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HOCKEY
THOMAS DERUNS, LE GUERRIER SACRIFIÉ
Il était l’âme de Genève, son combattant le plus farouche. Mais, en manque de liquidités, le club l’a vendu à Berne, avec effet immédiat. Pour le joueur: le choc, la tristesse, mais aussi de nouvelles perspectives au sein de l’une des équipes les plus prestigieuses d’Europe. Retour sur le transfert de l’année.

Par Yan Pauchard - Mis en ligne le 08.02.2011

Il y a eu ce phénoménal goal un soir de finale de play-off d’avril 2010. Un airhook, comme on dit en Amérique du Nord, un but marqué de derrière la cage, qui a médusé la planète hockey et enflammé le web. Il y a eu tant d’autres de ces réussites inoubliables. Durant neuf saisons, il a été le guerrier de Genève-Servette. Aussi hargneux sur la glace que humble au-dehors, il était devenu l’âme du club. Thomas Deruns, c’est surtout un caractère, une gueule à tourner dans un film de Jeunet. Ou plutôt à incarner l’un des bikers des Sons of Anarchy, rôle sur mesure pour celui qui n’attend que le printemps pour enfourcher sa Buell Firebolt, une bécane noir de jais, tunée, forcément.

Mais voilà, la semaine passée, à la surprise générale, Genève a été contraint de sacrifier son joueur-culte. En mal de liquidités, le club a choisi de le céder avec effet immédiat au CP Berne pour un montant qui, selon Le Matin, avoisinerait les 550 000 francs. Un transfert éclair, bouclé en moins de vingt-quatre heures. Annoncée le lundi 31 janvier à 17 heures, la nouvelle a fait l’effet d’une bombe dans le petit monde du hockey helvétique. L’attaquant de 28 ans a encaissé le choc plus difficilement qu’une charge appuyée contre la bande. «A Genève, j’aimais tout», souffle de sa voix calme celui qui a déposé ses valises au bout du lac à l’âge de 19 ans. Il débarquait alors de sa Chaux-de-Fonds natale. Depuis, il s’y est fait une vie: une copine, des coéquipiers «géniaux», des émotions partagées, des potes, une carrosserie dans laquelle il a investi. Thomas Deruns n’est pas de ces mercenaires qui courent le cacheton de club en club. Il joue là où son cœur lui dit.

GROS BUSINESS

Mais le hockey n’est pas qu’une affaire d’émotions, c’est aussi un gros business. Le salaire de l’attaquant aux 70 sélections en équipe nationale pesait sur les comptes genevois. Des difficultés financières auxquelles se sont peut-être ajoutés des enjeux plus politiques. «Je me demande si je n’ai pas été aussi transféré pour mettre la pression sur les politiciens», glisse Thomas Deruns. Une allusion aux nombreux blocages entourant le projet de rénovation de la vétuste patinoire des Vernets, un feuilleton tragicomique de plusieurs années, une énième «genferei».

C’est dimanche 30 janvier à midi que Thomas Deruns est averti, via son agent, d’un possible transfert en direction de Berne. Tout va aller très vite. Le lendemain matin, l’affaire est réglée. Juste le temps d’organiser un apéro de départ et le voilà qui doit rejoindre, mardi déjà, sa nouvelle équipe. «C’est finalement une bonne chose, je n’ai pas eu le temps de gamberger. Mais quand j’ai quitté Genève au volant de ma voiture, les affaires dans le coffre, j’ai vraiment eu la boule au ventre.» Le premier entraînement est prévu mercredi. Jeudi soir, il s’offre son baptême du feu (une défaite 1 à 2 face à Rapperswil) devant le fameux «mur» des fans de la PostFinance Arena, l’ancien Allmend. «Les jambes tremblaient un peu», reconnaîtil. Vendredi après-midi, après trois nuits passées à l’hôtel, le joueur reçoit les clés de son logement, un petit meublé situé dans un quartier tranquille de Liebefeld, en pleine banlieue bernoise. Mis à disposition par le club jusqu’à la fin de la saison, il sera son nouvel environnement. Comme un signe: un drapeau flanqué de l’ours du CP Berne est suspendu à la fenêtre d’un voisin. Samedi soir, après quatorze minutes de jeu face à Kloten, Thomas Deruns sera ovationné par 17 000 spectateurs en délire. Devant son nouveau public, il vient de marquer son premier but.

«THOMAS, C'EST MON CADEAU!»

Dans la capitale, le Welche a été rapidement adopté. Il y a retrouvé plusieurs coéquipiers de l’équipe suisse, ainsi qu’un ancien complice des Vernets, Jean-Pierre Vigier. Son nouvel entraîneur, Larry Hurras, est, lui, aux anges: «Thomas, c’est mon cadeau! Noël est décidément arrivé bien en avance cette année... Déclencher (sic) un joueur suisse de ce niveau, un international, est déjà difficile en temps normal, alors en pleine saison...» Le Canadien égrène les qualités de son renfort: «Il est à la fois technique et physique. C’est un gros travailleur. Et j’aime son esprit guerrier. Il va rapidement s’intégrer et nous livrer de grands matchs.»

De son côté, Kevin Romy, cousin et ancien colocataire de Thomas Deruns, se félicite de ce qui lui arrive: «C’est toujours dur de quitter une équipe. Mais pour sa carrière sportive, ce sera très positif.» Il parle d’expérience. En septembre 2005, lui-même était transféré du jour au lendemain, de Genève à Lugano: «Quand on est pro, il faut être prêt à ce genre de choses. En plus, Berne est l’une des meilleures équipes d’Europe, une organisation incroyable avec des ambitions.» Thomas Deruns en est pleinement conscient: «Tout hockeyeur a envie de jouer ici. Que ce club ait voulu de moi, c’est une reconnaissance. J’ai beaucoup travaillé pour en arriver là.» Un nouveau défi qui va lui permettre de prendre une nouvelle dimension et peut-être lui offrir ce qui lui manque encore: un titre de champion.



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Tags: Hockey, Thomas Deruns, portrait Aller en haut de page Haut de page

 

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