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FOOT - XAMAX
PAOLO URFER: «J’AI PEUR POUR MA SÉCURITÉ»
Visé par des accusations de corruption, Paolo Urfer, l’ancien directeur sportif de Neuchâtel Xamax, sort du silence et dénonce des manœuvres frauduleuses. Brutalement licencié par Bulat Chagaev, impayé, il dit vivre un véritable cauchemar. Récit.

Par Christian Rappaz - Mis en ligne le 16.08.2011

Tout est parti d’un email que Paolo Urfer, l’ex-directeur sportif de Xamax, 36 ans, aurait envoyé à un agent de joueurs pour lui réclamer une commission sur le futur transfert d’un joueur au club. Un courriel daté du 18 juin 2010, brandi par le clan Chagaev, dont l’intéressé conteste formellement l’authenticité.

 

«La veille de mon licenciement, Chagaev voulait me nommer directeur général»
Paolo Urfer

 

«C’est un faux. Je peux le prouver par mon emploi du temps, par des témoins, mais plus encore par mon parcours professionnel. En dix ans, à Sion, à Neuchâtel, je n’ai jamais volé le moindre centime à mes employeurs, bien au contraire. Et puis, le joueur en question n’a jamais mis les pieds à Neuchâtel. Tout ça, c’est du flan, une manœuvre frauduleuse pour me nuire et éviter de payer mes indemnités de licenciement. Une basse attaque de trop à laquelle M. Chagaev aura à répondre devant les tribunaux», menace le Vaudois, également soupçonné par le Tchétchène et son clan d’avoir fourni au FC Sion des informations sur l’équipe neuchâteloise les jours précédant la finale de la Coupe entre les deux formations.

«LA PLAISANTERIE A ASSEZ DURÉ»

«C’est n’importe quoi. Ni moi, ni personne n’a fourni quoi que ce soit, ni participé à la moindre magouille à l’occasion de cette finale. Ces accusations relèvent de la science-fiction et, une fois encore, M. Chagaev accuse sans le moindre début de preuve. Il faudrait être fou pour faire ça. Après la saison de m… que nous venions de vivre, remporter la Coupe aurait été une magnifique revanche sur le sort pour tous et, pour moi, l’un des plus grands bonheurs de ma vie. J’ai vécu deux des six ans de vaches maigres à Xamax, autant d’années à nous battre pour chaque franc, chaque point pour tenir l’équipe en Super League. Et aujourd’hui, me voilà cloué au pilori comme le dernier des truands. Ça suffit! La plaisanterie a assez duré!» avertit Paolo Urfer.

«M. CHAGAEV HURLAIT COMME UN FOU»

De cette fameuse finale de Coupe, l’ex-directeur sportif dit garder un souvenir extrêmement traumatisant. «Tout s’est bien passé jusqu’au match. M. Chagaev nous a rejoints à l’hôtel, l’ambiance était très bonne. Il m’a personnellement remercié pour mon accueil et mon engagement et m’a informé de son intention de me nommer au poste de directeur général du club. «C’est Dieu qui nous a réunis! Je te refais un nouveau contrat avec un salaire de 800 000 francs par année», m’a-t-il dit, avant de demander au staff de disposer deux drapeaux tchétchènes parmi nos supporters pour la rencontre. Cette finale, je l’ai suivie dans une loge en sa compagnie et celle de M. Rudakov, le président. Le cauchemar de ma vie. Pas seulement parce que Xamax était mené 2-0 après six minutes, mais surtout par le comportement de M. Chagaev. Il a pété les plombs, hurlant que notre gardien avait vendu le match. Il m’a alors ordonné de descendre sur le terrain demander à Bernard Challandes de changer de portier. J’ai essayé de le raisonner. En vain. Je suis donc descendu et Bernard m’a logiquement éconduit. Je suis remonté à la loge. Chagaev était livide. Et là, il m’a dit: «Je te laisse dix minutes pour faire changer le gardien à Challandes, sinon je te vire!» Ce qu’il a fait le lendemain matin par une lettre d’une seule ligne: «Nous sommes contraints de vous licencier pour des raisons de restructuration», cite Urfer, avant de revenir sur la finale. «A la mitemps, je n’ai pas osé aller dans le vestiaire. J’ai croisé Andreï Rudakov qui en sortait. «Bulat a tout pété, a tout foutu en l’air», m’a-t-il glissé. Nous étions morts de trouille. Ce jour-là, j’ai vraiment eu peur pour mon intégrité physique», confie-t-il, en avouant craindre aujourd’hui encore pour sa sécurité. «J’ai demandé à mes proches de déménager. Je ne veux pas les mettre en danger ou les mêler à cette histoire de fous», précise Paolo Urfer, visiblement affecté. «J’ai défendu loyalement le club et M. Chagaev jusqu’à la dernière minute. Je ne comprends pas ce qui m’arrive», lâche-t-il, totalement déstabilisé.

