«Meet the magic», c’est le thème de Gymnaestrada 2011, un des plus grands événements de gymnastique du monde, qui réunit à Lausanne 20 000 gymnastes venus des cinq continents. Une sorte de Fête fédérale de gym mais ouverte à la mappemonde, une manifestation de l’envergure des Jeux olympiques mais sans médailles ni compétition. L’aggressivité remplacée par l’esprit bon enfant, populaire et partageur. Aucun sportif n’est enfermé dans un village, tous sont logés au cœur de la ville, dans les écoles, au contact de la population. Tout le monde peut participer à Gymnaestrada pour peu qu’il pratique la gym en société, club ou association. Certes, cette année, la force du franc a dissuadé quelque 3000 personnes de venir, mais d’autres ont réussi, parfois à force de sacrifice, à s’offrir le déplacement. Et quelle joie que ces sourires d’enfants noirs sud-africains découvrant le lac Léman! Grâce à leur fédération, c’était la première et peut-être la dernière fois qu’ils montaient dans un grand avion pour atterrir au cœur de l’Europe.
Evidemment, tous les sportifs n’étaient pas au même niveau. Rien de comparable entre la délégation chinoise qui compte d’anciennes gymnastes de l’équipe nationale et le groupe de danse des vieilles dames slovaques, dont l’aînée affiche 75 printemps. Elle est pourtant là, cette magie de Gymnaestrada. Dans ce mélange bigarré que les Lausannois découvrent au fil des jours.
Grimper, dimanche, avec des milliers de gymnastes du Palais de Beaulieu vers le stade de la Pontaise, lieu de la cérémonie d’ouverture, donnait aux escaliers un côté tour de Babel sympathique. L’arabe se mélangeait au danois, le russe au portugais, et les Anglais n’étaient pas en reste, chantant sous le regard des Hollandais, ravis. Une cérémonie digne des plus grands événements sportifs. Même la Patrouille suisse est venue démontrer qu’on peut être un acrobate du manche à balai en alignant les figures dans le ciel.
Rien que l’entrée de la délégation suisse (3500 personnes), la plus importante, a pris près de quinze minutes au moins. Preuve de l’engouement de notre pays pour cette discipline. L’Allemagne suivait, avec 1900 sportifs, puis la Finlande et ses 1000 participants. Alors n’hésitez plus à sortir de chez vous. Allez voir leurs performances. Goûtez à leurs fêtes nationales aux quatres coins de la ville et, surtout, laissezvous prendre à leur ferveur. La magie, c’est contagieux!
Collaboration Marc David
Gymnaestrada, du 10 au 16 juillet. http://www.wg-2011.com
GYMNAESTRADA EN CHIFFRES
Il n’y a pas que les performances gymniques qui donnent le vertige. Les chiffres sont aussi éloquents: 1re édition dans une région francophone. 2 villages dédiés aux animations (Bellerive et Malley). 3e édition en Suisse (Bâle en 1969, Zurich en 1982). 4 sites principaux (Beaulieu, Bellerive, Malley et Pontaise). 7 jours de manifestation. 16 surfaces de productions gymniques. 30 ans de moyenne d’âge. 55 nations. 70 écoles réquisitionnées dans 5 communes. 600 heures de spectacle. 1800 productions. 2000 tonnes de matériel d’infrastructure (90 camions). 4000 volontaires qui œuvrent chaque jour. 16 500 gymnastes logés dans les écoles. 20 000 participants, dont 80% de femmes. 46 700 places assises. 125 000 petits-déjeuners servis dans les écoles. 200 000 repas sur une semaine. Budget: environ 23 millions de francs.
LES ÉQUIPES PAR PAYS, RÉPARTIES DANS LES COLLÈGES
LA CHINE
À ÉCUBLENS
89 gymnastes de 15 à 25 ans
Au collège du Pontet, l’Empire du Milieu est représenté par une majorité de filles, ce qui explique le nombre de trousses de maquillage dans la classe. Elles se maquillent d’ailleurs avec la même discipline que pour l’entraînement. Certaines sont de véritables athlètes, qui ont fait partie de l’équipe nationale de gymnastique. Beaucoup se sont entraînées jusqu’à douze heures par semaine depuis quatre ans pour préparer cet événement. P. Ba.
