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DRAME DU PETIT-LANCY
«MON FILS N’EST PAS UN ASSASSIN»
La semaine dernière, nous avons publié le témoignage de la victime. Aujourd’hui, Fernando*, père du tireur, accepte pour la première fois de raconter le parcours de son enfant, entre drogue, appels au secours et armes à feu.

Par Yan Pauchard - Mis en ligne le 04.09.2011

Quand à son retour de promenade, Fernando* a trouvé l’étui à pistolet de son fils posé sur le lit, il a immédiatement compris que quelque chose de grave s’était passé. Nous sommes le soir du dimanche 3 octobre 2010 au Petit-Lancy. «Sur le moment, j’ai pensé que Giovanni* s’était suicidé, confiet- il. Je suis descendu à la cave, j’ai ouvert le garage et fait un tour dans les environs.» Là, à une centaine de mètres de l’immeuble, dans la cour de l’école de la Caroline, un gendarme est en train d’enlever les bandes de sécurité. Ce dernier lui raconte que dans l’après-midi un homme a tiré sur des jeunes et que l’un d’eux, une fille de 15 ans, était dans un état critique. «Je lui ai dit qu’il s’agissait de mon fils. Le policier est devenu blême, a aussitôt pris son téléphone. Deux personnes sont arrivées. Elles se sont présentées comme inspecteurs et m’ont annoncé que Giovanni était dans leurs locaux...» A cet instant, le petit monde de Fernando s’est écroulé.

Depuis, malgré l’énorme tempête médiatique suscitée par ce qui est devenu «l’affaire Marina», du nom de la victime, Fernando a gardé le silence. Ce traiteur d’origine italienne a la retenue des gens modestes, la pudeur de ceux qui se sont faits tout seuls. Il ne fera pas attention aux habitants du quartier qui se sont mis depuis à chuchoter à son passage. Mais là, il a besoin de parler, non pas pour se mettre en avant, mais pour «dire la vérité».

«UN PROCÈS JUSTE»

Il a donné rendez-vous à l’appartement familial un après-midi où sa femme n’est pas là, elle qui ne cesse de pleurer depuis le drame. L’homme se montre d’entrée accueillant, offre du «café chaud», propose de prendre place dans la chambre que Giovanni occupait jusqu’à son arrestation, transformée depuis en salon. «Mon garçon a commis un acte grave, impardonnable, commence Fernando, qui ne veut en aucun cas donner l’impression de minimiser le geste de son fils aujourd’hui âgé de 30 ans: «Il devra payer pour ce qu’il a fait.»

«Mais le procès de mon fils doit être juste», plaide Fernando. Celui-ci ne peut accepter l’acte d’accusation, d’une noirceur accablante, qui évoque le «mépris le plus complet de la vie humaine» du prévenu, qui sera jugé en octobre pour tentative d’assassinat. «Un journal a même parlé du «monstre» de Lancy», s’attriste l’Italien. Mon fils n’est pas un assassin, il n’avait d’ailleurs pas de casier judiciaire. C’est une personne avec ses faiblesses, son histoire et qui a eu un raptus.» Un pétage de plombs qui clôt la lente descente aux enfers d’un jeune en rupture, broyé par la drogue, qui n’a jamais su trouver sa place dans la société.

 

«Quand j’ai demandé de l’aide pour lui, on m’a répondu qu’il était majeur»
Fernando*, père du tireur du Petit-Lancy qui a tenu à donner une photo de son fils petit

 

Fernando se souvient d’un garçon vif, toujours serviable, sportif, très peu bagarreur. Le début de sa dérive coïncidera avec le début de son apprentissage en mécanique. La faute à de mauvaises fréquentations, l’ado tombe dans l’héroïne. Il lâchera sa formation, s’enfoncera dans la drogue. «Mais après quelques années, il a voulu s’en sortir», assure son père. Giovanni réussit à décrocher, grâce à la méthadone. Son père lui trouve un emploi de livreur dans une société de production alimentaire et le convainc de prendre des cours du soir en gestion commerciale. L’horizon semble s’éclaircir. «J’étais alors très content. Il s’est trouvé un nouveau boulot dans une grande surface, s’est acheté une moto et a arrêté la méthadone.» L’Italien n’en demeure pas moins préoccupé. Giovanni vit replié sur lui-même, passe tous ses week-ends enfermé dans sa chambre rivé à l’écran de la télévision, jouant à des jeux vidéo violents. Fernando croit savoir que son fils a eu quelques copines. Des relations qui ne dureront pas.

