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SÉISME AU JAPON - TÉMOIGNAGES
UN COUPLE D’OCTOGÉNAIRES SURVIT À DEUX TSUNAMIS
Dans la ville martyre de Minamisanriku, ils ont survécu à la vague meurtrière. Après avoir déjà réchappé d’un premier cataclysme similaire en 1960! D'autres témoignages poignants.

Par Patrick Baumann - Mis en ligne le 16.03.2011

Ils s’appellent Kuniyoschi et Hisako Tchazono, ils ont 83 et 85 ans et ils viennent de survivre miraculeusement à leur deuxième tsunami dans la ville de Shizugawa, rebaptisée Minamisanriku, dans la province de Miyagi. Une ville de 17 000 habitants au nordest du Japon, rayée de la carte, où l’on compte déjà près de 10 000 disparus. C’est ici que le tsunami a été particulièrement meurtrier, la ville n’étant distante que de 80 km de l’épicentre du tremblement de terre. Les habitants ont eu moins de trois minutes pour se mettre à l’abri.

Le couple Tchazono n’imaginait jamais revivre le même cauchemar à cinquante et un ans de distance. En 1960, un tremblement de terre, au Chili, avait provoqué une onde qui avait traversé le Pacifique et une vague géante s’était déjà abattue sur cette petite ville bordée de montagnes. A l’époque, Kuniyoschi, originaire de Tokyo, venait de s’installer comme dentiste. Il avait songé à quitter la ville après ce premier traumatisme, mais avait décidé de rester par fidélité à sa clientèle, souvent composée de gens très pauvres. Ce d’autant que Shizugawa avait courageusement relevé la tête et pris des mesures pour faire face à une nouvelle catastrophe.

Construction de digues. Surélévation de l’école sur la petite colline qui domine le lieu et qui d’ailleurs a résisté aux assauts du tsunami du 11 mars dernier.

Vendredi passé, Kuniyoschi, qui exerce toujours sa profession malgré son âge, a été secouru avec son épouse par un collègue qui, ayant vécu lui aussi le premier tsunami, les a emmenés tout de suite dans sa maison sur les hauteurs de la ville. Un sauvetage qui tient du miracle lorsqu’on a suivi sur les écrans du monde entier la progression fulgurante de cette vague de boue et de métal qui a tout détruit sur son passage. Sur Twitter, Judith Kawaguchi, reporter à la TV NHK, une des premières sur les lieux, a décrit avec émotion l’ampleur des dégâts: «C’est horrible, la ville entière est partie. Autoroutes éventrées, de la boue partout, la dévastation est totale, tous les immeubles sont détruits sauf l’hôpital et un magasin pour futurs mariés.» Un hôpital où se sont d’ailleurs réfugié quelque 200 rescapés, qui ont écrit sur le sol un immense SOS vu du ciel.

Les Tchazono, eux, sont désormais sains et saufs pour la deuxième fois de leur vie. Grâce au ciel, leurs trois enfants habitent dans un autre coin du Japon, mais ils sont sans nouvelles de leur petitfils, Hironori, un infirmier de 21 ans qui vivait avec ses grands-parents.

 



 
«JE SUIS EN MODE SURVIE»

Annerose Matsushita-Bader vit à Fukushima. Non loin des centrales…

Au téléphone, ses mots s’affolent. «Je parle très vite, je sais. Je ne dors pas beaucoup. Je suis stressée, fatiguée, sous adrénaline.» Vaudoise ayant grandi à Payerne, mariée à un Japonais, Annerose Matsushita-Bader vient de passer treize ans au Japon. Elle habite dans une maison de trois étages de Fukushima. «Les centrales se situent à 80 km. Nous ne sommes donc pas encore évacués. Nous écoutons les infos. Pouvons-nous avoir confiance? Nous vivons avec le doute.» Elle n’a plus d’eau et a été longtemps privée d’électricité. Se fait du souci pour sa belle-mère de 82 ans, atteinte de la maladie de Parkinson et qui vit avec eux. «Les secousses continuent, toutes les heures. On nous a dit de nous attendre à un séisme de magnitude 7 pour bientôt.» Partir? «Comment? Nous n’avons pas assez d’essence pour l’aéroport et les autoroutes sont coupées. On attend de voir, on vit minute par minute.» Elle vient d’aller chercher des bouteilles d’eau dans un supermarché. «Des heures de queue et pas d’excitation chez les gens. Les Japonais se concentrent sur demain, restent calmes et informés. Moi, je suis au-delà de la peur, en mode survie.»

TEXTE: MARC DAVID



 
«C’EST EFFRAYANT DE DEVOIR SORTIR DES TRÉFONDS DE LA TERRE QUAND TOUT BOUGE»

Olivier Rumley vit avec sa famille au Japon depuis 2007. Il était dans le métro au moment du séisme. Depuis, il suit dans l’angoisse le danger nucléaire.

