Retracer l’épopée des Windsor dans L’illustré constitue un exercice impossible, tant, des funérailles du roi George V aux fiançailles du prince William, de l’abdication d’Edouard VIII au profit de son frère, George VI, à la mort de Diana, sans oublier les amours de Charles, Anne, Andrew et Edouard ou encore les frasques de Harry, la famille royale d’Angleterre a occupé des générations de journalistes... La reine Elisabeth II est une enfant du XXe siècle. L’illustré l’a vue grandir, puis mûrir, témoignant des grandes étapes de sa vie en adoptant à chaque fois un langage de circonstance. Variations sur plusieurs tons.
INTERROGATIF
«20 ans!», publié à la une de «L’illustré» du 18 avril 1946. «Le 21 avril, la gracieuse princesse Elisabeth Alexandra Mary, future Elisabeth II d’Angleterre, fille du roi George VI, entrera dans sa 21e année. (…) Colonel des grenadiers de la Garde, la future reine se prépare à faire face aux réalités de son destin. Son père est encore jeune, certes, puisqu’il n’a que 51 ans, mais, comme tous les papas du monde, il ne saurait être éternel. Aussi la princesse ne perd-elle pas de vue qu’un jour elle sera reine, reine de Grande-Bretagne, d’Irlande, des territoires britanniques au-delà des mers, impératrice des Indes… (…) A qui Elisabeth donnera-t-elle son cœur? «That is the question!»
PATERNALISTE
«Faut-il donner à la princesse Elisabeth des conseillers plus réalistes et avisés?», se demande «L’illustré» du 1er avril 1948.
«Aussi peut-on se demander: combien de temps encore la princesse Elisabeth sera-t-elle empêchée de regarder les choses en face? Où se trouve l’homme d’Etat qui lui montrera la voie? Elle accepterait certainement avec gratitude les avis d’un sage conseiller, mais les inspections de troupes ne sauraient «éclairer la lanterne» de quiconque, pas plus que les soirées dansantes du West End ne sont propices à l’étude des problèmes sociaux! (…) Ce qu’il lui faut, c’est un mentor, (…) un homme qui connaisse la vie du peuple.»
ANALYTIQUE
«Autographe de la princesse Elisabeth», reproduit dans «L’illustré» du 20 septembre 1951.
«Sans atteindre un niveau exceptionnel, elle est intelligente et intuitive; d’une intelligence avant tout pratique et réaliste. L’esprit est plus rapide et vivant que pénétrant et subtil. Plus que l’élévation ou l’originalité, c’est la suite dans les idées, la simplicité et le bon sens qui en font la valeur. On ne trouve dans cet autographe aucun signe d’un ton particulier, d’un talent qui distinguerait son auteur du commun des mortels. Mais Elisabeth, en revanche, témoigne d’une absence de recherche, de pose, qui la rend sympathique.»
ÉLOGIEUX
«Une reine se penche sur son passé», «L’illustré» du 4 juin 1953.
«Dans l’esprit de tous les habitants du monde occidental restent gravés une attitude, un geste, un moment de la vie de cette jeune reine établie au faîte de la hiérarchie britannique. Les uns ont découpé la photo de la princesse à cheval, face aux troupes effectuant la pompeuse relève de la garde du Palais de Buckingham. (…)
«Dans bien des mémoires, une autre image est inscrite, une image de guerre, alors que la fille de George VI graissait les moteurs et changeait les pneus des camions de l’armée. «Quelle chic fille quand même!» ont dit alors beaucoup de braves gens, dans le monde entier. (…) Aujourd’hui, Elisabeth porte la couronne royale et personnifie la féminité britannique dans ce qu’elle a de plus accompli.»
FAMILIER
Anthony Buckley, photographe de la famille royale, témoigne dans «L’illustré» du 19 septembre 1963.
«En réalité, elle est de très petite taille. La première fois que je l’ai vue en chair et en os, j’en suis resté tout pantois. Maintenant, nous nous connaissons, la glace est brisée. On ne m’a jamais invité à déjeuner au palais, mais cela n’empêche pas que je traite Sa Majesté comme une autre cliente: «Tournez la tête de trois quarts, s’il vous plaît, Madame!» (A ma première adresse j’use du «Votre Majesté», ensuite, c’est toujours «Madame». Elle n’aime pas que l’on abuse de ces marques d’humilité.) En général, je n’ai pas besoin de lui donner beaucoup d’instructions pour la pose: elle a l’habitude et surtout elle sait ce que l’on attend d’elle.»
