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MYSTÈRE
VAUDOISE DISPARUE EN COLOMBIE
Ses derniers e-mails échangés avec la Suisse datent de début novembre 2009. Depuis, plus aucune nouvelle de Gabrielle Addor, une Lausannoise de 50 ans qui avait créé une fondation dans le nord de la Colombie. Ses proches se désespèrent.

Par Muriel Jarp - Mis en ligne le 07.06.2011

TEXTE MURIEL JARP

MYSTÈRE

Ses derniers e-mails échangés avec la Suisse datent de début novembre 2009. Depuis, plus aucune nouvelle de Gabrielle Addor, une Lausannoise de 50 ans, qui avait créé une fondation dans le nord de la Colombie. Ses proches se désespèrent.

Gabrielle Addor avait décidé de «changer de vie». Un changement que ses amies et son père ne se sont jamais expliqué. «Elle avait tout. Un super boulot dans une grande banque, un très bon salaire, un joli appartement», raconte Brigitte, une amie d’enfance. Et pourtant, en 2008, Gabrielle plaque tout. A 50 ans, cette Lausannoise choisit de partir en Colombie avec une connaissance pour créer une fondation afin d’aider les enfants défavorisés. Que s’est-il passé? Depuis deux ans, son père et ses amis désespèrent: plus aucune trace de Gabrielle.

«Elle m’avait dit en avoir marre de sa vie plan-plan lausannoise, du travail au bureau», raconte une ancienne collègue. A cette époque, Gabrielle commence à s’intéresser à la spiritualité, effectue quelques stages de yoga. C’est là qu’elle rencontre une femme belge, kinésithérapeute. Rapidement, elles décident de partir pour monter leur propre entreprise. C’est ainsi qu’en septembre 2008 elles atterrissent à Palomino, au nord de Santa Marta, région proche de la frontière vénézuélienne. Une zone pourtant décrite comme «peu sûre» par les expatriés du nord de la Colombie. Les proches de Gabrielle sont déstabilisés: elle n’a aucune attache avec ce pays et ne parle même pas espagnol.

Très vite, c’est en effet la désillusion pour Gabrielle. Elle confie à ses amis que tout tourne à la galère. Après l’achat d’un terrain, elle jongle entre escroqueries et complications. «Elle avait retiré son deuxième pilier, engagé toutes ses économies», explique une autre amie, Manuela, à qui Gabrielle avait confié la gestion de ses affaires administratives en Suisse. Un an plus tard, dépitée, exténuée, Gabrielle rentre se ressourcer auprès des siens. Elle passe un mois à Lausanne. «C’était en septembre 2009, se souvient Brigitte. Elle était amaigrie, un peu déprimée. Mais elle avait pris la décision de fermer cette parenthèse colombienne. Elle devait juste y retourner pour vendre le terrain et récupérer une partie de ses sous.»

RETOUR EN ENFER

La Suissesse y retourne début octobre, promettant de régler au plus vite ses affaires colombiennes. Elle laisse d’ailleurs plusieurs valises chez son père, qui habite la région lausannoise, en prévision de son retour définitif en Suisse. Elle semble avoir peur de ce dernier aller-retour, parle d’un «enfer». Ses amies lui font promettre de donner des nouvelles tous les trois jours, sans quoi elles alerteront les autorités. «L’arrivée n’a pas été facile, écrit Gabrielle. J’espère que le terrain va se vendre vite, après je rentrerai. Je ne resterai pas dans ce pays, trop de mauvais souvenirs.» Pendant un mois, elle échange des courriers et téléphone, raconte son quotidien, de petites anecdotes. Puis plus rien. Le téléphone sonne dans le vide. Les mails restent sans réponse. Sur ses comptes bancaires, plus de mouvement. Son associée ne s’inquiète pas immédiatement. «Elle avait pris un petit sac et était partie en bus à la ville de Santa Marta. Mais le lendemain j’ai commencé à me poser des questions.»

Ses amis ici tentent d’organiser des recherches grâce à des connaissances expatriées en Colombie. Son père signale la disparition à la police de Lausanne. «Une enquête a été menée par les autorités locales», explique Jean-Christophe Sauterel, porteparole de la police vaudoise. Des perquisitions ont été effectuées dans la maison. Aucune preuve d’homicide ou d’accident n’a pu être établie. Aucune demande de rançon n’a été formulée. Pour les autorités, l’enquête est au point mort. «Tout est ouvert: homicide, enlèvement, suicide, accident. Mais aussi disparition volontaire, ce qui est un droit.» Gabrielle Addor reste mentionnée comme personne disparue dans le fichier Interpol.

Son père, aujourd’hui âgé de 98 ans, préfère ne pas trop en parler. «Que voulez-vous que je dise? Depuis deux ans, je n’ai plus aucune nouvelle de Gaby. Et comment voulez-vous que j’aille là-bas à mon âge?» Ses amies ont passé en revue tous les scénarios. Impossible de comprendre cette disparition. FARC? Paramilitaires? La région est tristement célèbre pour ses enlèvements. En 2009, une Bâloise vivant dans la même zone s’était fait kidnapper, avant d’être libérée par la police. «Je n’y crois pas, explique un Suisse, qui vit à Santa Marta depuis plus de vingt ans. L’acte aurait été revendiqué.» Lui qui connaît bien la région se souvient aussi qu’un Belge avait mystérieusement disparu un an auparavant, exactement dans le même village qu’habitait Gabrielle. «On n’a jamais su ce qui lui était arrivé. Vraisemblablement, il aurait eu des problèmes avec son terrain, la personne qui le lui avait vendu n’en était pas propriétaire.» «On ne peut rien exclure, déplorent ses proches en Suisse. Peut-être un enlèvement d’une autre forme? Gabrielle était une très belle femme, très coquette, elle s’était même fait faire des injections de Botox.» Se serait-elle donné la mort? «Elle n’était pas dans ce genre de pensées, veut croire Alexandre, qui la connaît depuis vingt-cinq ans. Elle ne voulait pas retourner à une vie de bureau, ça oui. Mais elle était déterminée à se retrouver une voie. Et on aurait retrouvé un corps, des indices. Une femme européenne, blonde, ne passe pas inaperçue.»

Dans cette région de jungle, dans le nord de la Colombie, les éléments sont plus que maigres. Les gens ne parlent pas volontiers. «Je n’ai rien à vous dire. Laissez-moi! Et de toute façon, à Palomino, personne ne vous parlera», répond une expatriée. Un hôtelier d’une petite ville voisine se souvient juste que Gabrielle avait réservé une chambre le soir de la disparition. «Mais elle n’est jamais venue.» Aucun élément auquel se raccrocher, c’est le plus dur pour ceux qui l’aiment. «Oui, souffle Manuela. On était comme deux sœurs. Si Gabrielle avait un souci, elle m’appelait au milieu de la nuit. Elle savait qu’elle pouvait compter sur nous, y compris pour des questions financières. Même si elle avait voulu tout recommencer, se fabriquer une nouvelle identité, elle n’aurait pas disparu ainsi. Il lui suffisait de me dire: «Laisse-moi tranquille.» Elle n’aurait jamais laissé ses amies, son père, dans cette situation désespérante.»

«Elle n’aurait jamais laissé ses amies, son père, dans cette situation désespérante»

Manuela, sa meilleure amie



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Tags: Gabrielle Addor, disparition, Colombie Aller en haut de page Haut de page

 

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