Avril. Tout juste libérée du gel, l’eau des ruisseaux et des rivières coule entre les mousses et les rochers dans un gargouillis cristallin. Les grands pins brillent de leurs bourgeons tout neufs et les noisetiers répandent leur pollen à chaque rafale de vent. Après six longs mois de silence glacé, des centaines de courlis et de grues cendrées annoncent par leurs cris le retour du printemps dans la taïga finlandaise.
A l’abri d’une minuscule cabane, dissimulée dans un bouquet d’aulnes et de bouleaux, le photographe Stefano Unterthiner est à l’affût. Dans cette région du centre-est de la Finlande, zone frontière avec la Russie et que les indigènes nomme le Kainuu, il guette le réveil des ours qui vivent là-bas plus nombreux que les humains (seulement 3,5 au km2). Pays de tourbières et de forêts (qui couvrent 80% du territoire), cette région de la province d’Oulu renvoie, par sa beauté particulièrement sauvage, aux premiers matins du monde.
Le 28 avril, le photographe note dans son journal: «Journée grise et terne. Le peu de lumière est encore réduite par la brume. Ma seule satisfaction est d’observer les grands corbeaux, mais leurs croassements tristes commencent à m’énerver. Je me résigne à passer une autre nuit sans rien photographier quand soudain, à une dizaine de mètres de ma cabane, un gros ours noir marche vers moi à travers les jeunes pins…»
PARMI LES MEILLEURS PHOTOGRAPHES ANIMALIERS
Depuis, l’Italien Stefano Unterthiner a passé plus de 80 nuits à observer l’ours brun (Ursus arctos) du printemps jusqu’à l’automne, de son réveil au mois d’avril jusqu’à la nouvelle période d’hibernation vers la fin d’octobre. Né à Aoste en 1970, le photographe a commencé sa carrière par des études de zoologie couronnées par un doctorat. Après ses images de chamois et de bouquetins réalisées dans les Alpes, il devient professionnel il y a dix ans et figure aujourd’hui parmi les meilleurs photographes animaliers, par la précision mais aussi la poésie que dégagent ses images. Absolument magnifique, son livre, Le notti dell’orso (128 pages, 78 photographies, Ed. Ylaios), raconte et illustre ses saisons passées dans la taïga.
8 mai, 16 h 45. «Je ne m’attendais pas à rencontrer un ours si tôt dans l’après-midi. Encore moins une mère et sestrois oursons. Bouche grande ouverte, ils se lèvent sur leurs pattes arrière, grognent, jappent, se bousculent. Tellement pris par leur querelle, ils ne remarquent pas que leur mère a quitté la tourbière…»
Un mois plus tard, quand la saison des amours bat son plein. 7 juin, 00 h 30: «Ma petite cabane n’est guère confortable. Juste assez de place pour se retourner et une planche en guise de lit. Mais pourquoi penser à dormir quand la lumière, à cette saison, me permet de prendre des photos toute la nuit? Deux ours approchent à travers un champ de myrtilliers. Pour rester éveillé, c’est plus efficace que n’importe quelle tasse de café! Le mâle sent que la femelle ne possède plus d’oursons et qu’elle est donc réceptive. Il renifle sa bosse puis se dresse pour la monter. L’accouplement se déroule à moins de 10 mètres de mon point d’observation.»
20 septembre, 20 h 50: «Troisième soirée sans ours. Peut-être devrais-je me résigner à mettre fin à mes nuits de veille. Soudain, quelques buissons commencent à trembler. C’est une belle femelle. Derrière suivent un premier ourson, un deuxième et un troisième. La végétation bouge de nouveau et un quatrième apparaît! Je me dis que je n’ai jamais vu une photographie d’ourse européenne avec quatre rejetons…»
Les images de Stefano Unterthiner sont comme ses rencontres, aussi rares qu’exceptionnelles.
Pour en savoir plus, commander son livre ou des tirages: www.stefanounterthiner.com