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PHÉNOMÈNE FOOTBALLISTIQUE
XHERDAN SHAQIRI: CE PETIT EST UN GRAND
Pas encore 20 ans, pas même 1 m 70 mais un pied gauche et un plaisir de jouer qui affolent les défenses et les recruteurs. Xherdan Shaqiri, né au Kosovo, est la petite bombe du football suisse. Déjà indispensable pour battre le pays de Galles vendredi et le Monténégro mardi.

Par Laurent Favre - Mis en ligne le 04.10.2011

Il a frappé trois fois comme on frappe les trois coups au théâtre. En marquant tous les buts de la victoire suisse (3-1) sur la Bulgarie le 6 septembre dernier, Xherdan Shaqiri a annoncé de la plus tonitruante des façons son entrée sur la scène internationale. On le prenait pour un talent prometteur, on le savait sur les tabelles des grands clubs européens; il est en fait déjà le meilleur footballeur de Suisse. A pas encore 20 ans.

Depuis ce triple exploit, le jeune héros se fait très discret. La faute à pas de chance (il était suspendu la semaine dernière lors de l’exploit de Bâle à Manchester) mais aussi à son club, le FC Bâle, qui tient à préserver son joyau des risques d’une surexposition médiatique. «On a fait une conférence de presse pour tout le monde après la Bulgarie et basta», indique le chef de presse rhénan Josef Zindel qui, à Genève après le match contre Servette, tentait vainement de détourner l’attention. «Intéressez-vous donc plutôt à Fabian Frei!» Peine perdue. Fabian Frei est un très bon joueur mais Xherdan Shaqiri est un phénomène. D’ailleurs, le Bayern, Arsenal, Manchester, la Roma, Villareal, Dortmund ou Liverpool le réclament également.

L’entourage du prodige a fait une exception pour la Schweizer Illustrierte, qui a pu rencontrer Xherdan une semaine avant les deux matchs de l’équipe de Suisse contre le pays de Galles et le Monténégro, décisifs pour la qualification à l’Euro 2012. L’interview a eu lieu sur les installations du SV Augst (Bâle-Campagne), où Shaqiri, encore plus jeune et encore plus petit, joua de 8 à 11 ans. «C’est bon de revenir ici», lance-t-il en arrivant, toujours joyeux et naturel. Dans la buvette, sa photo et son maillot au mur témoignent que l’enfant prodige n’est pas un ingrat.

FUIR LA GUERRE AU KOSOVO

A l’époque, il habitait non loin du stade. Sa famille, ayant fui la guerre au Kosovo quelques mois après sa naissance, logeait dans une vieille ferme chauffée au bois. Les trois garçons dans une chambre, la fille dans celle des parents. Lorsque le père Isen, ouvrier sur les chantiers, se retrouva au chômage, la famille subsista avec l’argent des ménages de la mère, Fatmire, et les salaires d’apprentis des deux fils aînés, Ariant et Erdin.

A 12 ans, Xherdan Shaqiri signa au FC Bâle. Non sans réticence. «Je ne voulais pas quitter mes amis et j’avais peur de prendre le bus tout seul.» Son père l’accompagnera les premières semaines. Au FCB, le chef de la formation est alors Peter Knäbel, aujourd’hui directeur technique de l’ASF. Il se souvient d’un gosse qui «avait la technique et surtout le plaisir». Sa petite taille, en revanche, lui enlève du crédit. Il n’est pas pris en sport-études et n’est jamais sélectionné dans les équipes nationales de jeunes. «Le plus important, c’est qu’il est toujours resté naturel, souligne Peter Knäbel. Il n’a jamais eu de pensée négative. Il a continué d’y croire, de travailler et de s’amuser.» Yves Débonnaire, l’ancien prof qui aime autant les bons gamins que les bons footballeurs, lui donne sa chance avec les M17 le 4 mai 2008 à Antalya (Turquie) contre l’Espagne. Dès lors, sa progression sera ful gurante. Première apparition avec Bâle en juillet 2009. Premier but en novembre.

Xherdan, bon fils, ose alors pour la première et dernière fois s’opposer à son père: il interrompt son apprentissage de vendeur chez Globus pour passer pro. Premier titre, la Coupe de Suisse, en mai 2010. Il a 18 ans lorsque Ottmar Hitzfeld l’emmène à la Coupe du monde en Afrique du Sud. Il ne joue que quelques minutes du match décisif contre le Honduras, preuve que le sélectionneur croit déjà en sa capacité à faire basculer une rencontre.

TRÈS RAREMENT BLESSÉ

Depuis, il ne cesse de progresser et de démontrer que son mètre soixante-neuf n’est pas un handicap. «Il est très rarement blessé, note Peter Knäbel. Je me souviens que le physio disait toujours que sa musculature était d’une qualité exceptionnelle, très différente de celle de tous les autres joueurs qu’il massait.»

Sera-t-il aussi fort dans la tête? C’est là que se joue une carrière au plus haut niveau. Avant Shaqiri, d’autres grands espoirs du football suisse n’ont pas confirmé. A 20 ans, David Chiumiento hésitait entre la Nati et la Squadra azzurra. Un an après, il passait sans transition de la Juventus au Mans. Il joue aujourd’hui à Vancouver. Numéro 10 incisif, Fabrizio Zambrella était un cadre du grand Servette à 18 ans avant de se perdre en série B italienne. A 25 ans, il renaît petit à petit au FC Sion. Johan Vonlanthen, lui, est en pleine recherche mystique en Colombie alors qu’à 18 ans il marquait contre la France de Zidane et de Barthez et devenait le plus jeune buteur en phase finale de l’Euro.

 

«Sa taille était un frein, mais il n’a jamais douté ni perdu le sourire»
Peter Knäbel

 

«L’entourage de Xherdan est sain, souligne Peter Knäbel. Le FC Bâle est un club bien structuré qui sait gérer ce genre de situations et sa famille ne lui met pas trop la pression.» Comprenez: pour qu’il signe très vite un contrat de millionnaire à l’étranger. «A Augst, mon père venait me voir mais ne disait jamais rien, ou alors seulement à la maison. Il n’a jamais joué les entraîneurs, comme le font trop souvent les pères. Je ne le remercierai jamais assez pour cela.»

Il a quand même essayé en achetant un grand appartement pour toute la famille. L’un de ses frères est devenu son agent. En apparence, rien n’a changé. «Depuis que je suis connu, il y a beaucoup de «cousins» du Kosovo qui sont sortis de nulle part», s’étonne-t-il tout de même dans Le Temps. «C’est quelqu’un de très ouvert, mais il lui sera difficile de le rester, prévient Peter Knäbel. Pour vous dire la vérité, nous lui apprenons à dire non et il faudra que les médias l’acceptent. Le haut niveau, ce n’est pas être bon contre la Bulgarie. C’est être bon contre la Bulgarie, en Ligue des champions, puis au pays de Galles et encore contre le Monténégro. Et ainsi de suite…»

Collaboration: Ilona Scherer/ Schweizer Illustrierte



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Tags: Foot, football, Xherdan Shaqiri, FC Bâle, FCB, Peter Knäbel, Ottmar Hitzfeld, Nati Aller en haut de page Haut de page

 

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