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MORMONS FONDAMENTALISTES
POLYGAMIE MADE IN USA
Les membres de l’Eglise fondamentaliste de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours se moquent des lois des Etats-Unis. Installés au Texas, en Utah et dans l’Arizona, quelques milliers de mormons n’ont jamais renoncé à la polygamie. Reportage avec la photographe Stephanie Sinclair, qui s’est introduite dans cette communauté d’un autre âge, dissidente et mystérieuse, aussi religieuse que scandaleuse.

Par Jean-Blaise Besençon - Mis en ligne le 21.06.2011

Les robes descendent jusqu’aux mollets. Leur couleur unie, pastel, évoque un temps arrêté à l’aube du XIXe siècle. Austérité et tradition. Cousues dans un tissu simple mais assez solide pour cacher les formes du corps, elles sont l’uniforme des femmes de l’Eglise fondamentaliste de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Une communauté sectaire de quelques milliers de membres, des mormons entrés en dissidence pour n’avoir jamais renoncé à la polygamie… Ça se passe aujourd’hui en Arizona, dans l’Utah et au Texas, entre prières, mariages forcés, prières, descentes de police, prières, accusation de viols de mineurs, prières, procès…

GOD BLESS AMERICA

Au moment de son arrestation en 2006, Warren Jeffs, l’actuel leader de la secte, faisait partie de la sinistre liste des dix criminels les plus recherchés par le FBI. Condamné à dix ans de prison pour viol sur mineur, il a vu son jugement cassé l’été dernier et un nouveau procès devra avoir lieu en Utah. Comme il est aussi attendu par la justice de l’Arizona, ses 75 épouses supposées ne sont pas près de le revoir.

Ce qui n’empêche pas la communauté – que l’on estime aujourd’hui plus proche de 6000 que de 10 000 membres – à mener sa vie, farouchement à l’abri des regards, notamment sur les 7 km2 du ranch Yearning for Zion qu’elle possède près d’Eldorado, au Texas.

En 2008, après la confession d’une jeune fille de 16 ans à une association d’aide aux victimes de violence conjugale, la police et les services sociaux y ont effectué une descente. Plus de 400 enfants ont été emmenés et entendus. Rien, finalement, n’a été retenu contre personne, tandis que la jeune dénonciatrice n’a jamais pu être identifiée.

SECTE PORTES OUVERTES

Sérieusement secoués par ces dernières péripéties, les mormons fondamentalistes, se sentant une fois de plus persécutés, se sont davantage encore refermés dans le secret de leur culte et de leurs traditions. Sans oublier malgré tout de réparer un peu leur image. Ainsi, ils ont accueilli la photographe newyorkaise Stephanie Sinclair, la laissant voir un peu de leur quotidien, les images des pages précédentes. Peu suspecte de complaisance à l’égard des extrémistes, la photographe, connue pour ses reportages engagés sur l’excision ou autour des femmes afghanes, avoue avoir été troublée par son immersion et admet désormais ne pas pouvoir trancher cette question: la polygamie est-elle une question de liberté individuelle ou la société a-t-elle son mot à dire?

LIBRES ENFANTS DE DIEU?

«Dieu est plus grand que les Etats-Unis, et quand le gouvernement est en conflit avec le ciel, nous nous rangeons sous les bannières du ciel contre le gouvernement. Les Etats-Unis disent que nous ne pouvons pas épouser plus d’une femme. Dieu dit autre chose…» répondent les adeptes. Le fameux premier amendement de la Constitution – «Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l’établissement ou interdise le libre exercice d’une religion…» – témoigne d’un souci de liberté auquel une majorité d’Américains restent très attachés. Là, il faut se souvenir que, dès le XVIIe siècle, les premières colonies anglaises du Nouveau Monde furent un asile pour tous ceux qui fuyaient l’intolérance religieuse en Europe. L’arrivée successive de puritains, de catholiques anglais, de luthériens scandinaves, d’anabaptistes et de piétistes allemands, de frères moraves tchèques, de presbytériens écossais, de huguenots français a profondément nourrit les us et coutumes du pays en construction et explique aujourd’hui encore le dynamisme religieux des Etats-Unis.

TROP DE FEMMES SEULES

Lorsque, en 1852, les mormons parlent pour la première fois de polygamie (qu’ils appellent mariage plural), il s’agit de formuler une vision divine de Joseph Smith (1805-1844), le fondateur de l’Eglise qui aurait ainsi «possédé» près de 50 épouses. En réalité, la nouvelle communauté en plein développement recrute beaucoup plus de femmes que d’hommes. Plutôt que de les laisser vieillir solitaires et sans enfants, il est imaginé que les plus vertueux d’entre les membres mâles auront droit à davantage qu’une épouse; le nombre d’enfants mis au monde et bien éduqués fonctionnant en prime comme une garantie pour le paradis. Très vite, ces pratiques valurent aux mormons pas mal d’ennuis et, en 1889, une nouvelle vision divine fort opportune interdit définitivement aux mormons la polygamie.

A tous les mormons sauf quelques milliers d’entre eux… Images troublantes d’un autre monde, un monde clos, au-delà duquel les femmes et les enfants de l’Eglise fondamentaliste de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours n’ont toujours pas la possibilité d’aller simplement respirer.

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Tags: Etats-Unis, USA, Texas, Utah, Arizona, mormons, Eglise fondamentaliste de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, polygamie Aller en haut de page Haut de page

 

LA PRATIQUE DE LA POLYGAMIE CHEZ LES MORMONS VOUS CHOQUE-T-ELLE? (sondage réalisé du 22 au 28 juin, minuit)


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