L’AUSTRALIE
À LUTRY
110 gymnastes de 4 à 77 ans
Rebecca vient de Tasmanie. Elle a 11 ans et elle a déniché son pays sur la carte géographique accrochée dans la classe du collège du Grand-Pont où elle dort avec ses copines. Après vingt-deux heures de voyage, elles avaient à peine posé leurs valises qu’elles se baignaient déjà dans le Léman. Depuis, elles y retournent sans cesse. «Quel choc de voir toute cette eau, ce vert, ces montagnes, s’extasie Petrina, la cheffe. Lors du trajet depuis Zurich, nous n’avons pas arrêté de pousser des oh! et des ah!» M. D.
LE BRÉSIL
À VEVEY
684 gymnastes de 8 à 60 ans
Il y a des robes et des machines à coudre plein la salle de classe du collège de la Veveyse. «Nous préparons nos costumes pour la soirée nationale brésilienne», s’exclame Socorro, gaie et enthousiaste, qui quitte son ouvrage et esquisse quelques pas de samba avec ses amies, toutes habitantes de la région du Natal, au nord du pays. La gymnastique, c’est aussi une vibrante histoire de rythme et de spectacle. M. D.
L’AFRIQUE DU SUD
AU MONT-SURLAUSANNE
522 gymnastes de 7 à 75 ans
Dans la classe du collège du Mottier, les gymnastes sudafricains des ethnies setswana et venda répètent des danses traditionnelles. Caren, la coach, explique qu’il a fallu ménager les croyances tribales, les dieux de certains interdisant par exemple de dormir en dessous d’une autre tribu. Dans la cour du collège, les gymnastes blancs et noirs font la colonne droite ensemble. Belle image de réconciliation. P. Ba.
LA SLOVAQUIE
À CHAVANNESPRÈS-RENENS
179 gymnastes de 10 à 75 ans
Logés au collège de la Plaine, les Slovaques sont émerveillés par la qualité des infrastructures scolaires mises à disposition. Jana, jeune gymnaste de Holíc, dit apprécier la vue sur les Alpes et la gentillesse des Suisses. Les jeunes répètent avec des gymnastes beaucoup plus âgées. «Parfois, il y a des frottements. Les femmes d’un certain âge sont encore imprégnées par le système communiste!» P. Ba.
LE HONDURAS
À PRILLY
62 gymnastes de 4 à 67 ans
Les costumes de la joyeuse délégation hondurienne explosent de couleurs vives sur le sage linoléum du collège du Grand-Pré. Leur production se joue sur l’air de la chanson Sopa de caracol (soupe d’escargot), célèbre dans toute l’Amérique latine. Les tenues vont avec: jaunes, rouges, avec une coquille d’escargot sur la tête. «Nous venons tous de Tegucigalpa, la capitale. Ici, on adore», dit José, leur chef. M. D.
LA RUSSIE
CHAVANNESPRÈS-RENENS
69 gymnastes de 16 à 60 ans
Cela avait mal commencé. Arrivés à 17 heures, samedi, au collège de la Plaine, après avoir quitté Moscou à 5 heures du matin, les Russes se sont un peu énervés au vu du nombre de classes mises à leur disposition, jugé trop bas. La bonne humeur est revenue après la douche. «On a adoré vos Alpes vues du car», disent ces jeunes gymnastes. Certains ont appris un peu de français. «On espère que les Romands nous comprendront!» P. Ba.
LA GRÈCE
À BUSSIGNY
344 gymnastes de 9 à 53 ans
A voir sauter ces jeunes gymnastes grecques, on comprend pourquoi leur coach leur rappelle souvent que le mot gymnastique vient du grec gymnos. Malgré la fatigue du voyage, elles sautent comme des cabris dans les classes du collège de Dallaz. «Quand un Grec rencontre un autre Grec, ils dansent le sirtaki», rigole Daphni la Crétoise, qui leur sert de traductrice. P. Ba.
LE JAPON
À ÉCUBLENS
450 gymnastes de 18 à 65 ans
Surtout composé de femmes quadra ou quinquagénaires, ce groupe qui nous salue à la mode nippone s’appelle Japan Jazz Gymnastic Teachers Gymnastic Organization, JJGTO pour les intimes. Dans leur classe du collège du Pontet, elles relèvent leur matelas avec soin chaque matin. Tout est rangé au cordeau. Elles n’arrêtent pas d’éclater de rire et ont amené avec elles toutes sortes de nourritures japonaises rondes et colorées, étalées sur un banc. Bien alignées, bien sûr. M. D.
