Recherchez
« Article précédent Article portraits n°72/88 Article suivant »
MONSIEUR FACEBOOK
EN FERIEZ-VOUS VOTRE AMI?
Cyberdictateur ou cyberdémocrate? Cet Américain de 26 ans, créateur du réseau social aux 500 millions d’adeptes, pèse 6,9 milliards de dollars. Un film, à découvrir le 13 octobre, élève sa réussite au rang de mythe. Portrait d’un surdoué qui pourrait bien être votre pire ami.

Par Blaise Calame - Mis en ligne le 08.10.2010

Au costard-cravate des golden boys, Mark Elliot Zuckerberg préfère le T-shirt, gris de préférence, le jean et les sneakers. Question de génération. Multimilliardaire à 26 ans, le patron du plus grand réseau social de la planète serait pourtant, à en croire ses compatriotes américains, un César du XXIe siècle. La référence à l’empereur romain n’est pas innocente. Mark Zuckerberg est un conquérant, pétri d’ambition. La lecture de l’Enéide, en classe de latin, l’a bouleversé. Lycéen, il s’imaginait dans la peau d’Enée, le héros de Virgile désireux de changer le monde. «Il y avait déjà chez lui une forme de dérive impériale», confie son ami Sean Parker, cofondateur du site Napster.

Monsieur Facebook débarque dans le monde réel le 14 mai 1984 à Dobbs Ferry, une banlieue de New York, où ses parents, Karen et Edward, habitent toujours. Il a trois sœurs... et très peu d’amis. La mère, psychiatre de formation, tient la comptabilité du cabinet de son époux, un dentiste affectueusement surnommé Dr Z sans douleur.

Mordu d’ordinateurs, Edward Zuckerberg transmet à son fils le virus de la programmation. Un après-midi de 1996, anticipant une demande de son père, Mark crée un programme d’échange de messages entre le domicile familial et le cabinet, qu’il baptise ZuckNet.

UN GÉNIE SOLITAIRE

Zuck, comme on l’appelle, est un môme solitaire. Quand les autres enfants jouent aux jeux vidéo, lui réfléchit à leur conception. «C’était un prodige», affirme son ancien coach en informatique Dave Newman. Ses détracteurs le voient comme un robot, les autres comme un autiste. Au lycée, il planche sur de nouveaux outils de communication. Son premier coup d’éclat, il le signe au sein de la Phillips Exeter Academy, en créant avec un copain le logiciel musical Synapse. Les firmes AOL et Microsoft sont emballées, mais Zuck repousse leurs avances. Il ira à Harvard: section informatique et psychologie.

A Cambridge, sur le campus, il rejoint la fraternité juive Alpha Epsilon Pi. Lors de sa deuxième année, il rencontre celle qui ne le quittera plus, Priscilla Chan, brillante étudiante sino-américaine venue de Boston.

Les logiciels qu’il met au point s’arrachent, à l’image de CourseMatch, qui révèle à chaque étudiant la grille de cours de tous les autres, ou de Facemash, un jeu à connotation sexuelle consistant à comparer les photos de deux étudiantes. L’administration de Harvard en interdit la diffusion. Trop tard. Les bases d’un premier réseau sont posées. Le 4 février 2004, dans l’atmosphère électrique de la chambre de Mark Zuckerberg, Facebook est lancé.

Zuckerberg ne recrute que des mecs: ses deux colocataires, Dustin Moskovitz (programmeur) et Chris Hughes (futur porte-parole), ainsi qu’Eduardo Saverin (aspect commercial). La fièvre Facebook contamine Harvard. «Ils me font confiance, ces idiots», se réjouit Zuckerberg. Les universités de Columbia, Stanford et Yale se connectent.

«La sphère privée, aujourd’hui, c’est dépassé»
Mark Zuckerberg

Tantôt arrogant, méprisant, ou borné comme un sale gamin, Zuckerberg divise. Un groupe d’étudiants plus âgés, formé de Divya Narendra et des jumeaux Cameron et Tyler Winklevoss, l’accuse de plagiat. Travaillant eux aussi sur l’idée d’un réseau universitaire interne, appelé ConnectU, ils ont eu besoin de l’aide de Mark Zuckerberg pour débloquer une situation. Aussi, au lancement de Facebook, ils sont suspicieux. Zuck a-t-il doublé ses concurrents avec leur propre idée? Il nie. On le traîne en justice.

Après des années de procédure, un juge finit par octroyer aux plaignants 65 millions de dollars de dédommagement. Ils déposent un recours. Le cas demeure pendant...

Dans l’intervalle, Mark Zuckerberg n’a pas perdu de temps. Imitant un certain Bill Gates avant lui, il a quitté Harvard pour la Sillicon Valley, en quête d’investisseurs. Dustin Moskovitz l’accompagne. Le siège de Facebook est installé à Palo Alto. Les capitaux abondent, mais entre Zuck et ses potes, la tension monte. Resté à New York, Eduardo Saverin est poussé vers la sortie. Il négociera son départ au tribunal.

