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ANALYSE
NATI: LES 4 RAISONS D’UN DÉSASTRE
Faute de remise en question, l’avenir de l’équipe suisse de football s’annonce mal. Autopsie d’un système voué à l’échec.

Par Christian Rappaz - Mis en ligne le 19.10.2011

1 Le manque d’ambition

Depuis sa défaite face au Pays de Galles, notre Nati n’appartient plus aux vingt meilleures équipes européennes. Recalée. Au même titre que Chypre, le Liechtenstein ou Andorre. Le retour sur terre est brutal, mais pas franchement étonnant. Des pontes de la fédération (ASF) au staff technique, en passant par les joueurs, le «club Suisse» n’a jamais démontré une réelle volonté de casser la baraque au cours de ces éliminatoires. Dernière démonstration, son non-match, pourtant capital, disputé le trouillomètre à zéro face aux modestes Gallois (défaite 2-0). Pas de rage de vaincre, pas d’envie de se sublimer, pas de révolte, pas même une larme après le verdict. Juste quelques regrets assortis d’excuses ordinaires: l’arbitre, le terrain, les blessés, la poisse et même une vengeance de l’UEFA à la suite de l’affaire du FC Sion. Et puis, en apothéose, cette double conclusion, assenée comme une fatalité: «On fait avec ce qu’on a, on est à notre juste place.»

Cette Suisse-là vaut bien une humiliation. D’autant que les grandes huiles de l’ASF ne s’en formalisent même pas. Pour elles, l’échec, aussi consternant soit-il, fait partie du sport. Point barre. Et tant pis pour notre réputation et les cinq millions qu’aurait rapportés la qualification. «Financièrement, on pourrait encore supporter une absence à la Coupe du monde 2014», lâchent-elles dans un élan qui en dit long sur leur vision de la compétition.

2 L’impuissance de Hitzfeld

Pendant vingt ans, Ottmar Hitzfeld a enchaîné les succès. Puis l’idylle s’est brisée. Net. Accueilli comme le sauveur après un Euro 2008 mortifiant, le successeur de Köbi Kuhn vole de déceptions en désillusions à la tête de la Nati. Pis, celui qu’on surnommait encore Gottmar (ndlr: Gott signifie Dieu en allemand) il y a peu, ne parvient pas à enrayer sa descente aux enfers. Sa recette mêlant Disziplin, rigueur défensive et engagement, maintes fois éprouvée à l’intérieur des frontières allemandes, ne fait pas recette avec l’équipe de Suisse. Et, à l’évidence, l’homme n’a pas de plan B. Après trois ans, son bilan est famélique: une qualification pour la Coupe du monde 2010 arrachée au forceps et une victoire, certes historique mais ô combien heureuse, contre l’Espagne en Afrique du Sud. Punkt Schluss! Le reste ne fut que cacophonie, errance et déboire. Tout se passe comme si le sexagénaire de Löchach était à court d’idées et de solutions. Il y a quelque chose de pathétique dans son impuissance. Incapable de la moindre riposte, incapable d’insuffler un esprit de révolte. Ceux qui étaient à Swansea il y a quinze jours disent que le capitaine a coulé avant ses matelots.

Lâché par ses cadors (Alex Frei, Grichting, Streller), Ottmar Hitzfeld a tout de même à son actif le mérite de faire confiance aux jeunes. Débordé, dépassé, démodé, il ne sait, hélas, pas trop comment utiliser ces gamins de 18 ans, et encore moins les enthousiasmer. Comme les leaders ne trouvent pas non plus leurs repères dans un système de jeu où la créativité et l’improvisation sont étouffées par la rigueur défensive, le collectif passe plus de temps à subir le jeu adverse qu’à le maîtriser. Un constat que l’ancien professeur de mathématiques réfute avec force en niant toute responsabilité dans l’échec. Sans doute parce que accepter de faire son autocritique reviendrait à avouer son impuissance.

