Tandis que l’agrandissement de son futur outil d’exposition bat son plein, le Musée d’ethnographie de Genève (MEG) se serre dans la magnifique maison de Conches, mais ne renonce pas aux expositions vastes et ambitieuses. Ainsi cette plongée dans les arts de l’Inde: peintures, musiques, arts populaires et illustrations. De quoi se perdre un peu ou de rêver beaucoup.
SAVEURS ET COULEURS
Selon les ouvrages les plus anciens traitant de la théorie des arts, les Indiens distinguent dans toute œuvre d’art neuf saveurs fondamentales: la saveur érotique, la comique, la pathétique, la colérique, l’héroïque, la terrifiante, la répugnante, la merveilleuse et la sereine. Les neuf dans des proportions et des combinaisons naturellement variables à l’infini, comme dans tous les bons currys. Ainsi l’esthète est appelé là-bas un rasika, c’estàdire un goûteur! De ses traditions esthétiques inspirées par les musiciens, les peintres les plus raffinés de l’Empire moghol, que reste-t-il quatre cents ans plus tard dans le graphisme clinquant des affiches de cinéma de Bollywood ou dans l’art populaire d’aujourd’hui? s’interroge Laurent Aubert, commissaire de l’exposition. A admirer dans cette première partie quelques instruments de musique, la plupart anciens, les mêmes que l’on reconnaît sur les miniatures voisines, marquant bien la proximité entre les différents arts.
Ainsi les œuvres saisissantes d’un groupe de femmes bengalies qui se sont emparées d’une tradition jusque-là réservée aux hommes: la peinture sur rouleaux (pata) accompagnée de récits chantés. Dans un pays où la moitié des habitants est analphabète, cette forme d’art s’est révélée un formidable moyen de transmettre la mythologie ou encore l’histoire. Entre les mains des villageoises de Naya, les pata sont désormais les outils d’un engagement social et politique: condition de la femme, contrôle des naissances, prévention du sida ou de la violence domestique, ces œuvres d’inspiration traditionnelle et populaire demeurent parfaitement adaptées aux réalités contemporaines.
La saveur des arts de l’Inde, Musée d’ethnographie de Genève (MEG), Conches. Jusqu’au 18 mars 2012.
PARVATHY BAUL CHANTE SES PEINTURES
Au Bengale, les Bâuls sont des bardes mystiques et itinérants qui ignorent le système des castes, refusent la séparation entre les communautés religieuses, la différence entre les hommes et les femmes. Fascinée, l’artiste Parvathy a abandonné ses études pour suivre leur enseignement. Chanteuse, conteuse et peintre, elle a, sur une commande du MEG, réalisé six toiles sur le thème, très populaire au Bengale, des amours de Râdha et de Krishna.