De la terre, de l’eau, du feu et les mains de l’homme. Sur le modèle d’un humble bol en terre cuite, le musée ARIANA de Genève propose un passionnant tour du monde des pratiques céramiques.
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Jean-Blaise Besençon - Mis en ligne le 26.04.2011
Au départ, un simple bol de terre cuite à feu doux. Fabriqué à des millions d’exemplaires, le kulhar ne sert qu’une fois, notamment aux buveurs de thé à la sauvette dans les gares de l’Inde des traditions. Ensuite, ce petit contenant humble et rugueux retourne aussitôt à la terre dont il est issu, façonné par les mains habiles d’un artisan. Aujourd’hui de plus en plus souvent remplacé par du plastique et sans doute bientôt menacé de disparition, il est le numéro un des mille et un bols exposés à Genève.
Travaillant en Australie ou en Afrique du Nord, en Asie, à Genève ou en France, 100 créateurs participent à ce génial projet de«transport d’argile». Respectant la taille (et l’esprit) du bol numéro un, ils déclinent selon leur imagination et leur technique particulière dix exemplaires du modeste contenant.
DE TERRE ET DE FEU
De la terre, de l’eau, du feu plus une habileté proprement humaine: la pratique ancestrale de la poterie renvoie à l’essentiel des éléments et des techniques. Des cuissons à la bouse de vache à la finesse d’une porcelaine (que les Européens appelaient«or blanc» avant d’en voler le secret de fabrication aux Chinois): la variété des techniques (du façonnage en colombins jusqu’aux dessins au cobalt rehaussés d’or) témoigne de l’étendue du génie humain. Un magnifique petit film réalisé en marge de ce projet documente cet art à la fois immédiat – la forme harmonieuse qui, d’une masse de terre informe, apparaît en quelques tours de mains – et définitivement imprévisible: les artisans potiers ne contrôlant jamais tout à fait les pièces qui vont sortir de leur four.
TRANSPORT D’ARGILE
Déjà présentée en Inde, en Chine, en Corée et en France, l’exposition qui fait halte au musée Ariana sera encore montrée à La Chauxde-Fonds à partir du 19 septembre. Projet imaginé par la céramiste Claude Albana Presset, il tient au final dans de grandes caisses en bois qui protègent les œuvres, leur permet de voyager et servent de présentoir. Semblant à peine sortis des premiers foyers de l’humanité ou au contraire porteurs d’illusions ou de peurs futuristes, ces petits pots séduisent par leur nombre, leur raffinement et leur simplicité. Art du savoir-faire et des secrets partagés, ils portent en eux de cette histoire humaine et de cette harmonie entre un maître et ses élèves qui nourrissent (en l’occurrence désaltèrent) les membres d’une société. Ainsi le kulhar que l’on jette comme un mouchoir après un usage unique contient sa part d’immortalité.
1001 bols. Musée Ariana, Genève. Jusqu’au 28 août. Un magnifique catalogue et un film de Louk Vreeswijk complètent cette passionante exposition.