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MR. & MRS. DUJARDIN
AMOUREUX
C’est le couple du cinéma français le plus glamour du moment. A tel point qu’on les appelle les Jeanlexandra. Aucune jalousie entre les deux acteurs, qui ne se quittent plus depuis la série-culte «Un gars, une fille». Si Jean Dujardin reçoit l’oscar, le 26 février prochain, Alexandra Lamy sera la première à sauter dans ses bras.

Par Patrick Baumann - Mis en ligne le 22.02.2012

«Alex, c’est mon pote avec des seins!» Certes, ce n’est pas la formulation la plus romantique pour parler de la femme de sa vie, mais après tout ce n’est pas du Prévert mais du Dujardin. Et, dans la bouche de l’acteur français le plus en vue du moment, cette phrase résume bien, et avec une tendresse cachée, la relation qui l’unit à la comédienne Alexandra Lamy. Aujourd’hui, le couple le plus glamour du cinéma français est à l’Hexagone ce que les Brangelina sont à Hollywood. Comme eux, ils sont d’ailleurs tombés amoureux sur un plateau. Désormais, on les appelle les Jeanlexandra, c’est tout dire.

Si Jean Dujardin rafle le césar et l’oscar du meilleur acteur, les 24 et 26 février prochains à Paris et à Los Angeles, pour sa prestation dans The Artist, Alexandra sera la première à lui sauter dans les bras et à immortaliser la scène avec son portable, comme aux Golden Globes en janvier dernier. Rien, dans leur relation, qui rappelle le choc des ego du couple Taylor-Burton. Ils se couvrent d’éloges au fil des interviews croisées, même s’il est vrai que sa carrière à elle pâtit un peu de la surmédiatisation du héros de Brice de Nice. Qui le regrette. «Alex, c’est une Annie Girardot en puissance. Elle peut te faire chialer en deux secondes, elle possède une vitesse de jeu hallucinante.»

«COMME DEUX GOSSES»

Rassurons-nous. Pas jalouse du succès de son homme, la comédienne affirmait encore récemment: «Citez-moi un seul type de sa génération qui soit aussi sexy que lui? Je suis une vraie midinette, fan de Clooney et de Brad Pitt. Pourquoi n’en aton pas un seul comme ça chez nous, me disais-je souvent? Alors j’ai dit à Jean: «Vas-y chéri, prends ta place, profite!»

Il aura 40 ans en juin, elle les a eus l’année passée. Tous deux l’affirment haut et fort, ce qui est primordial dans leur couple, «c’est l’envie perpétuelle de se plaire, d’être en admiration devant l’autre».

Dire que cet amour rafraîchissant et si rare dans le monde du showbiz a commencé par un adultère. Dujardin est le premier à le mettre en avant; comment faire autrement, à l’heure où sort Les infidèles, un film à sketchs qui épingle justement l’infidélité masculine et où ils jouent tous les deux.

C’était en 1999. Lui venait d’être choisi pour incarner le Loulou de la série TV culte Un gars, une fille. Alexandra, refusée au premier casting, est repêchée par le comédien. Elle: «On s’est assis par terre comme deux gosses. On est parti dans une impro interminable, on riait aux larmes, et la série était déjà là. Notre histoire d’amour aussi, en fait.»

Ils mettront quand même quatre ans à se l’avouer. A l’époque, tous deux sont mariés. Lui avec Gaëlle, la mère de ses deux garçons, Simon et Jules, nés en 2000 et 2001; elle avec le comédien Thomas Jouannet (qui a grandi à Genève), avec qui elle a eu une fille, Chloé, née en 1997.

Petit exercice jouissif: replongez-vous dans l’interview que Chouchou et Loulou ont donnée ensemble en 2001 sur le plateau de Thierry Ardisson, disponible sur YouTube. L’animateur essaie de les faire craquer en évoquant leurs conjoints respectifs. Eux jouent les vierges effarouchées, racontant qu’ils ont organisé des sorties à quatre pour que tout le monde s’apprivoise.

Chassez le naturel… surtout si Cupidon rôde aux alentours. Le tournage de la dernière saison à l’île Maurice, en 2003 (c’est cliché, mais les palmiers, le soleil, ça aide) aura raison de leurs dernières réticences. Le couple à l’écran en devient un à la ville. Deux divorces et cinq ans plus tard, Jean Dujardin épouse Alexandra Lamy à la mairie d’Anduze, dans le sud de la France, où ils ont acquis une maison. Leur nid d’amour et leur pare-feu médiatique.

Depuis, ça farte pour eux. On dit que le destin des Jeanlexandra s’est scellé sur la scène du théâtre parisien où ils interprétaient en 2006 un duo intitulé Deux sur la balançoire. Tous les soirs, Dujardin devait larguer sa belle en cris et en pleurs. Pas facile de se déchirer en public quand on est si fusionnel à la maison. Même s’ils savent très bien séparer le professionnel du privé. «Parfois il y avait des turbulences, reconnaît l’acteur. Mais quand tu les passes, tu en sors grandi, plus fort.»

