LA SUISSE DE 2050 EN 11 CHIFFRES
FUTUROLOGIE Tentons d’imaginer, de manière plus ou moins étayée selon les thèmes, à quoi ressemblera la Suisse au milieu de ce siècle, c’est-à-dire dans 38 ans.

Par Philippe Clot - Mis en ligne le 31.07.2012

10 000

ARMÉE

La raréfaction des ressources naturelles a instauré une guerre économique globale sauvage et permanente entre les nations pour s’arracher les dernières miettes que recèle encore une planète surexploitée de l’Arctique à l’Antarctique. En contrepartie, le monde s’est résolu en ce milieu de XXIe siècle à tourner définitivement le dos aux conflits armés de grande ampleur. Dans ce contexte, la Suisse a choisit l’option d’une armée 100% professionnelle de 10 000 soldats.

 

50%

CLIMAT

Quel climat régnera dans notre pays en 2050? Tout dépendra des mesures prises à l’échelle mondiale. Si rien n’est fait, les climatologues estiment que la température moyenne à la surface de la Terre aura subi une augmentation se situant entre 1,4 et 3 degrés par rapport à aujourd’hui. Autant dire que les Alpes seront hérissées de canons à neige en hiver et qu’en été, la lavande, les cyprès et d’autres plantes méditerranéennes commenceront à coloniser le Plateau. Quant à la flore traditionnelle des Alpes, ce joyau sera en passe de disparaître. Reste que la Suisse, malgré l’inertie des autres nations, aura sans doute été chevaleresque en suivant les recommandations de l’Institut Paul Scherrer de 2007. Grâce à un ensemble de mesures réduisant de 50% ses émissions de gaz carbonique, l’Helvétie aura mérité le Nobel de la paix climatique.

 

341

COMMUNES

Politique fiction: après des débuts chaotiques, le principe de fusion communale est devenu un sport national. En 2050, on ne compte plus que 341 communes, alors qu’elles étaient encore 2485 en 2012.

350 000

MOBILITÉ

Le nombre de véhicules à moteur en 2050 se situera aux alentours de 350 000, alors qu’on dénombrait 5,5 millions d’immatriculations en 2012. Un réseau de transports publics hyperdense et géré par des superordinateurs assure en effet 97% des besoins en transport. Le baril de pétrole, fluctuant aux alentours de 1700 dollars, ainsi que l’épuisement total des réserves de lithium et des autres minerais nécessaires à la fabrication de batteries électriques ont signé la disparition programmée des véhicules privés.

 

3

CANTONS

Politique fiction (bis): Vaud et Genève ont fusionné en un seul canton en 2044. C’est l’exemple de Neuchâtel, Jura et Fribourg, qui ont uni leur destin cinq ans auparavant, qui a convaincu les deux grands rivaux lémaniques de s’associer et de devenir ainsi le canton le plus peuplé de Suisse, juste devant Zurich. Le Valais est le seul canton romand à se satisfaire de ses frontières historiques. Il n’y a donc plus que 3 cantons romands. Pas question en revanche pour les cantons alémaniques et le Tessin de remettre en question leur identité.

 

97 millions

POPULATION

Dans leurs scénarios d’évolution de la population suisse, les experts de la Confédération s’accordent une marge d’erreur confortable. Si confortable qu’à moins d’une apocalypse ou, au contraire, d’une invasion étrangère massive, ils ne risquent pas de s’être trompés. En effet, leur prévision «haute» suggère que la Suisse comptera 9,7 millions d’âmes en 2050, soit presque 2 millions d’habitants de plus qu’aujourd’hui. Le scénario «bas» ramène en revanche la population à 6,5 petits millions, soit près de 1,5 million de moins de bipèdes qu’actuellement. Pourquoi un tel écart démographique? Parce que «l’incertitude majeure réside dans le nombre d’enfants qui viendront au monde et de celui des personnes qui atteindront un grand âge», lit-on dans le document officiel «Les scénarios de l’évolution de la population de la Suisse, 2005-2050». Comme quoi les experts de la Confédération n’ont aucun scrupule d’être payés pour écrire des lapalissades que même M. de la Palisse n’aurait pas osé commettre.

 

25%

GÉOGRAPHIE

Les climatologues du début du siècle avaient raison: les glaciers suisses ne conservent plus que 25% de leur surface. Les plus petits ont complètement disparu.

 

15 000

AGRICULTURE

On comptait encore 65 000 exploitations agricoles en Suisse en 2012, dont 5600 bios. Si la tendance à la concentration se poursuit, elles ne seront plus que 15 000 en 2050. Et ces 15 000 dernières familles paysannes sont probablement toutes passées à l’agriculture biologique, nouvelle législation «verte» oblige. Quant à la moyenne d’hectares par exploitation, elle est forcément passée de 18 à 80. Parallèlement à cette concentration agricole et face à une insécurité alimentaire rampante, des centaines de milliers de propriétaires de jardin se sont mis à la culture potagère.

 

33%

SENIORS

En 2050, 33% des résidents auront plus de 65 ans, alors que ces seniors ne représentaient encore que 17% de la population en 2012. Heureusement, nos dirigeants ont fixé depuis 2040 l’âge de la retraite à 70 ans… Plus exactement à 69 ans pour les hommes et à 71 ans pour les femmes, car le principe d’égalité des sexes étant désormais un dogme, il fallait adapter l’âge de la retraite au pro rata de l’espérance de vie respective de chacun des deux sexes…

 

10%

ÉLECTRICITÉ

Le solaire photovoltaïque qui recouvre en 2050 la plupart des toitures et les 1200 grandes éoliennes qui ont colonisé tous les paysages assurent 10% de la production d’électricité nationale. La géothermie commence à épauler ces nouvelles énergies renouvelables. L’hydraulique assure 90%. Le nucléaire est mort. Heureusement que l’efficience énergétique et une nouvelle mentalité collective tournée vers la sobriété (favorisée, il est vrai, par un prix exorbitant du kWh…) ont fait plonger la consommation d’électricité de 40% par rapport à 2012, ce qui permet de s’en sortir sans coupures de courant.

 

2000

ÉNERGIE

Soyons idéalistes, très idéalistes: la fameuse société à 2000 watts sera devenue une réalité helvétique en 2050. Ou plutôt redevenue, puisqu’en 1960, un citoyen helvétique ne représentait en moyenne déjà qu’une consommation continue d’énergie de 2000 watts. Mais en 2012, cette consommation, qui est en fait l’addition de toutes les consommations énergétiques directes (chauffage, transports, éclairage, cuisson, industrie, etc.) et indirectes (énergie grise) se monte à 6500 watts par individu. Pour retrouver cette sobriété sans perte de confort, la solution était au fond très simple: il fallait faire chuter la consommation nationale d’énergies fossiles (le pétrole et ses dérivés) de… 800%! Et pour cela, il fallait principalement assainir tout le parc immobilier du pays et proposer des solutions de transport de personnes et de marchandises rationnelles. Bon, d’accord.