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EXPOSITION
SILLONNER AVEC HARTUNG
Le Musée d’art et d’histoire de Genève rend hommage à l’artiste HANS HARTUNG, l’un des plus grands graveurs européens du XXe siècle.

Par Blaise Calame - Mis en ligne le 09.08.2011

«Lorsque j’avais entre 8 et 12 ans, j’étais passionné d’astronomie. Je cherchais à dessiner les éclairs», confia un jour Hans Hartung, l’un des plus grands représentants de l’art abstrait, à qui le Musée d’art et d’histoire de Genève consacre une magnifique exposition. Enfant, ses éclairs tracés à l’encre noire devaient conjurer la foudre. Ils l’inspireront longtemps.

AUX ARMES, LÉGIONNAIRE!

Né en Allemagne en 1904, dans une famille protestante et fortunée, Hans Hartung est déchu de sa nationalité en 1938 par le régime nazi, qu’il va combattre en s’engageant dans la Légion étrangère… Il y perdra sa jambe droite, et sera naturalisé Français en 1946, après avoir littéralement vécu comme un sans-papiers pendant huit ans. Cela ne l’empêchera ni de se considérer comme un Européen d’abord, ni d’épouser deux fois (!) la même femme, l’artiste peintre norvégienne Anna-Eva Bergman, sa muse, avec qui il finira ses jours à Antibes.

DES OUTILS MAISON

L’exposition montée au Musée d’art et d’histoire révèle le formidable talent de cet artiste «extrêmement novateur», témoigne Christian Rümelin, le commissaire genevois. «Nous présentons un éventail de 103 œuvres et 130 feuilles constituant une forme de rétrospective de la période 1927- 1976.» A travers les estampes, on distingue un cheminement, une évolution, avec ses constantes et ses progrès. Hartung avait une préférence pour la gravure. Il allait jusqu’à créer ses propres outils (brosses, sulfateuses, aérographes, etc.). «Au fond, je me sens davantage à l’aise avec les instruments de gravure qu’avec le pinceau, avouait-il. Le processus est tellement radical, et la résistance du matériel me plaît beaucoup.» Après une longue période de vaches maigres, Hartung s’impose dans l’après guerre. Il gratte, trace et creuse, agissant directement sur le support. Fulgurances de l’esprit, déclinaisons à géométrie variable, ses œuvres sont autant de sillons, qu’il date et numérote, sans plus de détails. L’œuvre de Hartung traduit le geste, la dynamique, le mouvement.

THÉRAPIE PAR LE NOIR

Lui qui s’est lié d’amitié avec Henri Goetz, qui a fréquenté Kandinsky, Miró, Mondrian ou Calder, a longtemps cherché à apaiser ses angoisses en peignant, les yeux fermés, des tourbillons d’encre noire. La technique du grattage l’emmène ailleurs. Le trait s’épaissit ou se simplifie, semblable à du tissu. Le noir demeure, mais à l’occasion, il paraît jaillir de la couleur.

PRODUCTION EN SÉRIE

Dans les années 60, reconnu et encensé, Hartung se met à produire des séries. Par intérêt mercantile? «En partie sûrement, répond Christian Rümelin, mais il conserve ses estampes. Il recherche davantage un rythme, des variations.» Ce travail de démultiplication est au coeur de l’exposition du Musée d’art et d’histoire de Genève. Il n’est pas inintéressant de savoir qu’à la fin de sa vie – il s’est éteint le 7 décembre 1989 –, Hans Hartung peignait de manière frénétique, au pistolet, comme pour repousser l’inéluctable. Ainsi pas moins de 300 toiles sont datées de 1989! Des oeuvres qui se paient cher aujourd’hui, puisqu’en 2007, une huile sur toile intitulée T 1949 – 10 a été adjugée aux enchères en France à 245 448 euros!

Hans Hartung, estampes, Musée d’art et d’histoire, rue Charles-Galland 2, à Genève, jusqu’au 25 septembre. Ouvert de 10 à 18 heures. Fermé le lundi. Tél. 022 418 25 00. www.ville-ge.ch/mah



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Tags: Hans Hartung, graveur, Musée d’art et d’histoire, Genève, estampes Aller en haut de page Haut de page

 

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