Par
Frédéric Vassaux - Mis en ligne le 16.03.2011
Deux explosions lundi 14 mars dans la centrale nucléaire de Fukushima qui font écho à une première déflagration samedi. Trois réacteurs dont le système de refroidissement fait défaut. Des nuages de fumée qui s’échappent et ressemblent furieusement à de plus célèbres et funestes champignons. Si l’Agence atomique nippone se veut rassurante, elle ne calme ni les craintes des Japonais qui redoutent une catastrophe nucléaire, ni les inquiétudes des pays alentour qui appréhendent un accident du type de Tchernobyl en 1986 et le nuage toxique qui va avec. «On ne peut pas comparer la situation de la centrale de Fukushima avec une bombe atomique, estime Georges Piller, chef de la division radioprotection à l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN). Une bombe atomique est faite pour détruire, une centrale nucléaire pour créer de l’électricité, la configuration est tout autre.» Les explosions entendues à Fukushima sont ainsi dues à une accumulation d’hydrogène généré par chaque réacteur et normalement éliminé par un catalyseur.
«La réaction en chaîne de la centrale de Fukushima a été arrêtée dès l’alerte tsunami, remarque Hansruedi Völkle, professeur de physique nucléaire à l’Université de Fribourg. La surchauffe est due à de la chaleur résiduelle qui doit être abaissée. Le problème, ici, est que le tsunami a endommagé tous les systèmes de refroidissement.» Le risque, dès lors, est un risque de fusion des barres d’uranium, soit que cellesci se liquéfient sous la chaleur et s’écoulent dans le fond de la cuve de la centrale. «Selon les informations, ce seraient les gaines de combustible, soit les tubes qui entourent les pastilles d’uranium, qui auraient fondu dans le réacteur 3, poursuit Georges Piller. Mais le cœur d’une centrale se trouve dans des enceintes de confinement que les autorités nippones assurent toujours étanches. Si des fissures apparaissaient dans le confinement, le problème deviendrait plus aigu.» La crainte est évidemment une fuite de radioactivité. «Le confinement fonctionne comme une marmite à vapeur. Si la pression est trop forte à l’intérieur, on peut faire fonctionner une valve qui rejette de l’air à l’extérieur et permet d’abaisser la pression», explique le professeur de physique. C’est ce qui a été fait pour les trois réacteurs de Fukushima. Si l’opération permet de baisser la pression, elle rejette également dans l’atmosphère un certain nombre de particules radioactives. «La plupart des particules radioactives sont filtrées, mais on ne peut pas retenir les gaz rares, soit le krypton, le xénon et l’argon, explique le chef de la radioprotection, mais ce sont des particules qui se désintègrent rapidement entre quelques secondes et quelques heures.» En cas de fuites radioactives massives, le rayon de 20 km évacué autour des centrales permet d’éviter une grande partie de la contamination.
«Les fuites se font sous forme de gaz ou de poussières, les plus lourdes, comme le plutonium et le strontium, restent dans un rayon assez proche comme l’a montré Tchernobyl», constate Hansruedi Völkle. Par ailleurs, si vous restez à l’intérieur d’un bâtiment, vous diminuez entre 10 et 100 fois la contamination. Georges Piller estime que, même en cas de fuite massive, la radioactivité au-delà de ce cercle ne dépasserait pas la dose annuelle de radiation naturelle subie par l’homme et en aucun cas ne parviendrait jusqu’à la Suisse. La dose de radiation jugée mortelle est estimée à 1000 fois la dose naturelle.
Davantage de photos impressionnantes de la catastrophe au Japon dans «L'illustré» de cette semaine.
Quelles peuvent-être les conséquences à long terme de la radioactivité?
Pour vous faire une petite idée, lisez le reportage de «L'illustré» de novembre 2010, intitulé «LA MORT INVISIBLE BIENVENUE À MAYAK, POUBELLE ATOMIQUE». C’est à Mayak, au sud de l’Oural, que fut mise au point la bombe atomique russe. Aujourd’hui, cette région est, après Tchernobyl, la plus contaminée du monde.
Pour lire, cliquez ici»