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L’ITALIE EN FAILLITE?
«L’ITALIE EST UN PAYS JEUNE ET COMPLIQUÉ!»
Berlusconi hors du jeu, des dettes publiques énormes, l’Italie va-t-elle exploser économiquement? Sénateur à Rome et représentant des Italiens de l’étranger, ce Neuchâtelois donne des clés pour comprendre.

Par Marc David - Mis en ligne le 15.11.2011

Il arrive de Rome via Zurich, un peu fatigué, un peu entre deux trains ou avions. La veille, il a encore voté au Sénat, à Rome, où il passe trois jours par semaine. Représentant des Italiens de l’étranger, il sourit en précisant que sa juridiction couvre 63 pays, du Groenland à la Sibérie. «Des Italiens, il y en a partout!» Mais sa ville, c’est Neuchâtel, où il est arrivé à l’âge de 10 ans. Elu au parti démocrate (centre gauche), il a un regard aiguisé, sans concessions, sur le chaos actuel.

Berlusconi est-il la cause de la crise ou a-t-il subi les conséquences d’un pays à problèmes?

La situation actuelle est en totalité la faute du berlusconisme. Cela fait deux ans que le pays est paralysé. Son gouvernement n’a donné aucune réponse à l’Union européenne, aucune réponse à la banque centrale, aucune réponse aux Italiens.

Comment est-ce possible?

Il y a encore quelques mois, M. Berlusconi niait qu’il existait une crise financière mondiale. La semaine passée, il s’est permis de dire que tous les restaurants et les avions en Italie étaient pleins. Il a été incapable de gérer la plus large majorité qu’un gouvernement ait jamais eue dans l’histoire de la république italienne. Ce monsieur a dû beaucoup plus s’occuper de ses problèmes personnels que des problèmes du pays.

Que va-t-il en rester?

La sortie de scène de Berlusconi ne va pas effacer le berlusconisme. C’est davantage qu’un problème politique, de droite ou de gauche. C’est un problème culturel. Il a profondément influencé la société italienne. Le but est maintenant d’être beau et riche et de passer à la télévision. Il suffit d’être une belle femme pour arriver au Parlement. Il a confondu ses télés commerciales avec la réalité et il a communiqué cela au pays. C’est ce qui m’inquiète le plus, davantage que les problèmes économiques.

Comment va l’Italie?

L’économie réelle italienne ne va pas si mal. Elle reste la deuxième économie manufacturière d’Europe derrière l’Allemagne. Notre exportation a moins payé la crise que d’autres. Ce qui va très mal, c’est l’Italie politique et la finance internationale. Si l’on ne remet pas des règles à ces messieurs de la finance, après l’Italie ce sera le tour de la France et d’autres pays. Avec ce système de totale libéralisation, on est en train de jouer aux apprentis sorciers. L’Italie va bien dans son économie réelle, mais elle risque d’être détruite par la politique et la finance.

L’Italie est au bord de la banqueroute. «Il n’y aura bientôt plus personne pour nous prêter de l’argent», disait encore hier un haut politicien…

Ce ne sont pas des phrases pour faire peur. Si l’on congèle l’état actuel des finances aujourd’hui, on n’aura pas l’argent au 31 décembre pour payer le treizième salaire des fonctionnaires. Faire faillite n’est pas une histoire de valeurs, c’est un problème de liquidités. Or, les liquidités proviennent de cette maudite finance internationale. Sans réponse de notre part, sans nouveau gouvernement entreprenant dans les prochains jours, nous serons très vite en défaut de biens tout en vivant dans un des pays les plus riches d’Europe, avec les familles les moins endettées. Cela apparaît comme une contradiction, cela ne l’est pas. Mais je reste confiant. Le Parlement va être assez fort pour contrebalancer les intérêts partisans.

Comment Berlusconi a-t-il pu rester si longtemps?

Comment me faire comprendre? Berlusconi est arrivé au début des années 90, au moment d’une des plus grandes secousses politiques que l’Italie ait connues. L’opération Mains propres. Or, cet événement historique et salutaire n’a pas débouché sur un changement de la classe politique. Berlusconi en est un pur produit. Sa fortune a été bâtie sur ce système. D’un autre côté, les forces politiques opposées n’ont pas été capables de se renouveler, de proposer un projet alternatif. Berlusconi a fait rêver le peuple, c’est un extraordinaire communicateur. Je me souviens qu’à l’époque je disais que, avec ses moyens, même ma belle-mère aurait gagné les élections.

Une autre Italie va-t-elle apparaître?

