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SÉRIE D'ÉTÉ: RETOUR SUR FAITS DIVERS 4/4 - GENÈVE, 1957
LE MEURTRE QUI RENDIT CÉLÈBRE JOSETTE BAUER
Dans la nuit du 8 au 9 novembre 1957, Léo Geisser, industriel genevois, est sauvagement assassiné à son domicile. Sa fille et son gendre seront arrêtés deux ans plus tard. Le procès du couple attire la presse du monde entier. Le début de la folle destinée criminelle de Josette Bauer.

Par Patrick Baumann - Mis en ligne le 16.08.2011

Dans la nuit du 8 au 9 novembre 1957, un crime sordide est perpétré dans le quartier des Délices, à Genève. Léo Geisser, petit industriel genevois, est retrouvé assassiné dans la villa atelier qu’il occupait, 47, rue de Lyon. Un meurtre sauvage: sept coups de couteau dans le dos et dans la poitrine, et une quantité de coups de matraque. «La malheureuse victime a été en quelque sorte vidée de son sang», écrit le journaliste de La Tribune de Genève de l’époque. Les enquêteurs privilégient d’abord la thèse de la vengeance d’un employé. Qui mène à une impasse. Il faudra près d’un an et demi pour dénouer le «crime des Délices». Les coupables, ce sont Richard et Josette Bauer, le gendre et la fille de Léo Geisser, qui habitent une villa cossue dans la banlieue genevoise. Le mari passe aux aveux. Le 2 avril 1959, le «couple diabolique», comme le surnomme déjà la presse, est arrêté. Josette n’avait pas hésité à promettre 150 000 francs pour l’arrestation du meurtrier de son père.

«BONNE FEMME À CHIGNON»

Richard Bauer avoue être l’instigateur du meurtre. Il innocente cette épouse de 25 ans dont il est fou amoureux. Se rétractant par la suite. Josette, elle, nie la complicité. Elle a d’ailleurs un alibi à toute épreuve: elle dansait cette nuit-là dans un cabaret genevois. Elle ne reconnaît qu’une culpabilité morale: n’avoir pas dénoncé son mari, prétextant qu’elle n’aurait jamais imaginé qu’il passe à l’acte. Pourtant, quand il lui avoue «je l’ai fait», le lendemain du meurtre, c’est elle qui brûle sa chemise tachée de sang! Et le manche de la matraque qui a servi à rouer de coups l’industriel correspond à la partie manquante du balai au manche scié retrouvé dans les placards des Bauer.

Josette est une jolie brune qui n’a pas été plus loin qu’un diplôme de dactylo, mais elle est intelligente et séductrice. Les hommes craquent. Même le journaliste de L’illustré tombera sous le charme, quand il écrira, en marge du procès: «On comprend à la voir quelles passions elle a pu déclencher. Jusqu’à la pâleur de son camée, qui ajoute à son charme fait de la douceur de la ligne de son cou, de la finesse du grain et surtout de ses yeux immenses débordant d’un désir de vivre.»

Devant les assises genevoises, où elle comparaît avec son mari en octobre 1961, elle est conspuée. «Sorcière», lui crie la Genève calviniste qui la considère comme l’incarnation du mal. Ce qui fera dire au reporter de Paris Match, amusé: «Elle, l’inspiratrice de tout, la diabolique? Une petite bonne femme à chignon, maigre, chlorotique, engoncée dans une robe noire qui paraissait trop large pour elle».

Sa vie est pourtant digne d’un roman de Fitzgerald.

Josette a 2 ans quand ses parents divorcent. Elle verra peu son père qui s’oppose à son mariage avec Richard Bauer, fils de famille aisée. Le couple met au monde une petite fille mais passe son temps à mener la grande vie, surtout après le décès du père de Richard. En quelques mois, ils claquent 20 millions en hôtels et voitures de luxe, virées à Monte-Carlo. Josette prend également quelques amants. Une photo d’époque la montre rayonnante lorsqu’elle gagne la coupe d’élégance automobile à Juan-les-Pins.

Tout a une fin, surtout les héritages. Quand la source se tarit, les Bauer n’imaginent pas pouvoir renoncer à cette vie de luxe. «Si mon père disparaissait...» aurait suggéré Josette. Son mari ira jusqu’à Marseille se procurer poignard et revolver d’alarme.

DIX-SEPT ANS DE CAVALE

Richard sera condamné le 13 octobre 1961 à quinze ans de réclusion. Josette à huit ans. En 1964, détenue modèle au pénitencier de Hindelbank, elle ne supporte pas qu’on lui refuse une liberté conditionnelle et s’évade, en pleine expo nationale, de l’hôpital où elle a réussi à se faire admettre. Elle en voudra toute sa vie à la justice suisse de ce refus. Suivent dix-sept ans de cavale. Son charme, ses aptitudes (elle parle espagnol, anglais et allemand) lui permettent de décrocher de petits boulots clandestins. La jeune femme se fait aussi refaire une partie du visage. Elle se lie avec un patron de la French Connection (célèbre filière de la drogue) qui lui procure une nouvelle identité en rachetant l’acte de naissance d’une jeune femme arriérée mentale: Paulette Fallai.

On la retrouve en 1965 monitrice d’équitation (sa nouvelle passion) à Constantine, en Algérie. Elle participe à des concours, se fait courtiser par les hommes du centre hippique de la bonne société algérienne. Sa trace se perd ensuite du côté de Paris. Jusqu’à ce 31 août 1967. Elle est arrêtée à Port Everglade, en Floride, à la descente d’un paquebot, en compagnie d’un petit malfrat lausannois, Willy Charles Lambert. On découvrira sur lui et dans leur cabine 18 kilos d’héroïne pure. Pour un montant de 6 millions de dollars. Du jamais vu aux Etats-Unis. Josette jure ses grands dieux qu’elle ne savait rien. Encore une fois son compagnon prend tout sur lui. La police songe à la relâcher quand on découvre que le passeport de Paulette Louise Fallai, dresseuse de chevaux, est un faux. Les policiers américains tombent des nues après avoir envoyé ses empreintes digitales à Paris. Paulette, c’est Josette Bauer, criminelle en cavale recherchée par Interpol! Elle dira un jour sur son passé de dealeuse: «A l’époque, la drogue n’était pas le fléau qu’elle est aujourd’hui. J’en avais une vision baudelairienne. Je croyais que c’était réservé aux hippies!»

COMME UN POLAR

Sa vie est un polar. Les aveux de Josette contribuent à faire tomber la French Connection. Elle en prendra pour sept ans au lieu des quarante prévus, avec la garantie de ne pas être extradée vers la Suisse. Dans son pénitencier de Miami, la Suissesse croisera Cassius Clay et Jimmy Hoffa, le syndicaliste gangster que Bob Kennedy fit tomber. Elle s’évadera encore une fois avant de purger une nouvelle peine dans un autre pénitencier. La Suisse obtient finalement son extradition en 1981. Josette Bauer retournera à Hindelbank pendant six mois avant d’être libérée conditionnellement. Elle rentre dans le rang, publie ses mémoires en 2001. Sans évoquer le crime des Délices. Qui aurait imaginé, en voyant cette petite rentière AVS promener son yorkshire au parc, derrière la gare Cornavin, qu’elle fut un jour l’ennemi public numéro un? Elle est morte à 68 ans d’un cancer, le 6 juillet 2004.



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Tags: retour, fait divers, histoire, Genève, 1957, Léo Geisser, père, Josette Bauer, fille Aller en haut de page Haut de page

 

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