 


«SYLVIO BERNASCONI A USÉ DE PRATIQUES ILLÉGALES»

Documents à l’appui, les nouveaux dirigeants neuchâtelois accusent l’ex-actionnaire majoritaire du club de gestion déloyale. Injoignable depuis le 12 mai, l’intéressé reste muré dans son silence.

Accusés depuis deux mois de corruption et de mauvaise gestion par Bulat Chagaev et son clan, les anciens dirigeants xamaxiens réclament légitimement des preuves et promettent à leurs successeurs les pires tourments judiciaires, les accusant notamment de diffamation, de calomnie et d’atteinte à leur dignité.

Mais ces contre-offensives juridiques demeurent apparemment toujours à l’état de menaces. Des menaces qui, paradoxalement, réjouissent Me François Canonica, conseil et défenseur des intérêts de l’homme d’affaires tchétchène. «Nous attendons avec beaucoup d’impatience, mais aussi beaucoup de sérénité, qu’ils ouvrent le dossier pénal. Cela permettra enfin de savoir qui dit la vérité dans cette affaire», ironise l’avocat genevois, qui avait défendu avec succès la cause des joueurs du Servette FC à la suite de la faillite du club dirigé par Marc Roger. François Canonica assure être parfaitement armé pour soutenir les accusations de son client. Il a notamment découvert une convention passée le 28 janvier dernier entre, d’une part, Sylvio Bernasconi, ancien propriétaire et président du club, et Claude Martignier, président de Bernasconi Entreprise Générale SA, et, d’autre part, Neuchâtel Xamax SA, représenté par Paolo Urfer, directeur sportif, et Michel Favre, vice-président du conseil d’administration. Cette convention règle les modalités d’achat et surtout de revente du joueur argentin Federico Almerares, acheté au FC Bâle pour la somme de 200 000 francs.

En préambule, il est précisé que le duo Bernasconi et Martignier engage à titre personnel les frais de transfert du joueur. A l’article 3, les parties reconnaissent que c’est bien Sylvio Bernasconi et Claude Martignier qui sont titulaires des droits de transfert, la somme de celui-ci leur restant exclusivement acquise sans que Neuchâtel Xamax SA ne puisse revendiquer une quelconque indemnité, et ce même si le contrat du joueur est résilié avant son terme. Enfin, au point 4, Sylvio Bernasconi et son associé fixent le montant du futur transfert d’Almerares (aujourd’hui en prêt au club argentin de Belgrano) à 2 millions d’euros minimum. Si, depuis la vente du club à Bulat Chagaev, tous les droits fédératifs des joueurs, y compris ceux d’Almerares, ont été cédés à Neuchâtel Xamax, cette convention est emblématique d’un système qui péjorait gravement les intérêts du club et de ses actionnaires, aux yeux de Me Canonica. «Si cette convention était soumise à un juge pénal, je ne doute pas un instant que ce dernier y verrait le sacrifice des intérêts de la SA, de ses créanciers et de ses actionnaires, au profit d’un petit groupe, estime l’avocat. Le club paie le salaire du joueur, le loge, lui fournit une voiture, le met en valeur sur le terrain et n’a que les yeux pour pleurer à son départ. Cette pratique est totalement illégale et a pour conséquence l’irrémédiable appauvrissement du club».

Le clan Chagaev traînera-t-il devant les tribunaux Sylvio Bernasconi et son associé en invoquant la gestion déloyale? Me Canonica répond par un no comment. Selon nos informations, 14 conventions de ce type étaient en vigueur avant l’arrivée de Bulat Chagaev. C. R.

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Tags: Foot, Neuchâtel, Xamax, Paolo Urfer, Bulat Chagaev, corruption, Sylvio Bernasconi, Claude Martignier, Bernasconi Entreprise Générale SA Aller en haut de page Haut de page

 

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Modérateur de L'illustré, le 17.08.2011 à 19:45

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