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PREMIER CD
FRÉDÉRIC RECROSIO SE MET (PRESQUE) À NU
Pour «L’illustré», l’humoriste valaisan a accepté de poser nu. Mais c’est lorsqu’il chante qu’il se dévoile le plus. Son premier album, accompagné d’un livre, sort cette semaine en… librairie.

Par Laurent Favre - Mis en ligne le 06.09.2011

PHOTOS PIERRE-EMMANUEL RASTOIN ASSISTANTE PHOTOGRAPHE CHLOÉ JACQUET MAQUILLAGE JEFF GAUDIN

TEXTE LAURENT FAVRE COORDINATION CHRISTIAN RAPPAZ

 

C’était bien parti… Il avait accepté de poser nu pour L’illustré, la séance avec le photographe parisien Pierre-Emmanuel Rastoin avait tenu ses promesses et – fait rare dans la profession – nous avions déjà le titre: Frédéric Recrosio se met à nu. Et puis, comme dans Qui veut gagner des millions?, c’est le coup de fil à un ami qui a tout flanqué par terre. «Celui qui mettra Fred à nu n’est pas encore né», nous dit-on. Bon…

QUI EST-IL VRAIMENT?

Qui est vraiment Frédéric Recrosio? Un humoriste romand? Il sort cette semaine un album de chansons «drôles mais pas que». Il y en a treize (superstition ou étoiles valaisannes?), dont quelques-unes vraiment bonnes. Toutes ont été écrites par lui et composées en duo avec le pianiste Alain Roche. S’il se décrit dans l’une d’elles comme «un Bénabar qu’aurait mal taillé son crayon», il démontre un vrai talent pour raconter la vie avec légèreté et mélancolie. Puisque les gens n’achètent plus de disques, il a mis son CD dans… un livre, On bouge encore, édité par Pierre-Marcel Favre. L’objet, patchwork de considérations futiles ou profondes, recueille les textes de l’album, des explications plus ou moins convaincantes et des photos personnelles. Le tout est vendu 35 francs en librairie et non chez le disquaire. Qu’il fasse un carton ou un bide, il est fier de cette expérience «complètement dingue», entre «l’effroi absolu de ne pas réussir» et «le plaisir de me voir m’améliorer». Il l’a voulu «le plus beau possible, advienne que pourra».

 

«Si tu trouves ton identité artistique, tu deviens forcément unique»
Frédéric Recrosio

 

Qui est Recrosio? Un chanteur, alors? Il entamera le 20 octobre au Locle une tournée de 18 dates en Suisse romande. Pourtant, la première chanson s’intitule J’suis pas chanteur, sorte de manifeste anti-Balavoine où sa voix surprend d’emblée, entre Bruel et Stromae. Pas chanteur, juste lui qui chante, parce que la chanson permet une autre écriture que le sketch. «On peut explorer une humeur dans une chanson, aller plus au fond des choses. Dans l’humour, il faut du rythme, balancer un gag à intervalles réguliers.» Pas chanteur, mais il se souvient encore de cette émotion ressentie «à 8 ans, seul dans la cuisine, alors que Pierre Perret chantait à la radio».

DANS LA TÊTE DES GENS

Autre choc, récemment, quand il s’est entendu une fois au supermarché. Gaffe aux ascenseurs, La Première vient de le sélectionner dans sa playlist. «Si, tout d’un coup, ça part, se met-il à rêver, ce doit être génial de rester dans la tête des gens avec un refrain.» Chanter vient donc de loin. «A 20 ans, le truc le plus à ma portée, c’était de monter sur scène et de faire marrer les gens. J’étais bavard, il suffisait d’oser.» Mais déjà dans son premier spectacle, il y avait une partie chantée qui le laissait trempé d’angoisse. «Dans l’humour, tu peux toujours te rattraper. La chanson, c’est zéro triche.» Il y a tout de même un point commun. «Le plus dur à trouver, c’est ton identité artistique. Et, là, j’ai l’impression de continuer à faire du Recrosio.»

