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FRÉDÉRIC HAINARD
«JE DÉCIDE PARFOIS À LA HACHE!»
Sévèrement mis en cause dans plusieurs affaires, le conseiller d’Etat neuchâtelois répond pour la première fois. Généreux, hyperactif, présent sur le terrain jusqu’à l’exagération, il exclut de démissionner mais accepte de se remettre en question.

Par Marc David - Mis en ligne le 27.05.2010
Jovial, Frédéric Hainard (34 ans) nous accueille à bras ouverts dans sa villa des hauts de La Chaux-de-Fonds. La veille, il a fait tomber deux grands arbres dans son jardin et les a découpés avec deux copains. «Ah, ça m’a fait un bien fou! Depuis que l’affaire est sortie, c’est la première fois que j’ai pu penser à autre chose.» L’affaire Hainard fait grand bruit dans le canton de Neuchâtel. Une commission d’enquête parlementaire (CEP) a même été instituée pour tirer au clair une suite d’événements fâcheux. Chacun d’eux a pour acteur principal ce ministre de l’Economie atypique et amoureux du terrain, élu à une large majorité en 2009. Tout commence le 29 avril. Ce jour-là, le quotidien Le Matin entame une série d’articles décrivant le jeune libéral-radical comme un cowboy multipliant les inspections, jusqu’à terroriser ses subordonnés.

Affaire la plus aiguë: le conseiller aurait interpellé sans se présenter et en pleine ville de La Chaux-de-Fonds un artisan soupçonné de travail au noir. Il était accompagné d’une collaboratrice du Service de surveillance. Celle-ci crée un problème. Selon le journal, elle aurait été engagée grâce à des passe-droits, au nom de la vieille amitié qui la lie à l’homme politique. Autre point trouble: en 2009, l’élu aurait outrepassé sa fonction, se faisant passer pour le tuteur d’une dame âgée.

En outre, mis sous pression, certains collaborateurs vivraient «un enfer» dans leur service. Tyran? Ministre zélé? Gaffeur à répétition? Il se défend sans s’emporter, conscient de ses forces et faiblesses. Malgré le tas de rondins qui l’entoure, il n’est pas du genre à scier du bois…

On vous traite de shérif. Vous aimez les westerns?

(Il rit.) Non, j’aime la justice, mais pas les westerns. Je n’en ai pas un seul en DVD. En revanche, j’adore Clint Eastwood dans L’inspecteur Harry.

Dans quel état d’esprit êtes-vous?

J’ai hâte de pouvoir m’exprimer devant la commission. Elle dira probablement que je n’avais pas à aller interpeller dans la rue. Mais elle dira aussi que les allégations du Matin sont fausses.

Vos collaborateurs vivent-ils vraiment un enfer sous votre direction?

Je prends ce reproche comme une gifle. Quand j’ai quitté la police, où j’étais adjoint du chef de la sûreté, j’ai prévenu d’un petit apéritif: 330 personnes sur 360 ont débarqué chez moi… J’aime le contact avec la base. A l’Economie, je me suis rendu dans tous les services de mon département et j’ai rencontré les 450 employés personnellement.

Qui vit cet enfer, alors?

Si des gens vivent un enfer, c’est parce que j’exige plus d’efficacité des services que je dirige. Et que certains salariés ne sont pas habitués à cette pression. Mon réconfort, c’est la pétition que les collaborateurs du service de l’emploi, qui sont une centaine, ont envoyée. Une grande majorité me soutient.

Pourquoi avoir interpellé un homme en pleine rue?

C’était le 6 avril. Je conduisais la voiture. Reconnaissant cet homme, l’inspectrice à mes côtés me dit de stopper. Elle précise qu’elle lui a envoyé plusieurs convocations sans qu’il réponde. Je parque, tranquillement. Je connais la personne incriminée. Ce n’est pas un mauvais bougre, juste quelqu’un qui essaie de s’en sortir en travaillant au noir.

