Recherchez
« Article précédent Article sports n°23/50 Article suivant »
FOOT SUISSE
GÉNÉRATION ESPOIR
Une équipe suisse est née, formée de garçons pétris de talent et de quatorze binationaux qui ont hissé nos couleurs au sommet du foot européen.

Par Christian Rappaz - Mis en ligne le 04.07.2011

Aarhus, dimanche matin, 1 heure. Les rougets rejoignent leur hôtel au pas de charge pour y passer ce qui reste de la dernière nuit de leur folle épopée danoise. Les visages sont fermés, la déception perceptible. Le temps de jeter leur sac dans leur chambre et de déposer la médaille d’argent que Michel Platini, président de l’UEFA, vient de leur passer autour du cou, Shaqiri et consorts sont déjà de retour au deuxième étage où Ueli Maurer et les grandes huiles de l’Association suisse de football les attendent pour partager le repas de clôture de cet Euro 2011. On devine une ambiance aussi glaciale que l’air de la mer du Nord. Erreur. Après quelques minutes d’un silence assourdissant, des rires et même une clameur parviennent jusqu’à la réception. Ovation pour des paroles réconfortantes sans doute, deux heures à peine après une finale pas franchement réussie. La faute à une performance en dessous des attentes et à une Rojita, il faut en convenir, supérieure dans tous les domaines. Le genre de domination qui a le mérite de tempérer les regrets. La dernière marche menant au Panthéon était tout simplement trop haute. Surpris par le coup de patte lointain du génial barcelonais Thiago Alcántara au moment même où un semblant d’espoir semblait renaître, le pauvre Yann Sommer, héroïque gardien des rêves helvétiques, en a fait l’amère expérience. Pas de quoi larmoyer cependant. Rome ne s’est pas faite en un jour. Et on se demande quelle nation aurait pu décrocher le Graal contre cette Espagnelà, qui a ajouté un troisième joyau à sa couronne sur six possibles. Rideau.

UNE PÉPINIÈRE DE TALENTS HISTORIQUE

Dans ce contexte, voir le verre à moitié vide au terme d’une pareille campagne serait une tragique erreur d’optique doublée d’une injure à la performance de haut vol qu’ont réalisée Pierluigi Tami et ses vaillants protégés au Danemark. Même sans la coupe, c’est au contraire les soutes chargées de promesses d’un avenir radieux que le charter de Swiss a rallié Zurich dimanche après-midi. Une hirondelle ne fait pas le printemps direz-vous. Vrai. Reste qu’additionné des champions du monde M17 de 2009, c’est désormais une belle nichée «d’oisillons» qui voltigent au-dessus des stades helvétiques. Petit à petit, l’oiseau rouge à croix blanche fait son nid. Patience, travail et longueur de temps finiront forcément par payer au plus haut niveau. D’autant que cette volée qui nous a fait rêver ces quinze derniers jours se trouve aux portes de l’élite. Une pépinière de talents et de fortes personnalités proches de la maturité comme le football suisse n’en a peut-être jamais connue au cours de son histoire avec, cerise sur le gâteau, l’assurance de voir ces cadors étrenner nos couleurs. Avec quatorze binationaux en son sein, la précision n’est pas anodine. Echaudée par les départs d’Oliver Neuville, Ivan Rakitic, Mladen Petric ou autre Zdravko Kuzmanovic, qui ont opté pour leur pays d’origine après avoir bénéficié d’une formation complète en Suisse, la fédération et Ottmar Hitzfeld ont cette fois «verrouillé les dossiers». Ils sont neuf à avoir déjà été appelés en sélection A par le coach allemand. Et le règlement est clair: quelques minutes de jeu suffisent à valider leur appartenance à la nation.

 

«Si le monde s’inspirait de notre équipe, il tournerait mieux»
Xavier Hochstrasser

 

Une opulence exceptionnelle, historique même. Un coup d’œil dans le rétroviseur l’atteste: deux tiers des champions d’Europe M17 2002, emmenés par Senderos, Barnetta et Ziegler, n’ont pas même atteint le niveau professionnel alors que Christian Schneuwly (YB) est le seul rescapé d’une ligne d’attaque qui a inscrit douze buts cette année-là. C’est dire le potentiel que représente la volée décomplexée et ambitieuse des Sommer, Shaqiri, Xhaka, Gavranovic, Emeghara, Hochstrasser, Ben Khalifa Mehmedi et leurs potes, neuf ans après l’avènement des Cabanas, Frei, Magnin et Grichting, demi-finalistes M21 en 2002. Le tout frais souvenir du match nul arraché aux Anglais par une Nati version jeune à Wembley (2-2) est le meilleur signe extérieur de cette incroyable richesse. La volonté d’intégration dont font preuve ces segundos qui affolent les recruteurs des plus grands clubs européens consolide cette machine de guerre en phase de finition. Un melting-pot à l’image de la Suisse, unanimement loué par tous. «Cette diversité culturelle fait notre force. Un tel éventail de qualités nous permet de trouver des solutions à chaque situation», se réjouit Pierluigi Tami. «Si le monde s’inspirait de notre équipe, il tournerait bien mieux», garantit pour sa part le Genevois Xavier Hochstrasser, dépité de devoir quitter «ce groupe d’enfer» pour raison d’âge après «une expérience de vie aussi enrichissante».

«UNE SÉLECTION, C’EST COMME UNE FAMILLE»

Une rupture que redoutent aussi Xherdan Shaqiri, venu du Kosovo à l’âge de 1 an, et Admir Mehmedi, arrivé à 2 ans de Macédoine. «Une sélection, c’est comme une famille. Des liens se tissent puis se raffermissent. Se séparer est un vrai déchirement», confient-ils en chœur, en se consolant à l’idée de savourer bientôt le bonheur et l’honneur de porter ce maillot qui leur est si cher chez les «grands», insistent-ils.