UN FILM ENSEMBLE?

Une fois rentrés à la maison, ces deux-là peuvent discuter de leur métier pendant des heures en trempant des biscuits dans un pot de Nutella. «Ce serait vraiment compliqué d’être en couple avec une personne qui ne partagerait pas tout ça, qui ne saurait pas calmer nos angoisses ou deviner nos doutes», déclarait à l’époque l’acteur au magazine Elle.

Aujourd’hui, on attend bien sûr LE film où ils partageront, à parts égales, la vedette dans le style du Mr. et Mrs. Smith des Brangelina. Et pourquoi pas un bébé? Mais, quoi qu’il advienne de leurs carrières respectives, leur amour semble indestructible, comme dans les happy ends des meilleures comédies américaines. «Alexandra est ce qui m’est arrivé de mieux, dit-il. C’est une rencontre exceptionnelle, qu’on ne fait peut-être qu’une fois dans sa vie. Si je la perdais, ce serait le début de la chute.»

 


 

«Je dors! Je mange! Je vis!»

 

«L’illustré» a rencontré Jean Dujardin aux Etats-Unis. Décontracté, drôle, la nouvelle coqueluche du cinéma français croit en ses chances de remporter un oscar le 26 février prochain à Hollywood.

 

A votre avis, combien vaut Jean Dujardin aujourd’hui?

Je ne suis pas à vendre! Mon âme non plus! Par contre, j’ai un vieux stock de bouquins dont je souhaiterais me débarrasser. Si cela intéresse quelqu’un!

Cela ne vous gêne pas de lire dans la presse, maintenant, que vous êtes «bankable». Bref, d’être réduit à une vision comptable?

Ce qui serait gênant, c’est qu’on me dise que j’ai une haleine fétide ou les dessous de bras qui reniflent! (Rire.)

Et votre anglais, maintenant, vous le situez à quel niveau?

En progrès, mais peu mieux faire. Pour l’heure, je suis plus proche du gibberish (ndlr: une langue imaginaire, du charabia) que de l’anglais…

En attendant, les Américains vont devoir bien mémoriser votre nom? Ne craignez-vous pas une «yankeeisation» de votre nom en John from the Garden?

(Rire.) Non! Comme ça ne me viendrait pas à l’esprit d’appeler Clint Eastwood Clint du bois de l’Est!

Français, vous restez jusqu’au bout des ongles…

Oui! J’ai beau être un inconditionnel de Gene Kelly, je ne me vois pas devenir résident permanent à Hollywood. Cela dit, il n’est pas impossible que je fasse le grand écart entre les deux continents. Cela demande juste de la souplesse au niveau de l’organisation.

Qu’est-ce que vous ressentez quand vous êtes à Hollywood?

Ce qu’il y a de bien, en Californie, c’est que vous pouvez tourner à droite quand le feu est rouge! On devrait avoir ce privilège en France. C’est génial, car cela décongestionne le trafic! J’aime beaucoup également voir tous ces visages de stars peintes sur les façades des immeubles ou des parkings, la magie des studios Warner, de la Paramount, etc. Et puis il y a cette lumière si particulière ici, ainsi qu’une énergie incroyable. Hollywood, c’est le Vatican de la comédie! Le pèlerinage que doit faire au moins une fois dans sa vie un acteur. J’adore venir à Hollywood, car on vous motive. On vous pousse à donner le meilleur de vous-même. Je pense que je reviendrai. Pas nécessairement pour tourner un film américain! Qui sait, peut-être un nouveau film muet... Je ne veux pas trop anticiper, vous savez. Histoire de garder intacts ce bonheur, ces moments de joie intense!

 

«Hollywood, c’est le Vatican de la comédie!»
Jean Dujardin

 

A quel moment avez-vous su que vous alliez devenir acteur?

En regardant des films avec Jean-Paul Belmondo, Raimu, Lino Ventura, Bernard Giraudeau, Vittorio Gassman, Tognazzi. J’ai beaucoup accroché aussi avec les films de Claude Lelouch ou de Bertrand Blier.

Et que faites-vous quand vous ne tournez pas?

Je dors! Je mange! Je vis! Je soude aussi. Cela a débuté il y a trois ans. Je vais dans les marchés aux puces et j’achète des éléments métalliques que j’assemble. Ça donne des espèces de statues. Pour l’heure, je ne les ai montrées à personne. Mon père travaillait dans la métallerie. Je suis né avec l’odeur de la ferraille dans le nez. Je ne fais pas du figuratif. Il faut que ça aille vite. Je fais du sous-Kandinsky.

De vous à nous, quand Michel Hazanavicius vous a proposé The Artist, vous ne l’avez pas pris pour un fou?