Nous sommes en train de la construire, avec de grandes difficultés. L’Italie est un pays compliqué. C’est une nation jeune, on l’oublie souvent. On fête cette année les 150 ans de l’unité, ce n’est pas beaucoup. Il a été unifié par une élite, pas par des mouvements populaires. C’est très différent de la Suisse ou de la Révolution française. Et ce jeune pays a des diversités culturelles énormes. Entre le Trentin et la Sicile, il y a 2000 kilomètres et deux mille ans d’histoire différente.

A quoi va ressembler la nouvelle configuration?

Le centre gauche essaie de mettre ensemble deux partis plutôt que d’exploser. Il se crée un centre, avec des gens dont on n’aurait jamais pensé qu’ils collaborent. A gauche, nous ne voulons pas d’élections tout de suite. Nous voulons un gouvernement d’unité nationale avec la droite. Nous voulons sortir de l’impasse.

Qui paie le prix le plus élevé?

C’est nous, pas la droite. Dans n’importe quelle hypothèse d’alliance, la gauche gagnerait les élections. Même les sondages de Berlusconi le disent. Cela doit le rendre malade. Il n’était pas bien, vendredi. Il a dû annuler une réunion le matin.

Pourquoi ne pas aller aux élections?

Si l’on annonce la dissolution du Parlement et qu’on va aux élections, il se passera environ septante jours. En septante jours, l’Italie n’existera plus économiquement. Nos titres d’Etat nous coûtent 7,5% d’intérêt. Vous savez ce que cela signifie? Cinq milliards par jour!

Et une dette de 1900 milliards d’euros!

Oui, qui va les produire? Nos retraités qui touchent des rentes de 500 euros, nos ouvriers qui travaillent pour 1200 euros? Nous n’avons plus le temps. La spéculation dans cette finance internationale qu’on a déréglée nécessite que nous soyons gouvernés, pour répondre à ce que l’Europe nous demande. Ce sont 39 points à réaliser. Dans cette situation paralysée, elle dit: «Faites-le!»

Ressemblez-vous à la Grèce?

Nos situations sont différentes, mais un aspect nous est commun: l’évasion fiscale, la corruption du système. Savez-vous à combien l’institut des statistiques estime la somme qui échappe au fisc? Autour de 75 milliards par année. En Grèce, c’est pire: elle atteint 120 milliards d’euros. Avec ces deux chiffreslà, on rachète l’Allemagne en cinq ans…

Allez-vous enfin vous y attaquer?

On avait commencé à mettre des mécanismes sur pied dans le gouvernement Prodi, tombé en 2008. En arrivant, la première décision de Berlusconi a été d’annuler toutes les mesures impopulaires que nous avions prises pour lutter contre l’évasion fiscale. C’est là qu’il s’est vanté d’avoir fait son budget en huit minutes…

Qui aura cette force-là?

Mon cher ami, quelle est la force politique qui aura seule la possibilité de bâtir cette nouvelle Italie? Aucune. Il faut une politique de consensus. Je parle souvent de la Suisse à mes collègues sénateurs. Je leur dit que la Suisse fonctionne comme cela depuis qu’elle est née. Notre Conseil fédéral, qu’on critique, représente une force extraordinaire dans une démocratie. Réussir à trouver une voie commune avec des forces politiques en conflit, c’est magnifique. Gouverner, ce n’est pas du spectacle. C’est ce que n’a pas compris Berlusconi.

Le peuple en a-t-il assez?

Dans tous les sondages, on nous donne 42% d’abstention. C’est une révolution pour l’Italie, où l’on participe toujours à 75% aux votations. C’est un signal que les gens n’en peuvent plus devant ce monde politique sans résultat. Les gens en ont assez et ils ont peur. Mais je suis persuadé qu’avec le nouveau premier ministre Monti, on a la bonne personne, de grande compétence et qu’aucun parti ne peut revendiquer.

Quelle est la plus grande injustice?

On ne peut pas tondre toujours le même mouton. Les ouvriers, les retraités ou les fonctionnaires ont donné ce qu’ils pouvaient donner. Il faut une politique qui aille chercher les ressources là où elles sont. En Italie, 10% de la population est propriétaire de plus de 55% de la richesse. A ce jour, le gouvernement Berlusconi n’a pas demandé un euro à cette catégorie de gens. Un des motifs de son échec est qu’il a refusé d’établir un impôt sur leur patrimoine. Ce pays est plein de ressources. C’est un pays riche. Un pays riche avec une immense dette provoquée par la politique!

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Tags: Italie, Berlusconi, crise, démission, politique, faillite, Claudio Micheloni Aller en haut de page Haut de page

 

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