IRONIQUE
«Elisabeth II, la plus gracieuse des majestés», publié dans «L’illustré» du 21 avril 1966.
«Bien que peu douée pour les études académiques purement abstraites, Elisabeth passe pour une femme d’une intelligence exceptionnelle. A cinq ans, la princesse Elisabeth lisait déjà couramment. (…) Il faut l’avoir vue caresser la tête d’un petit paralytique pour comprendre que son intérêt pour les humbles et les déshérités dépasse de loin ce qui pourrait n’être qu’un geste de complaisance. (…)
«Elisabeth II est fort économe: il lui arrive plus souvent de faire recouper ses manteaux de fourrures, qu’elle n’en achète de nouveaux… à la plus grande déception des fourreurs royaux.»
MISOGYNE
«Elisabeth II garde sa ligne», «L’illustré» du 23 septembre 1971.
«C’est la princesse Anne qui, en dansant, a raconté comment la reine sa mère était stricte sur son régime et sur celui de la famille entière. Comme la jeune fille avait demandé un Coca-Cola, elle se tourna vers son cavalier et dit: «Quelle chance que maman ne soit pas là! J’aime le Coca, mais pour elle, la plupart des boissons gazéifiées donnent de l’embonpoint et elle voudrait que je cesse d’en boire.»
«C’est en réalité le prince Philip qui, voyant sa femme devenir de plus en plus dodue, lui suggéra d’aller consulter un diététicien de sa bonne ville de Londres, à Harley Street. Le médecin fut énergique. Si Elisabeth ne se soumettait pas immédiatement à un régime strict limité à 750 calories, elle ne tarderait pas à devenir replète comme sa mère. Ne suffisait-il pas de regarder la princesse Margaret pour déduire que toute la famille royale avait une fâcheuse tendance à engraisser?
«La reine Elisabeth décida aussitôt de suivre le conseil du praticien, afin de plaire à son mari qui n’a jamais caché son opinion: «Les femmes noyées dans la graisse sont laides et inintéressantes.»
AUTOCRITIQUE
«Une reine en Helvétie», «L’illustré» du 7 mai 1980.
«Kloten Airport, un petit mardi de fin d’avril. Sa Majesté Elisabeth II, reine de Grande-Bretagne, paraît. Au bas de l’échelle de coupée, nos sept Sages, costumes du dimanche de rigueur, et leurs épouses, enchapeautées, enrubannées. Very british. (…) Georges-André Chevallaz tombe sous le charme. Et en oublie un instantses civilités: alors que sa Majesté termine la revue de la garde d’honneur et ne sait trop où se diriger, il la fait pivoter d’un brusque mouvement de la main. Geste sacrilège! Dans le grand Commonwealth, celui sur lequel le soleil ne se couchait jamais, on coupait des têtes pour moins que cela! (…)
«Alors qu’éclate le God save the Queen, la reine a tôt fait de remarquer que nos autorités n’ont guère confiance en la protection divine. Chars, gendarmes armés de mitraillettes, tireurs d’élite, inspecteurs en civil, quadrillent l’aéroport.»
ADMIRATIF
«Je maintiendrai», «L’illustré» du 17 avril 1996.
«Elisabeth II aura 70 ans le 21 avril, ce qui n’est pas en soi une performance. Mais que sa popularité personnelle, le respect et l’affection de tout un peuple aient survécu au divorce de trois de ses enfants sur quatre, au «Camillagate», au «Dianagate» et à la «bataille des Galles» tient presque du miracle. Il faudrait à Elisabeth régner encore vingt ans, jusqu’en 2016, pour battre le record de la reine Victoria. Mais ce n’est pas impossible.»
MOQUEUR
«Les 80 ans d’une forte tête», «L’illustré» du 5 avril 2006.
«Pour mieux cerner la reine, il faut la surprendre à Sandringham ou à Balmoral, où elle se retire près de cinq mois par an. Là-bas, la reine redevient nature. (…) Quand il s’agit du bien-être de ses animaux, elle ne calcule pas. Pour le personnel de maison, c’est autre chose. «Les Windsor sont tous des radins et la reine est la pire du lot, affirme un observateur. Une fois, à Noël, elle a offert à sa blanchisseuse un sac de pinces à linge…» Depuis l’incendie du château de Windsor, qui n’était pas assuré, et le refus du peuple de passer à la caisse, Elisabeth II économise tous azimuts. Elle sillonne les couloirs de Buckingham afin d’éteindre les lumières, ce qui faisait hurler de rire Diana de son vivant, et exige qu’on retourne les draps de lit avant de les laver».