Giovanni reste psychologiquement fragile. Une restructuration et un licenciement le font replonger. «Il n’a pas repris de drogue», certifie Fernando. Mais il commence à boire, beaucoup. Et se fait prescrire des médicaments, des antidépresseurs. «C’est finalement de la drogue sur ordonnance», soupire Fernando. Son fils va mal, il refuse de capituler. Il contacte le médecin de Giovanni, son psychologue, demande de l’aide, se renseigne sur les possibilités de faire hospitaliser Giovanni pour qu’il puisse se faire soigner. Il se retrouve face à un mur. «On m’a chaque fois répondu que je n’avais rien à dire, qu’il était majeur.» Son inquiétude monte d’un cran lorsque, quelques mois avant le drame, son fils achète un pistolet 9 mm pour s’adonner à sa passion du tir sportif: «En cachette, j’ai appelé la police. Je leur ai demandé, vu l’instabilité de Giovanni, s’il y avait moyen de lui retirer cette arme. Une nouvelle fois, on m’a répondu: «Il est majeur. Il fait ce qu’il veut.» Fernando se retrouve de nouveau seul. Comme s’il pressentait déjà le pire, il dira à son enfant: «J’espère que ce pistolet ne sera pas ton passeport pour Champ-Dollon...»

BIÈRES ET CACHETS

Ce dimanche 3 décembre 2010, Giovanni a éclusé des bières, avalé des cachets. Il veut oublier qu’il vient de perdre son emploi dans une société de sécurité après s’être endormi durant une nuit de garde. Giovanni rejoint un ami en bas de son immeuble et vont s’asseoir dans le parc voisin. Acte I: Giovanni veut faire connaissance avec un groupe de cinq adolescentes, se montre collant avec l’une d’entre elles, Marina. Il est soûl. Une dispute éclate. Les filles lui disent de «se casser». Lui attrape Marina par la gorge. Puis se calme et retourne s’asseoir avec son ami. Acte II: deux copains des filles arrivent. Ils abordent Giovanni, l’intimident, le menacent, lui piquent des cigarettes, le rudoient. Ils sont costauds. «L’humiliation a duré de longues minutes, raconte Fernando. Il n’aurait pas dû commettre son geste, si brutal, mauvais, mais acculé par ces jeunes, enfermé dans son énervement, sous l’effet de l’alcool et certainement des médicaments, il n’a plus su ce qu’il faisait.»

Ivre de rancœur, Giovanni remonte ainsi chez lui, prend son arme, la charge et redescend d’un pas ferme. A la vue du pistolet, les jeunes prennent la fuite. Il leur tire dans le dos. «Lors d’une visite en prison, mon fils m’a confié que le bruit du coup de feu l’a réveillé. Il a ensuite été vers Marina, l’a mise en position latérale de sécurité. C’est lui qui a appelé les secours au 117. Il a attendu les gendarmes, en pleurant. Est-ce que c’est l’attitude d’un assassin avec la rage de tuer? Je dirai plutôt que c’est celle d’un homme perdu qui s’est rendu compte de ce qu’il avait commis.»

Aujourd’hui, Fernando va régulièrement voir Giovanni à Champ-Dollon. «Il reste mon fils. Quoi qu’il ait fait, je dois continuer à lui dire le Bien.» L’homme attend avec sérénité le procès. Il fait confiance à la justice: «Mon garçon purgera la peine qu’il doit purger.» Il espère que la prison lui servira d’électrochoc et lui permettra de remettre sa vie sur de bons rails. Et surtout que son fils puisse, enfin, être soigné.

*Prénoms d’emprunt.

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Tags: Fait divers, drame, Petit-Lancy, Fernando Aller en haut de page Haut de page

 

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jpr, le 31.08.2011 à 18:20

Ce qui est arrivé est extrêmement grave pour cette jeune fille je lui souhaite tout le meilleur possible. Quant au jeune homme, je le plains et je plains surtout son père qui est d'une force epoustouflante. Un enfant fragile qui a cru aux copains qui n'en étaient pas, un père qui jusqu'au bout est un père au-delà des médisances.

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LA COUVERTURE DE «L’ILLUSTRÉ» 34 DU 24 AOÛT 2011 (en médaillon: la couverture de «L'illustré» 41 du 13 octobre 2010)

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