Lui avez-vous parlé?

Je m’en souviens mal, mais j’ai dû le faire. Je ne connaissais pas le dossier. L’homme s’est surtout expliqué avec l’inspectrice. Il a été très correct. Il a d’ailleurs déclaré que j’étais resté en retrait.

Referiez-vous pareil?

Non, je ne ferais plus rien. Mais je comprends ma collaboratrice. Surtout que je mets la pression. Je veux que mes employés fassent 30% de dossiers de plus, parce que nous avons augmenté le service de 30%.

Pourquoi avoir agi dans la rue?

C’est un détail dont je n’ai pas mesuré la dimension sensible.

Cette inspectrice a-t-elle disposé de passe-droits?

C’est une des questions que devra examiner la CEP. J’ai confiance: elle n’a pas bénéficié de passe-droits et la qualité de son travail prouve que c’est une très bonne recrue. Elle est efficace, elle parle quatre langues. C’est utile sur les chantiers ou dans le contrôle de la prostitution. De plus, cette inspectrice, sur ma demande, touche plus de 1000 francs par mois en moins.

Etes-vous fait pour ce poste?

J’en suis convaincu. Convaincu aussi qu’être jeune est capital, tant la fonction est exigeante.

On vous reproche de trop en faire…

Peut-être. J’ai par exemple 70 séances par semaine et je reçois 120 e-mails par jour. Pour rester à flux tendu, je réponds pendant qu’on me parle. Cela, je dois le corriger. Trouver une adéquation entre mon poste et mon caractère.

On dit que vous ne reconnaissez pas vos erreurs?

Je suis déçu de cette remarque, car c’est faux. Je ne perquisitionnerai plus. La prochaine fois, je prendrai un tiers. Mais il existait tant de dysfonctionnements dans ce service que c’était nécessaire.

Combien avez-vous fait de perquisitions et d’auditions?

Une seule perquisition et une demi-douzaine d’auditions. J’ai vu des choses terribles. La loi dit par exemple qu’on doit être à deux pour entendre quelqu’un. Ce n’était pas le cas et cette situation a été tolérée des années par mon prédécesseur.

L’UDC Perrin dit que vous agissez puis réfléchissez ensuite…

Je suis respectueux d’Yvan Perrin, mais ce n’est pas juste. Je réfléchis pendant. Je suis meilleur dans les situations d’urgence. Je ne prends pas mes décisions en fonction des réactions des autres. Je ne joue jamais aux échecs.

Allez-vous démissionner?

Il faudrait avoir commis une faute grave. Je n’en ai pas commis, même si j’ai pu me montrer maladroit. Dans tous les cas, je ne me dois qu’à mes électrices et électeurs et au peuple neuchâtelois. A la fin de la législature, ils jugeront de la méthode et des résultats. Si le compte est bon, je serai réélu; s’il est mauvais, je serai sanctionné. C’est ce qu’on appelle la démocratie. C’est un bien précieux qui se joue dans les urnes, pas dans les colonnes sensationnalistes d’un journal de boulevard.

Que vous dit la population?

Qu’ils m’ont élu parce que je suis ainsi!

Aimez-vous les conflits?

Je n’aime pas les conflits, mais j’aime être sous pression. J’aime les situations difficiles qui exigent de moi plus d’intelligence, plus de rapidité, plus de vista. Si je n’aimais pas les situations difficiles, je n’aurais jamais brigué un poste au Conseil d’Etat dans un canton en situation aussi délicate. Elu, je n’aurais pas voulu reprendre un département exclusivement administré par les camarades socialistes depuis trente ans.

Pas un shérif, alors?

Non, plutôt un ranger. Je n’hésite pas à mettre les pieds dans la m…




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Tags: interview, Frédéric Hainard, conseiller d'Etat neuchâtelois, La Chaux-de-Fonds, commission d’enquête parlementaire, CEP Aller en haut de page Haut de page

 

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