Freddie Mercury est mort à Londres le 24 novembre 1991 à l’âge de 45 ans, mais c’est à Montreux qu’il a passé les dernières années de sa vie. A Montreux et face au Léman que le créateur de Bohemian Rhapsody, We Will Rock You et tant d’autres tubes mythiques a trouvé la paix de l’âme et la force d’affronter la mort. «Ecoutez A Winter’s Tale, la chanson qu’il a composée sur le dernier album, Made in Heaven, pour comprendre la relation qui l’unissait à Montreux, raconte Peter Freestone au téléphone, qui fut son assistant personnel pendant dix ans. Ce paysage l’a apaisé, lui a permis d’accepter son destin. Il savait sa fin inéluctable, alors il s’est concentré sur sa musique. Montreux et paix sont deux mots liés.»
Un chant du cygne qui donne la chair de poule: «What an extraordinary place, am I dreaming? So quiet and peaceful, tranquil and blissful…» – «Quel endroit extraordinaire, suis-je en train de rêver? Si tranquille et paisible, calme et merveilleux. Vraiment quelle magnifique vue, les cygnes passent en flottant, quelque chose de magique dans l’air avec des rêves du monde dans la paume de ta main.»
Sa voix, toujours aussi puissante (quatre octaves, l’animal) et pourtant difficile d’imaginer que Mercury se mourait à ce moment-là du sida.
GÉNÉREUX
«Je me souviens très bien de ce mois de novembre 1991. Freddie portait des vêtements amples qui cachaient la maigreur de son corps. Il disait que c’était un cadeau de Dieu le fait de pouvoir chanter jusqu’à la fin. Il était très fatigué, alors parfois je l’accompagnais se reposer, et puis nous reprenions le chemin du studio. Il était serein, il parlait de Dieu. C’était dix jours avant sa mort.» C’est David Richards qui parle. L’ingénieur du son des mythiques Mountain Studios de Montreux (les plus grandes stars ont enregistré là-bas). Chez lui, à Attalens, les disques d’or avec Queen ornent les murs du salon.
Le patron du festival de jazz, Claude Nobs, se souvient, lui, d’un courage, d’une élégance «que Freddie a eus jusqu’à la fin». Même s’il n’a jamais révélé la nature de son mal. Le chanteur ne s’y résoudra qu’un jour avant sa mort, via un communiqué. Il sera une des premières pop-stars à mourir du sida. «Les trithérapies sont arrivées trop tard, soupire Claude. J’aimais beaucoup Freddie, c’était un être d’une générosité incroyable. Je lui avais prêté pendant quelques mois mon appartement à Territet, le temps qu’il aménage le sien au bord du lac. Il m’avait offert en retour deux précieux kimonos antiques en soie.»
«Je savais que ce groupe allait révolutionner le rock and roll»
Claude Nobs
Dès le premier instant où il a vu ce formidable showman qu’était Mercury sur scène, Nobs a su qu’une star était née. «C’était en 1975 aux USA. Quand j’ai vu Freddie dans ses tenues extravagantes, entendu sa voix, je me suis dit que ce groupe allait révolutionner le rock’n’roll! Queen n’a jamais été à l’affiche de mon festival, question d’agenda, mais Brian May et Roger Taylor (ndlr: guitariste et batteur) sont venus jouer.» Queen a découvert Montreux durant la Rose d’Or en 1978.
BOWIE-MERCURY
Autre anecdote: «J’étais en coulisses à l’un de leurs concerts, à Genève, poursuit Claude Nobs, lorsque deux gars de la sécurité m’ont jeté par-dessus la barrière dans le public. Je n’avais pas mon pass. Je suis rentré un peu triste à Montreux après avoir laissé un petit mot à Freddie. Deux heures plus tard, on a sonné à ma porte. Un coursier se tenait sur le seuil avec un pot de fleurs d’au moins 3 mètres! Et un mot signé de tout le groupe: «SORRY!» Mythique soirée aussi que ce repas avec David Bowie chez lui. Nobs incite les deux stars à chanter ensemble aux Mountain Studios. «C’est là qu’est né Under Pressure, un duo resté dans les annales.»
Aujourd’hui, Freddie est figé pour l’éternité dans le bronze d’une statue de 3 m 50, face au Léman. Les fans s’y pressent toujours en nombre, et d’ailleurs le concert One Night of Queen, programmé à l’auditorium Stravinski le 24 novembre, affiche complet.
Cette statue a un peu changé la vie de Norbert Muller, patron du Bazar Suisse. Un vrai baromètre de l’ardeur des fans que cet homme-là. «Une semaine après sa mort j’ai vu le fan-club anglais débarquer au magasin en quête de souvenirs, mais je n’avais rien à leur offrir!» En 1996, lors de l’érection de la statue, il persuade Jim Beach, le manager du groupe, de le laisser commercialiser des copies. Oui, à cette seule condition: elles ne pourront être vendues ailleurs qu’au magasin, jamais sur l’internet, et une partie des recettes iront à la fondation de Mercury contre le sida.
Une restriction qui entraîne parfois des scènes cocasses, comme ce motard autrichien qui a roulé toute la nuit pour repartir au petit matin avec sa statuette sur le porte-bagage. Norbert est aussi un des initiateurs du Memorial Day. Environ 400 fans font le déplacement chaque année en septembre, le jour de l’anniversaire du chanteur. Conférences, rencontres avec ceux qui ont côtoyé la star, pèlerinage sur les traces de Mercury à Montreux.
La Bavaria qui n’existe plus aujourd’hui. «Freddie adorait y manger des röstis», raconte Peter Freestone. «Il aimait beaucoup le saint-saphorin, renchérit David Richards, et passait sans problème de la table de Girardet à un petit bistrot derrière la gare où il mangeait le plat du jour.» Il appréciait Montreux parce qu’on lui fichait la paix. Le fait de marcher sur les quais sans être abordé restait pour lui un fait étrange mais agréable.»
«A la fin, il était serein, apaisé, il parlait de Dieu»
David Richards
Mais le calme tout helvétique de la ville n’empêchait pas d’y faire la fête. Notamment dans le petit chalet de Clarens, immortalisé sur la pochette du dernier album. «Freddie l’avait surnommé Duckingham House, à cause des statues de canards qui s’y trouvaient!» Sourire ému de David Richards. Au-delà de la starflamboyante et excentrique, il lui reste en mémoire l’humour et le rire d’un homme qu’il considérait comme un ami. Que penserait Freddie de toute cette agitation à l’occasion de cette commémoration? «Well, il serait juste ravi d’être encore sur le devant de la scène!»
Nos lecteurs fans de Freddie Mercury pourront télécharger gratuitement et en exclusivité pendant une semaine, sur le site de la saison culturelle de Montreux, la version classique du célèbre «Bohemian Rhapsody» interprétée par le baryton Nmon Ford, sous la houlette du chef d’orchestre John Axelrod, qui sort un album début 2012, intitulé «Classical Rock». www.lasaison.ch