D’Estavannens à Lessoc, une promenade facile à travers les pâturages de l’INTYAMON. Au milieu de cette vallée du Gruyère historique: arrêt prolongé à Grandvillard pour l’art et l’architecture.
Par
Jean-Blaise Besençon - Mis en ligne le 07.07.2010
NOTRE GUIDE
Patrice Borcard, 45 ans, historien, ancien
rédacteur en chef de La Gruyère, est né à Grandvillard comme bon nombre
de ses ancêtres depuis le XVIIIe siècle. Féru de son coin de pays, il
lui a consacré plusieurs livres et en raconte les anecdotes et les
vérités scientifiques avec une passion érudite.
1 ESTAVANNENS PAYSAGE DE POYAS
En ayant laissé la voiture tout en bas, le long de la route principale qui conduit à Château- d’OEx (gare ou arrêt de bus Estavannens), comptez une petite demi-heure pour atteindre le haut du village proprement dit. On traverse la Sarine et on grimpe dans l’Intyamon en perdant à chaque pas tous les bruits d’en bas. Ce sera la partie la plus pentue de la balade. On souffle en prenant le temps d’admirer sur les portes de granges quelques-unes des plus anciennes poyas. La petite chapelle du Dah vaut le détour, pour le point de vue hors du temps jusqu’à Gruyères – on croit distinguer au loin une petite troupe de chevaliers – et des arbres exceptionnels: deux hêtres enlacés jusqu’au ciel et un gigantesque noyer. A travers la forêt, on glisse en pente douce jusqu’à Grandvillard.
2 GRANDVILLARD L’ARBRE EN FAÇADE
Pour des générations de
miliciens, Grandvillard fut, et il est toujours, un important camp
militaire, l’un de ces centres névralgiques de la défense aérienne.
Depuis l’invention des simulateurs de tirs, le village a retrouvé une
quiétude qui renvoie au XVIIe siècle, une sorte d’âge d’or de
l’Intyamon qui voit naître et s’enrichir les premiers barons du
fromage. Tandis que la guerre de Trente Ans (1618-1948) ravage
l’Europe, le Gruyère s’exporte par quintaux pour nourrir les troupes.
En deux ans, il double de prix. En 1662, les marchands de Grandvillard,
de Botterens et de Bulle en vendent près de 20 000 pièces au marché de
Lyon.
Aujourd’hui, dans le village, une dizaine de maisons datées de
1620 à 1670 rappellent, par la richesse de leur architecture et de
leurs décorations, ces temps où le malheur des autres faisaient la
fortune des gens d’ici.Le parcours balisé d’une maison à l’autre
s’enrichit cette année d’une exposition d’oeuvres d’art accrochées aux
façades des fermes. Une commande du choeur mixte de Grandvillard
(moyenne d’âge 35 ans!) à vingt artistes du pays sur le thème de
l’arbre pour fêter ainsi (un requiem a aussi été commandé à André
Ducret) son 150e anniversaire.
Après le tour de ce très beau village
qui recèle quelques fins plaisirs gourmands (Gruyère d’exception,
fromage de chèvre, boulangerie), la balade se poursuit jusqu’à Lessoc à
travers des pâturages en pente douce.
3 LESSOC LA SARINE ET SON LAC
Village
épargné par les incendies – contrairement à Albeuve et Neirivue, en
face – Lessoc conserve plusieurs bâtiments construits durant ces XVIIe
et XVIIIe siècles d’abondance. Au centre, la célèbre fontaine, avec son
toit en forme de dôme, offerte par Louis Zurich en 1809, un enfant du
pays ayant fait fortune à Lyon dans le commerce du fromage. Avant de
regagner les arrêts de bus, ne pas manquer les deux superbes ponts (en
bois et en pierre) qui enjambent la Sarine.
ACCÈS
La vallée de l'Intyamon prend
son nom à une dizaine de kilomètres de la sortie d’autoroute de Bulle.
Suivre Gruyères puis la route qui conduit à Château-d’Œx. On peut
laisser la voiture à l’arrêt Estavannens des transports publics (train
et bus).
http://horaire.cff.ch et www.tpf.ch
DURÉE
30 MINUTES depuis l’arrêt de bus pour rejoindre le haut du village d’Estavannens
1 HEURE de la chapelle du Dah jusqu’à Grandvillard.
90 MINUTES jusqu’à la gare de Lessoc.
30 MINUTES supplémentaires en faisant la boucle par les vieux ponts.
Possibilité d’écourter la promenade en rejoignant les transports publics à Grandvillard.
À ESTAVANENS
Restaurantauberge des Montagnards, route de la Poya 23. Cuisine gastronomique. Tél. 026 921 19 19. Fermé lundi et mardi.
À GRANDVILLARD
Ne pas manquer la boulangerie, la laiterie et la fromagerie de chèvre. Plusieurs établissements publics avec terrasse.
À LESSOC
Coup
de coeur pour l’Auberge de la Couronne, construite en 1860. Des truites
du vivier, des côtes d’agneau au serpolet, des terrines du patron. Prix
doux. Tél. 026 928 23 98.
Fermé mardi et mercredi.