Et comment! Il nous a fait cette offre au moment même où Avatar, un film en couleur et en 3D était en train de cartonner au box-office. Je ne pensais pas qu’il réussirait à financer un tel projet. Qui plus est un film en noir et blanc et muet de surcroît! Avec en plus des acteurs français jouant des Américains. Ce qui serait intéressant, c’est de tourner un film muet en couleur en 3D. Ça prouve quoi? Qu’il faut savoir prendre des risques et les assumer!

Un gars, une fille, un Golden Globe et après… un oscar?

Cette victoire aux Golden Globes laisse présager le meilleur, mais je ne tirerai aucun plan sur la comète. Des étoiles, de toute façon, j’en ai déjà plein la tête!

Propos recueillis par Frank Rousseau, Hollywood

 

 


 

«À chaque prix, il nous écrit»

 

Michèle et Yves Lebras ont été les professeurs du jeune Jean Dujardin pendant quatre ans. «Il est resté fidèle, accessible, comme un fils.»

Elle a du bagou et lui un style plus retenu, mais la même fierté dans le regard. Michèle et Yves Lebras, 65 et 63 ans, ont été les professeurs de Jean Dujardin. Ce sont eux qui, avant tout le monde, ont découvert le potentiel artistique du comédien le plus populaire du moment.

«La réussite de Jean, c’est un petit peu aussi la nôtre», s’exclament-ils dans le salon de leur maison bretonne de Locarn. Un portrait de Dujardin à l’âge de 20 ans trône au mur. Déjà la gouaille, le sourire, l’œil mi-crooner, mi-farceur. «Il était plus maigre et il en avait fait un complexe. Imaginez notre responsabilité, explique Michèle dans un sourire, si l’on avait mal fait notre boulot. Il serait peut-être serrurier.»

Son mari précise, en tendant une galette bretonne, que Jean a bossé dans l’entreprise paternelle comme serrurier en parallèle de ses études. Marrant: l’acteur a ouvert des portes avant d’ouvrir celles de la gloire.

Reprenons. Un jeune homme de 17 ans est venu un jour frapper à la porte du château de Plaisir, là où Michèle et Yves officiaient au sein de leur Théâtre en herbe. Cela ne s’invente pas, Plaisir, à côté de Versailles. Aujourd’hui encore, les parents de Jean Dujardin y habitent, tout comme les filles des Lebras qui, eux, ont préféré émigrer pour leur retraite en Bretagne. «On a tout de suite remarqué son charisme, son potentiel comique, même si lui n’en était pas conscient. Il était timide, presque introverti. Il a découvert le théâtre autant qu’il s’est découvert lui-même.» Leurs yeux pétillent à l’évocation de l’acteur fétiche de sa génération. «En 1989, on a monté un spectacle au château pour le bicentenaire de la Révolution, raconte Michèle. Jean jouait un paysan et un soldat. Je lui ai demandé ce qu’il voulait faire plus tard et il m’a répondu: «Etre une vedette!»

Ils y ont repensé, l’autre soir, dans le cinéma du village voisin qui projetait The Artist. Au milieu d’autres spectateurs qui n’imaginaient pas que ces deux-là avaient mis à la star le pied à l’étrier. «On a retrouvé notre Jean. Il a une profondeur nouvelle. A aucun moment il n’en fait trop.» Emouvant d’entendre ses deux professeurs. Un peu comme si l’on interviewait l’instit qui a appris à Einstein que 2 et 2 font 4.

Jean Dujardin n’est pas un ingrat. Il a reconnu ce qu’il leur devait en 2006 sur le plateau de Graines de star (l’artiste a gagné trois fois l’émission avec Brice de Nice). «Nous étions les invitéssurprise, s’enorgueillit Michèle. C’était très fort.»

La peur, le trac, on ne l’imagine pas en le voyant si à l’aise à l’écran, mais Dujardin doute souvent de lui-même. «C’est un grand bosseur. Il nous l’a avoué plus tard, mais il crevait de trouille lors de la première improvisation qu’on lui a imposée. Il s’est toujours forcé à faire ce qui l’effrayait.» Les voilà qui nous mettent la vidéo du dernier spectacle monté avec la classe de Jean, rebaptisée Cie Konénou. Même s’il est le seul à être devenu célèbre, ses camarades étaient très talentueux, affirment les deux profs. Le voilà à l’écran qui entonne L’été indien. Gros rires. Déjà les mimiques qui feront sa marque de fabrique. «Vous êtes d’accord, c’est déjà OSS 117», glisse Michèle. Jean leur a envoyé un texto après son sacre aux Golden Globes, ils espèrent en recevoir un nouveau leur annonçant l’oscar et/ ou le césar. «Il est resté fidèle, accessible. Comme un fils, ou disons un neveu!»



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Tags: Jean Dujardin, Alexandra Lamy, «Un gars, une fille», «The Artist», oscar 2012 Aller en haut de page Haut de page

 

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