Qui est vraiment Frédéric Recrosio? Un comique lancé sur la voie du succès après deux spectacles remarqués à Paris? Il bifurque pourtant vers la chanson au plus mauvais moment. Stratèges et amis l’ont traité de «fou», lui conseillant «d’enfoncer le clou» avec un troisième spectacle comique. «Quand on m’a dit ça, c’était réglé. Moi, je ne veux pas taper sur des clous, je veux faire ce que j’ai envie, m’exprimer. Bill Cosby a dit: «La recette du succès, je ne la connais pas; celle de l’échec, en revanche, consiste à faire ce que l’on attend de vous.»

Alors il s’est lancé, armé d’une grosse capacité de travail. «Je sais que je ne suis pas une feignasse. J’ai bossé dix heures par jour pendant des mois.

C’est assez violent, mais je ne suis pas un génie. Et, quand j’ai des doutes, je sais écouter ceux qui ont des certitudes.»

Mine de rien, le chauve marrant qui fait rire avec ses histoires de plumard se transforme en un showman complet. Un entertainer à l’américaine, qui chante, écrit et joue même dans un thriller horloger à épisodes réalisé par Elena Hazanov (Complications, programmé pour septembre 2012 sur la TSR). Un artiste exigeant, qui refuse la facilité et évite les pièges du vedettariat. «Au début, tu parles de ton travail dans la presse. Tout va bien. Ensuite, tu passes chez Taddeï: ça va toujours, tu essaies de dire un truc intelligent. Après, tu fais Ruquier ou Cauet; les questions sont en fait des vannes auxquelles il faut répondre par une vanne. Et à la fin tu te retrouves invité comme people, à vendre ton personnage en permanence.» Lorsqu’il s’est vu dans un jeu entouré d’autres comiques devenus dramatiques à force de vouloir faire rire, il a décidé de ne plus jouer le jeu. Bien sûr, il vient de poser nu. Mais c’était un moindre mal. «Les médias te réclament toujours ce que tu ne leur offres pas. La maison, la copine, la maman. Autant poser nu, à condition d’éviter le premier degré ou l’album Pirelli. Là, on s’est amusé, il y a eu une mise en scène.»

UN VRAI ROMANTIQUE

Recrosio le mec immature qui rit de ses névroses serait en fait un artiste en total contrôle, un homme qui fait ce qu’il a vraiment envie, quitte à se mettre en danger. Un romantique, au sens du XIXe siècle, c’est-à-dire autant intéressé par l’exaltation que par la dépression qui s’ensuit. «Il arrive un truc quand tu te moques de ton propre désarroi, constate-t-il. Byron a dit: «Le souvenir du bonheur n’est déjà plus du bonheur; le souvenir du malheur est du malheur encore.» Amateur de citations, on lui en retourne une signée Robert Mitchum: «Ce ne sont pas vos qualités qui font de vous une star, mais vos défauts.» Est-il nu dans L’illustré par narcissisme et manque de confiance en soi? Il écoute… «Il y a des artistes qui confondent amour et succès. C’est effarant parce que ça sous-entend que rien n’est jamais acquis. Moi, je pense que tu as un cercle de sept ou huit personnes qui te sont attachées pour la vie. Ado, j’avais envie d’être Tintin, un type bien, sans défaut. A 25 ans, je me suis dit que je n’étais ni meilleur ni pire que les autres.» Qui est vraiment Frédéric Recrosio? Un mec qui mûrit.

On bouge encore, livre-CD de Frédéric Recrosio, Ed. Favre: 35 fr. En concert en Suisse romande à partir du 20 octobre. www.recrosio.ch

Davantage de photos dans la version papier de «L'illustré», actuellement en kiosque.



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Tags: Frédéric Recrosio, shooting, exclusif, «L’illustré», premier album, CD, livre Aller en haut de page Haut de page

 

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