Après l’achat, en 2005, du nom de domaine facebook.com, le réseau, réservé depuis le 26 septembre 2006 aux internautes de 13 ans au moins, va croître de manière exponentielle.

Bien que Facebook ne soit toujours pas coté en Bourse, la société pèserait aujourd’hui, selon le magazine Forbes, 23 milliards de dollars! Mark Zuckerberg détient seul 20% des parts. Sa fortune frise les 7 milliards. L’argent n’a pourtant jamais été sa priorité. Sinon, comment expliquer son refus systématique de vendre? «Je n’avais encore jamais vu personne refuser un milliard de dollars», avoue l’ancien boss de Yahoo! Terry Semel, auteur d’une offre d’achat en 2006. Microsoft proposera jusqu’à 15 milliards de dollars, en vain.

«LE RICHE LE PLUS PAUVRE QUE JE CONNAISSE»

Chez Mark Zuckerberg, aucun signe extérieur de richesse. A Palo Alto, le PDG de Facebook vit dans une petite maison de location de deux étages, à la cuisine jaune vif. Sa compagne Priscilla, qui est en 3e année de médecine à San Francisco, vient seulement de l’y rejoindre. Sa voiture est une discrète Acura TSX et son loisir favori consiste à visionner des DVD. Fan de la série The West Wing, il n’a même pas la télé! «Il est le riche le plus pauvre que j’aie croisé dans ma vie», affirme Tyler Winklevoss, qui le poursuit en justice depuis 2004.

Au siège de sa société, Mark Zuckerberg concentre généralement ses journées de travail de 14 à 18 heures. Il passe pour un patron à l’écoute, mais super exigeant, voire autocratique. La plupart de ses potes ont déguerpi, soûlés par son ego.

Les compagnons de Harvard ne sont cependant pas à plaindre. Dustin Moskovitz, parti en novembre 2008, possède 6% des parts de la société. Il est milliardaire, tout comme Eduardo Saverin, le banni, qui a conservé 5% des parts.

Poursuivant le dessein de révolutionner le web, Zuckerberg se dit convaincu «que le monde serait bien meilleur si les gens se montraient plus ouverts, plus transparents». La protection des données constitue d’ailleurs un défi majeur pour Facebook. A plusieurs reprises déjà, le site a dû revoir et corriger ses licences d’utilisation de documents.

Cyberdictateur et cyberdémocrate? Mark Zuckerberg cultive l’ambiguïté. Son propre profil Facebook démontre qu’il n’est pas homme à se dévoiler. Fan du comédien Andy Samberg, il aime la musique de Green Day, Jay-Z, Tay lor Swift et Shakira. Ses centres d’intérêt? «Le minimalisme», «Les révolutions» et «Tuer le désir». Plutôt maigre pour quelqu’un qui ne cesse de répéter: «La sphère privée, c’est dépassé.»

The Social Network, de David Fincher, avec Jesse Eisenberg et Justin Timberlake, à voir dès le 13 octobre.

 


 

FACEBOOK EN CHIFFRES

4 février 2004, date de la création de Facebook à Harvard.

500 millions, le nombre d’utilisateurs de Facebook au 21 juillet 2010.

2,3 millions, nombre de Suisses (29% de la population) possédant un compte Facebook.

23 milliards de dollars, valeur estimée de la société Facebook.

13 millions, nombre d’amis de Lady Gaga, célébrité N° 1 sur Facebook.

879 nombre d’amis du fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg.



Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace  


Tags: Facebook, Mark Zuckerberg, film, réseau social, Microsoft, Harvard, The Social Network, Justin Timberlake Aller en haut de page Haut de page

 

LA BANDE-ANNONCE DU FILM QUI ÉGRATIGNE FACEBOOK

EURONEWS CINEMA : EXTRAITS ET INTERVIEW DU CHANTEUR JUSTIN TIMBERLAKE QUI JOUE DANS LE FILM

TOUT SAVOIR SUR FACEBOOK: ÉMISSION D’ENVOYÉ SPÉCIAL, EN QUATRE VOLETS, CONSACRÉE À FACEBOOK (FÉVRIER 2010)

A lire aussi

CARRIÈRE

Jean Studer, confession d'un poids lourd

Lâcheur ou sauveur? En quittant le Conseil d’Etat pour la présidence de la BNS, Jean Studer tourne le dos aux «bringues» neuchâteloises mais défend fermement son bilan aux Finances. »


RÉVÉLATION

Sonia Lacen: «Quand je chante, je ne joue pas»

Elle restera une figure marquante de «The Voice», sur TF1, diffusé chaque samedi soir. Qui? Sonia Lacen, 28 ans, qui réside à Carouge et travaille comme hôtesse de l’air. »


VEILLON ET KUCHOLL

Sur la même longueur d’onde

Succès fou chaque matin pour les deux Vincent. Sur le Net comme au micro de Couleur 3, ces deux nouvelles têtes révolutionnent l’humour romand. Portrait de deux potes insolents. »

Page générée en 673 ms.