plus difficile si vous avez une famille à charge et l’hypothèque de la maison à payer… Le service d’orientation peut apporter des informations, une clarification de votre situation et l’exploration de vos aptitudes, soit des outils pour qui cherche un travail ou veut se réorienter.»
6 COACH OU CONSEILLER ORP?
Les coachs travaillent généralement en amont, alors que la personne n’a pas encore perdu son travail mais se cherche une nouvelle place dans la vie. «Je constate que beaucoup d’employeurs proposent des coachs ou un service d’outplacement pour les personnes qu’ils licencient, preuve qu’ils ont conscience de leur responsabilité sociale, constate Magali Fischer, consultante en ressources humaines à Lausanne. Ils constituent d’ailleurs la plus grande part de nos clients. Pour un particulier, le coach permet une prise en charge plus personnalisée, plus souple et plus globale de la personne.» Un traitement plus adapté mais qui a évidemment un prix, comptez entre 1000 et 2500 francs pour quatre à cinq séances. Reste qu’au moment d’une remise en question professionnelle, ce n’est pas forcément le pire des investissements.
ADRESSES PRATIQUES
À LIRE
«Permis de conduire assurance chômage», de Patrice Oreiller, à commander sur le site www.pcac.ch
SUR LE WEB
www.guidechomage.ch, tout savoir sur les droits et devoirs du chômeur.
www.adc-ge.ch, le site de l’Association genevoise de défense des chômeurs. Vous y trouverez notamment une nuée d’exemples de CV.
OFFICES D’ORIENTATION
GENÈVE
OFPC Office pour l’orientation, la formation professionnelle et continue Rue Prévost-Martin 6, Centre principal de Plainpalais, 1205 Genève. Tél. 022 388 44 00 www.geneve.ch/ofpc
VAUD
Office cantonal d’orientation scolaire et professionnelle Rue de la Borde 3D, 1014 Lausanne. Tél. 021 316 11 20 www.vd.ch/index.php?id=3080
FRIBOURG
Service de l’orientation professionnelle et de la formation des adultes SOPFA Rue Saint-Pierre-Canisius 12, 1700 Fribourg. Tél. 026 305 41 86 http://www.fr.ch/sopfa/fr/pub/ index.cfm
JURA
Centre d’orientation scolaire et professionnelle et de psychologie scolaire Ch. des Arquebusiers, 2900 Porrentruy. Tél. 032 420 34 70, www.jura.ch/cos
NEUCHÂTEL
Office cantonal de l’orientation scolaire et professionnelle Rue du Parc 53, 2300 La Chauxde-Fonds. Tél. 032 889 69 59. www.ne.ch/neat/site/jsp/rubrique/ rubrique.jsp?StyleType=m arron&CatId=4801
VALAIS
Office d’orientation scolaire et professionnelle du Valais romand Av. de France 23, 1950 Sion. Tél 027 606 45 00 www.vs.ch/Navig/navig. asp?MenuID=3824