LE MEXIQUE
À PRILLY
89 gymnastes de 4 à 50 ans
Leur petit-déjeuner avalé avec des éclats de rire qui résonnent fort et clair dans le collège du Grand-Pré, les jeunes Mexicaines attendent de partir pour la répétition. «Nous trouvons les gens super sympas», dit Carmen, porte-parole de la délégation. Dans leurs trois productions, elles seront notamment habillées en mariachis et exalteront le personnage de Catrina, symbole artistique célèbre dans tout le pays. M. D.
LE CANADA
À LAUSANNE
605 gymnastes de 7 mois à 78 ans
Avec huit heures de décalage horaire à avaler et les répétitions qui s’enchaînent, c’est l’heure de la sieste dans leur classe du collège de l’Elysée, avant de repartir vers d’autres aventures. Ce groupe de douze filles épuisées vit dans la lointaine province du Saskatchewan et ne parle que l’anglais. Au Canada, la gym est surtout l’affaire des anglophones: à la Gymnaestrada de Lausanne, un seul des 20 avions canadiens est composé de Québécois. M. D.
LA SUÈDE
À CHAVANNESPRÈS-RENENS
703 gymnastes de 15 à 28 ans.
Difficile de manquer les Suédois, hébergés au collège de la Planta. Dans le parc adjacent, une dizaine de jolies lianes blondes de Stockholm répètent une figure de gymteam, une forme de gymnastique au sol très prisée dans les pays nordiques. «Nous sommes troisièmes au Championnat d’Europe», s’enorgueillit leur coach. Mais en Suisse ce sera juste pour le plaisir! P. Ba.
LA GYM DANS LE SANG
Réunie sur leur balcon, la famille Arn parle, chacun à son tour, dans le bon timing, comme lors d’une production de gym. Berlin 1995, Göteborg 1999, Lisbonne 2003, les villes où chaque membre a vécu une Gymnaestrada défilent comme autant de moments forts, joyeux, partagés.
La gym les accompagne depuis longtemps, avec un petit côté entremetteur. «J’ai connu ma femme grâce à la gym», dit le grand-père, Diego Arn. «Et nous aussi, mais on a mis plus de temps…» renchérissent en souriant son fils Philippe et sa femme, Murielle. Tous deux enseignent la gym artistique à Morges depuis vingt-cinq ans. Le septuagénaire, pas peu fier, raconte: «Jeune, j’ai essayé d’autres sports, comme le hockey. Je suis toujours revenu à la gym, pour son ambiance d’équipe. J’en ai ouvert les portes à ma famille. Mais je ne les ai jamais poussés dedans…» Ils s’y sont pourtant engouffrés, dans cette Suisse forte de 450 000 gymnastes et de 4000 clubs, soit la plus grande et la plus ancienne fédération sportive du pays.
Diego Arn a vécu sa première Gymnaestrada en 1982, à 42 ans. Il se souvient avoir eu «la chemise qui bouge» dans le Letzigrund zurichois plein à craquer, avec la peur du «moindre faux pas qui serait vu par tout le monde». Sa femme, Christiane, se rappelle de «l’amitié. Et de l’entrée dans le stade de Berlin, en 1995.» C’est aussi en Allemagne que Murielle, leur belle-fille, a connu sa première. Elle est devenue conceptrice au sein du groupe vaudois, soit deux à trois ans de préparation avant l’événement. «A Lisbonne, en 2003, je me suis éclatée. Nous avons réussi à travailler tous ensemble. Même les garçons faisaient de la chorégraphie. Une fête d’enfer.» Murielle et Philippe se sont interrompus à cause de la naissance de leurs enfants. Ils reprennent à Lausanne, s’occupent ensemble d’un groupe des cérémonies d’ouverture et de clôture. Lui, prof de gym à Bussigny, a l’œil. «Il y a tant de petits problèmes à résoudre. Mais cela reste magique.» Leurs enfants, Janis et Léonie, les écoutent et mélangent un peu toutes ces villes, toutes ces histoires. «A Lausanne, je sais juste que je vais avoir la trouille», glisse le petit garçon. Serat- il à Helsinki dans quatre ans? M. D.