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VIOLENCE
GENÈVE: L’AGRESSION QUI CRÉE LA POLÉMIQUE
Sauvagement attaqué par une bande, Daniel G. a miraculeusement échappé à la mort en plein centre-ville. «L’illustré» a rencontré cet Américain de 20 ans lors de sa déposition, au lendemain des événements qui ont poussé les Nations Unies à publier une directive enjoignant aux membres de son personnel de ne plus sortir seuls la nuit à Genève. Récit d’un cauchemar.

Par Patrick Baumann - Mis en ligne le 21.08.2011

Nous l’avons rencontré au poste de police des Pâquis, le 17 juillet dernier. C’est son histoire qui a provoqué la publication d’une mise en garde très alarmante de l’ONU à ses employés, révélée par Le Matin Dimanche, stipulant que «personne ne doit en aucun cas sortir seul le soir à Genève».

Nous suivions alors une jeune inspectrice de la police scientifique en plein travail. Daniel G., 19 ans, visage tuméfié et visiblement encore «sonné», tentait de reconnaître le visage de ses agresseurs dans un classeur de fiches anthropométriques. Un jeune homme fin et élancé, à la voix douce mais tremblante, qui racontait avec émotion l’agression sauvage dont il avait été victime quelques heures plus tôt.

 

«Je ne voulais pas mourir. Je voulais fêter mes 20 ans»
Daniel G.

 

Il rentrait à pied chez lui à 4 heures du matin, après une soirée avec des amis, quand il a été tabassé violemment par une douzaine d’individus en face du Mandarin Oriental, un palace au bord du Rhône. Bilan: deux fractures lombaires, des hématomes sur le ventre, un poignet fracturé, une arcade sourcilière en miettes. La vie, ce jeune homme la doit à sa rage, cet instinct de survie qui fait soulever des montagnes. Ses agresseurs ont tenté de le jeter dans le fleuve, mais Daniel s’est agrippé. «Je savais que j’allais mourir si je tombais dans le Rhône en pleine nuit!»

VIOLENCE GRATUITE

L’étudiant fait visiblement de gros efforts pour nous parler. Les souvenirs sont encore traumatisants. A son côté, Roxane M., de la brigade scientifique, concentrée et méthodique, prélève sa salive à l’aide d’un coton-tige. «Votre ADN ne sera pas gardé dans le fichier central, l’informe-t-elle, il sera détruit, mais nous avons besoin de le connaître pour distinguer celui de vos assaillants.» Au pied de la chaise, elle photographie les mocassins que Daniel portait ce soir-là. Ses agresseurs ont tenté de les arracher. C’est le seul élément tangible sur lequel la policière peut espérer prélever des empreintes digitales. «Ma mère a lavé tous mes vêtements, se désole le jeune homme, je ne savais pas qu’il aurait mieux valu les garder en l’état pour relever des traces.» Il soulève son pull pour laisser la jeune femme photographier son torse où les hématomes sont visibles. «J’ai vécu un cauchemar, je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie. Quand je suis rentré chez moi, je me suis mis à pleurer!» Daniel ne comprend pas: pourquoi un tel acharnement, une telle violence gratuite? «Ils ne m’ont pas pris mon portefeuille ni mon iPod. J’ai failli mourir pour un simple accès de haine!»

 

«Fils de pute américain, on va te faire le peau», ont-ils crié

 

Ce jeune Américain a quitté New York il y a neuf ans pour vivre à Genève avec sa mère et son beau-père, tous deux fonctionnaires internationaux. Il a passé son bac à l’école internationale et étudie actuellement la gestion à Edimbourg. Il venait tout juste de rentrer d’un séjour à Rome où son beau-père travaille pour la FAO (Food and Agriculture Organization). «Nous avions passé la soirée dans une boîte, le Petit Palace. Au petit matin, je raccompagnais un ami. J’ai fait quelques pas au niveau de l’hôtel Mandarin. En face, il y a des arbres et il fait beaucoup plus sombre, je n’ai pas vu qu’il y avait une bande. Un type m’a demandé de quelle nationalité j’étais. Je n’ai jamais eu honte d’être Américain, je n’allais pas me défiler. Il est devenu très vite agressif et insultant: «Fils de pute américain, on va te faire la peau!» a-t-il crié. Tout à coup, j’ai été entouré d’une dizaine de personnes d’origine maghrébine. J’ai voulu partir, mais un coup dans le dos m’a mis à genoux. Celui qui m’avait insulté m’a écrasé le visage sur le béton avec son soulier, j’ai reçu des coups, notamment avec un bâton télescopique.» Daniel G. perd connaissance. Il se réveillera les jambes en l’air, ses agresseurs tentant de le soulever pour le mettre à l’eau.

«J’ai eu une trouille terrible. J’enseigne la natation, mais avec mes douleurs dans le dos je n’avais aucune chance de m’en sortir. J’ai tenté le tout pour le tout, accroché le cou d’un des types. Je voulais l’entraîner avec moi. Ses copains m’ont donné des coups de pied au poignet pour me faire lâcher, mais j’ai tenu bon. Quand ils ont essayé de m’enlever mes souliers, j’ai senti une rage grandir en moi. Je ne voulais pas mourir, je voulais fêter mes 20 ans quatre jours plus tard.»

RÉÉDUCATION

Daniel réussit à leur échapper. C’est un sportif confirmé, il joue dans l’équipe de foot américain, deuxième au championnat suisse. Le voilà qui court tant bien que mal en direction du parc Saint-Jean. «Un de mes amis que j’avais accompagnés était encore présent et négociait un taxi. J’ai appelé au secours. Courageux, le chauffeur a foncé dans ma direction et m’a embarqué. Trois des voyous ont essayé de nous tracer. On a filé directement à l’hôpital. Ce sont les médecins qui ont averti la police.»

Un peu tard, malheureusement, pour qu’elle puisse appréhender ses agresseurs. Qui courent toujours.

Daniel, lui, a fêté ses 20 ans le 21 juillet chez lui, en piteux état, mais entouré d’amis. Il a passé son été à Toulouse, chez un oncle médecin qui a entrepris sa rééducation. Il va prochainement encadrer un camp de jeunes avant de retourner sur les bancs de l’université: «Physiquement, je vais mieux, mais, psychologiquement, je mettrai du temps à effacer ce cauchemar, commente-il aujourd’hui. Même si je ne vais pas devenir raciste pour autant, j’ai beaucoup d’amis maghrébins et il y a des salauds partout!»

Parfois, il se dit que New York est finalement moins dangereux que Genève. Avant de changer d’avis. «Là-bas, avec le nombre d’armes en circulation, cela finit toujours par un drame.»



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Tags: Genève, Daniel G., américain, diplomate, agression, Nations unies, police genevoise, Pâquis, pont de l'île Aller en haut de page Haut de page

 

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