A ceux qui avaient oublié que le monstre de Frankenstein est né à Genève il y a presque deux siècles, Coppet s’apprête à rafraîchir la mémoire. Du 26 août au 17 septembre prochains, l’horrible créature qui a déjà fait frémir des générations de spectateurs nerveux et impressionnables reprendra vie dans le parc du château de la cité lémanique. Cela dans un spectacle haut en couleur et en costume, mis en scène par Gérard Demierre, qui réunira plus d’une centaine de comédiens amateurs de la région.
Le superbe château de Coppet reste attaché à la mémoire de Mme de Staël qui y vécut, exilée par Napoléon, au tournant du XVIIIe et du XIXe siècle. Il y a trois ans, c’est à la vie mouvementée de cette femme de lettres que les habitants de la région ont consacré un grand spectacle historique. En remettant le couvert cette année et en s’attaquant à l’épopée fantastique de Frankenstein, ils ressuscitent un autre personnage mythique du coin. C’est en effet sur les bords du Léman, il y a deux siècles, que l’écrivain anglais Mary Shelley a donné le jour à cette créature devenue mythique.
En 1816, la jeune femme, alors âgée de 19 ans, séjourne à Cologny (GE) avec d’autres compatriotes, parmi lesquels l’écrivain Lord Byron. Par une nuit d’orage, le petit groupe se lance un défi: écrire une histoire de fantômes. Mary Shelley accouche du récit d’un savant établi à Genève, Victor Frankenstein, qui crée de toutes pièces une hideuse créature humaine, laquelle lui échappe et sème la mort, alors qu’elle ne cherche que l’amour des hommes et de son père…
PROCHE DU RÉCIT
Dès les années 30, Hollywood tirera de ce récit fantastique une série de films d’horreur que popularisera surtout l’acteur Boris Karloff. Mais à Coppet, c’est une version plus proche du récit de Mary Shelley qui sera mise en scène, dans une adaptation théâtrale de l’écrivain vaudois Eugène.
Restait à trouver le comédien amateur capable d’incarner la créature de Frankenstein – et ç’aura été l’une des plus grandes difficultés rencontrées par les artisans du spectacle.
«En dessous de 2 mètres, il n’était pas question d’engager qui que ce soit, dit Gérald Demierre. On s’est donc mis à prospecter dans les clubs de basket de la région. L’entraîneur et chroniqueur Jon Ferguson nous a dit: «Pas de problème! On vous trouve ça facilement.» Eh bien non! Les joueurs de plus de 40 ans qu’on a contactés étaient «tout cassés»! Impossible de leur faire tenir le rôle très physique du monstre. A la fin, il doit tenir pendant une heure dans l’eau!»
Finalement, c’est des hauts de Neuchâtel que le phénix a débarqué. Yvan Pélichet, 57 ans, éducateur au Locle, est une «baraque» qui mesure «2 mètres pile». Gérard Demierre l’a rencontré par hasard en préparant la mise en scène d’un opéra rock qui sera joué à la fin de cette année à Fribourg. Yvan Pélichet en est le compositeur. Quand Demierre l’a découvert, il lui a dit: «J’ai un rôle pour vous, la créature de Frankenstein! Vous êtes partant?» Yvan Pélichet n’a jamais fait de théâtre, il a donc hésité. Puis s’est lancé à l’eau.
Depuis, les répétitions ont commencé – et tout va bien. Le monstre de Frankenstein a un peu l’accent du Locle, mais comme il est aussi plein d’humour, il accepte sans rechigner les cours que lui donne Gérard Demierre pour corriger sa diction. «Gérard est en train de me désyllaber!» lance-t-il en attendant la prochaine occasion de l’étrangler…
Frankenstein, spectacle en plein air, joué en soirée dans le parc du château de Coppet. Tous les jeudis, vendredis et samedis soir du 26 août au 17 septembre 2011. www.frankenstein-coppet.ch