L’Espagne et les grands de ce monde sont avertis. L’heure de ces Suisses remontés comme leurs pendules va bientôt sonner…


PIERLUIGI TAMI DE L’OMBRE À LA LUMIÈRE

«J’ai très vite compris que les résultats étaient le fruit d’un travail collectif»

Sans avoir l’air d’y toucher, l’ex-dessinateur en chauffage tessinois a magistralement soufflé sur les braises d’un groupe qui ne demandait qu’à s’enflammer. Portrait de l’humble artificier en chef.

«Pierluigi qui?» Il y a encore quinze jours, la question revenait en boucle. Jusqu’à ce que sa formidable sélection dynamite la hiérarchie continentale, le patronyme du Tessinois, le seul de la glorieuse campagne danoise «oublié» de Wikipédia, ne résonnait qu’aux oreilles des initiés et des aficionados du football d’outre-Gothard. Normal. Vingt ans à crapahuter du côté de Lugano, Bellinzone, Chiasso et Locarno, ça compte… surtout au Tessin. Où l’on se souvient d’un joueur appliqué, volontaire, loyal, entièrement dévoué à la cause. La notoriété, la gloriole, très peu pour lui. Modeste de nature, ce parfait trilingue de 50 ans, dont le palmarès se limite à une victoire en Coupe de Suisse, n’a jamais cherché les honneurs. Juste à jouer et à faire son boulot au plus près de sa conscience. Une philosophie que ce gentleman-serviteur du ballon rond, qui se définit lui-même comme un honnête porteur d’eau, n’a jamais cessé de cultiver. «J’ai très vite compris que les résultats étaient le fruit d’un travail collectif, de la volonté de chacun de se rallier à un objectif commun.» Un message que le Latin au regard ténébreux martèle depuis qu’il a intégré le département technique de l’ASF, en 2003. Comme sélectionneur des M16 et des M18 dans la foulée. Footballeur par amour, entraîneur par passion, ce père tranquille de trois enfants (Mattia, 27 ans, Alessandro, 23 ans, et Nicole, 7 ans), est attaché à ses convictions comme le paysan à sa terre.

«LE TITRE OLYMPIQUE, L’EURO 2013, ON PEUT Y ARRIVER»

Instillée avec une assurance et une sérénité parfois désarmantes, sa vision du jeu basée sur l’engagement, la solidarité et le plaisir plutôt que sur de savants systèmes, a très vite séduit. Köbi Kuhn d’abord, qui lui confia le rôle d’observateur des futurs adversaires de la Nati. Mandat capital confirmé plus tard par Ottmar Hitzfeld. Grand architecte et dépositaire de la formation à la fédération, Hansruedi Hasler finit à son tour par craquer et lui confie le destin des M21, en 2009. Bonne pioche. Après vingt-quatre mois, Tami lui rend une copie surréaliste à ce niveau: cinq défaites en vingt et une rencontres avec, en prime, une qualification pour les JO de Londres, attendue depuis 83 ans, et une finale d’Euro, la première de l’histoire dans la catégorie. Des statistiques prodigieuses qui inciteraient certains, qui ont pavoisé pour bien moins que ça, à occuper la scène médiatique ou à revendiquer une promotion. Pas son genre. Alors, quand on lui demande si la succession de Hitzfeld l’intéresserait le jour où la question se posera, Pierluigi Tami sourit. «Un entraîneur se doit d’être ambitieux, de regarder toujours plus haut. Décrocher le titre olympique ou l’Euro 2013 par exemple. On peut y arriver. J’ai tellement eu de plaisir au cours de ces deux ans que je suis impatient de repartir en chasse», confie-t-il placidement, avant de rejoindre Ursula, sa femme, dans leur village de Minusio. Et si, en chemin, quelqu’un lui fait remarquer que la qualité et l’opulence de son contingent lui ont grandement facilité la tâche au Danemark, nul doute qu’il adhérera volontiers. Sans même préciser que ses pairs allemand, italien, français, portugais et anglais, absents du tournoi ou éliminés sans gloire, n’avaient, à l’évidence, rien à lui envier. Il est comme ça Pierluigi Tami. Humble, modeste, mais tellement efficace…

Réagissez à l'article


Votre pseudo
Texte
(Max 400 car.)
 
Votre email(Ne sera pas affiché sur le site.)
 
Filtre anti-spam : Recopiez le texte ci-dessus
 



Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace  


Tags: Foot, Suisse, M21, rougets, binationaux, Danemark, Aarhus, 2011 Aller en haut de page Haut de page

 

Réagissez à l'article

ThWhTcDdowdiBaHoH, le 04.08.2011 à 05:48

You've got it in one. Couldn't have put it btteer.

Réagissez »


A lire aussi

FOOTBALL

Le président normal

Le Servette Football Club est sauvé par un chef d’entreprise rigoureux venu du Québec et du hockey sur glace. Avec Hugh Quennec, le changement, c’est maintenant. »


ROGER FEDERER

Le baiser du vainqueur

Federer devait, la trentaine venue, profiter de la vie de famille. Sa victoire au tournoi de Madrid prouve qu’il n’a rien perdu de son talent. Peut-il revenir au sommet? »


ESPOIRS SPORTIFS

La nouvelle vague

Sous l’égide de l’Aide sportive suisse, public et médias ont élu espoirs romands de l’année les champions d’aviron Juliette Jeannet et Augustin Maillefer. Ils se racontent avec foi. »

Page générée en 670 ms.