«On est toujours sans nouvelles d’un collègue parti à la retraite cette année. C’est triste de voir des familles séparées ne sachant pas si les autres membres sont sains et saufs. Je voulais remonter sur Tokyo, mais les nouvelles ne sont pas rassurantes. Il reste un réacteur nucléaire qu’ils n’ont pas pu refroidir et on annonce 70% de risque d’un tremblement de terre de magnitude 7 dans la région de la capitale.» Quatre jours après le mégaséisme, Olivier Rumley évolue toujours au jour le jour. Ce Vaudois de 34 ans a épousé une Japonaise, Etsuko, et vit sur l’île du Soleil levant depuis 2007. Il travaille pour l’entreprise helvétique de matériel industriel Matisa. Il est ingénieur, responsable technique de la filiale au Japon, père de deux enfants en bas âge, Léon, 5 ans, et Hélène, 2 ans. Il n’est pas près d’oublier ce 11 mars 2011. «J’étais dans le métro, à Tokyo; j’avais rendez-vous avec un collègue pour aller étudier en vue de l’examen que nous avions le lendemain», expliquait-il au téléphone le jour après le drame. «C’était effrayant, car j’étais sur le quai d’une des lignes les plus profondes. Avec les autres voyageurs, on attendait le train. On a entendu l’annonce du tremblement; là, les gens ont commencé à se regarder, ne sachant trop que faire, puis tout s’est mis à trembler de manière violente, on avait de la peine à garder l’équilibre. Et puis on a commencé à remonter mais, comme on était très profond, cela prend du temps. Je vous promets que c’est impressionnant de devoir sortir des tréfonds de la terre alors que vous avez toutes les peines du monde à vous tenir debout en montant les escaliers. La secousse était interminable, ça a duré plusieurs minutes. Une fois à la surface, chacun cherchait un endroit dégagé, mais il y en a peu à Tokyo. Tout le monde était dans la rue. Les gens étaient tous secoués. Les tremblements venaient par vagues, mais cela a vraiment duré longtemps. Les communications ne marchaient plus; je voulais contacter ma femme par e-mail et me suis rendu dans les McDonald’s qui sont reliés à l’internet, mais ils avaient tous fermé.» Plus de moyen de communication; Olivier Rumley a alors marché en direction de chez lui, dans le district de Yokohama, à une bonne heure de transports publics de la capitale. Trop éloigné, il lui était impossible de rentrer chez lui. «Tous les hôtels étaient pleins, certains ont même laissé les gens entrer pour se reposer dans les couloirs. Moi, j’ai trouvé un coin dans les galeries souterraines; on nous a distribué des couvertures, c’était bien. Les gens étaient solidaires, s’entraidaient. J’ai eu la chance de pouvoir prendre le premier train, à 5 h 02, pour Yokohama, mais beaucoup n’ont pas réussi à y trouver place.» Lui a retrouvé sa famille, et a même fait son examen!

«Si les Japonais peuvent se rendre au travail, ils y vont. La vie continue, ici.»
Olivier Rumley

«Oh, vous savez, s’ils ont la capacité physique de se rendre au travail, les Japonais y vont, il n’y a pas d’excuses, ici, rigole le Vaudois. Le professeur a mis l’examen sur l’internet et je l’ai passé depuis chez moi. La vie continue.» Malgré son ton calme, sa voix posée, il est pressé. Il doit s’en aller. La menace, maintenant, c’est la centrale nucléaire de Fukushima, à 250 kilomètres au nord de Tokyo, endommagée par le tremblement de terre. «On va partir, on descend chez mon beau-frère, à Nagoya. Avec ce qui se passe dans la centrale de Fukushima, je préfère m’éloigner.» Sans pourtant connaître le danger réel que représentent les dégâts dans la centrale atomique. «Il y a tellement de monde, ici, que, si vous attendez, il est ensuite impossible de partir. Tout est bloqué. Si les nouvelles sont bonnes, on remontera demain; si elles sont mauvaises, on descendra plus au sud, chez ma belle-mère, à Himeji.» «Attendez, dit-il soudain… Excusez- moi, j’ai entendu une musique, j’ai cru que c’était une alerte tremblement de terre.» Au Japon, une petite musique à la télé et à la radio annonce en effet l’arrivée imminente d’un séisme. Si vous n’êtes pas sur l’épicentre, vous pouvez avoir le temps d’arrêter votre voiture, voire de sortir du bâtiment dans lequel vous êtes. Finalement, Olivier Rumley est descendu plus au sud, sur Osaka, rendu prudent par les informations inquiétantes sur les réacteurs de Fukushima, et il envisageait de rentrer en Suisse sur les conseils de l’ambassade de Suisse au Japon.

TEXTE: FREDERIC VASSAUX


 

Davantage de photos impressionnantes de la catastrophe au Japon dans «L'illustré» de cette semaine.

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Tags: Japon, tsunami, tremblement de terre, catastrophe Aller en haut de page Haut de page

 

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