3 La pleutrerie des dirigeants

On prend les mêmes et on recommence. Malgré la calamiteuse campagne qui vient de s’achever, les boss de l’ASF sont convaincus que Ottmar Hitzfeld et accessoirement Michel Pont mèneront la Nati au Brésil en 2014. Ils en sont même tellement convaincus qu’ils n’ont pas hésité à prolonger le contrat de l’Allemand de deux ans, cet hiver déjà, alors que la qualification pour l’Euro 2012 était fortement compromise. Pourquoi une telle précipitation alors que l’ancien coach du Bayern était lié à l’ASF jusqu’en juin 2012? On a d’abord soupçonné des pressions du Credit Suisse, sponsor principal de la fédération, dont Hitzfeld est l’un des ambassadeurs et qui participe au salaire annuel de ce dernier (1,3 million de francs). Suspicion catégoriquement démentie par Peter Gilliéron, président de la fédération, qui nie également avoir été mis sous pression par son coach. Celui-ci aurait brandi la menace d’une rupture de contrat immédiate au cas où l’ASF n’obtempérerait pas. Version que Peter Stadelmann, responsable des équipes nationales et président de la Swiss Football League (SFL), n’infirme pourtant pas. Le Saint-Gallois est visiblement mal à l’aise dans ce dossier. Il a soutenu la prolongation contre l’avis de son comité. Agacé, il finit toutefois par reconnaître que la Suisse aurait pu se retrouver sans entraîneur trois semaines avant le déplacement en Bulgarie. L’ASF a donc bel et bien cédé à la pression de son coach et de son entourage. Par peur du vide, mais plus encore parce que personne en haut lieu ne tient à associer son nom au limogeage d’un des entraîneurs les plus titrés du monde. Une fuite de responsabilité doublée d’un manque de courage que les deux présidents justifient par des arguments surréalistes. «Il ne faut pas toujours juger sur les résultats. C’est l’entraîneur et l’homme qui nous ont convaincus», dit Peter Gilliéron. «Il n’est écrit nulle part que la Suisse doit se qualifier pour toutes les compétitions majeures. En Afrique du Sud, il n’y avait ni la Russie ni la Turquie», enchaîne Peter Stadelmann. Mythique!

Avec un Euro à 24 équipes dans quatre ans en France, les deux hommes seront sans doute épargnés par ce problème. Les deux premiers de chaque groupe seront qualifiés d’office et les troisièmes disputeront les barrages. Il faudra presque faire exprès de rater le bon wagon…

4 Les médias complaisants

Bien qu’il fonctionne parfois comme consultant pour une chaîne allemande, Ottmar Hitzfeld n’apprécie guère les journalistes. Il l’a fait savoir dès son arrivée aux commandes, en imposant un régime de communication draconien. Hitzfeld s’exprime le plus souvent en conférence de presse. Il n’accorde des interviews particulières qu’au compte-gouttes. Et, lorsqu’il le fait, il impose les thèmes. Et encore, toutes les questions techniques ne sont pas bonnes à poser, notamment lorsqu’elles ont trait à ses choix et à ses responsabilités. Pour ce qui est des joueurs, la marge de manœuvre n’est pas plus large pendant les périodes de préparation. Les interviews particulières sont prohibées. Une fois par jour, trois joueurs «volontaires» sont à disposition des médias durant une trentaine de minutes. C’est tout. L’époque où les journalistes leur rendaient visite dans leur chambre ou partageaient un café avec eux au bar de l’hôtel est révolue.

Ce système n’est pas prescrit par hasard. Il rend les journalistes dépendants. En particulier ceux qui ont quotidiennement besoin d’information. Dès lors, la tentation de tomber dans une certaine complaisance susceptible de protéger les derniers «privilèges» qu’on leur accorde est forte. Certains n’y résistent pas. D’autant que les pressions sont nombreuses: sitôt la fin du match au Pays de Galles, Michel Pont, l’adjoint de Hitzfeld, a appelé, avec un culot et un aplomb qui en disent long sur le mélange des genres, les journalistes à la retenue. «On ne mérite pas d’être critiqués», a-t-il répété en substance au micro de la TSR. Et ça marche. On le constate au travers de commentaires indulgents ou abusivement dithyrambiques, mais plus encore au détour de notes souvent trop généreuses attribuées aux joueurs.

Après ses trois buts marqués contre la Bulgarie, Shaqiri a par exemple eu droit à un traitement quasi «messien» (de Messi). La déroute du Pays de Galles nous a rappelé que l’exploit du Bâlois avait été réalisé contre la très modeste Bulgarie, pas contre l’Allemagne ou le Brésil. Ce manque de mesure dans l’appréciation des performances ainsi que l’insuffisance d’esprit critique rendent in fine les médias complices du système et leur confèrent une part de responsabilité dans les échecs.

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Tags: Nati, Hitzfeld, foot, ASF, UEFA, FC Sion Aller en haut de page Haut de page

 

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Christian, le 20.10.2011 à 20:48

Comme je suis limité à 400 caractères, je vous invite à lire le contenu de ce lien qui à mon sens est d'avantage dans le vrai que la plupart des articles que vous aurez l'occasion de lire : http://www.jeuxvideo.com/forums/1-20-14768278-101-0-1-0-le-topic-des-suisses.htm#message_15786228

Christian, le 20.10.2011 à 20:46

Les médias devraient laisser le sujet du football à la presse spécialisée. Suite à la récente élimination de la Suisse, j'ai pu lire beaucoup d'articles et aucun ne semble avoir vraiment saisit la vraiment nature de cette élimination. La majorité ont mis la faute sur l'enthousiasme inexistant des joueurs, car Ottmar n'aurait pas réussi à le leur insufflé. (suite au prochain message)

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