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TOURISME
«ON S'EMM... À GENÈVE LE DIMANCHE»
Une insécurité grandissante, une rade que se disputent promoteurs et écologistes, des touristes qui sont revenus mais qui menacent de partir, et des travaux partout. L’image de Genève est écornée. Le président de Genève Tourisme nous vend cette ville qui, comme le dit son slogan, semble réellement «un monde en soi».

Par Laurent Favre - Mis en ligne le 04.08.2010
Avec les travaux qui prolifèrent un peu partout, mieux valait éviter la voiture. Mais à la gare de Genève Cornavin, l’accueil n’est guère plus enthousiasmant. Un long dédale de panneaux de bois aggloméré contourne d’autres chantiers. En haut de la rue du Mont-Blanc, qui relie la gare au lac, un vieux bus est monté sur des plots. Distribution de méthadone?

Non, de dépliants touristiques! Ah bon, c’est l’office du tourisme? Non, celui-ci se trouve deux cents mètres plus bas, au frais, bien caché dans le bâtiment de la poste.

La promenade se poursuit au bord du lac. La police contrôle un joueur de bonneteau et ses complices. Trois autres équipes d’arnaqueurs (le manipulateur, l’assistant, le guetteur) s’affairent à la va-vite des deux côtés du pont du Mont-Blanc, duquel on peut apercevoir que le jet d’eau n’est pas allumé.

L’horloge fleurie est bien là, mais il faut la chercher derrière les tentes dressées pour les Fêtes de Genève.

En catastrophe, les jardiniers ont remplacé les plantes vivaces censées célébrer l’année de la biodiversité par des fleurs plus colorées. Tout aussi pimpant, Jean-Pierre Jobin, cravate à motifs de jet d’eau, déborde d’enthousiasme pour nous expliquer que tous ces petits désagréments n’écornent pas l’image touristique de Genève...

Préférez-vous la nouvelle horloge fleurie «à l’ancienne» ou l’ancienne «nouvelle formule»?

Je préfère indéniablement la «classique», même si l’horloge de la biodiversité avait aussi sa raison d’être. L’image est beaucoup plus forte, colorée, tout aussi diversifiée, mais plus spectaculaire.

Etes-vous intervenu pour rendre aux touristes l’horloge fleurie de nos cartes postales?

Ce n’était pas nécessaire. Les courriers de lecteurs, les échos, les témoignages ont suffi. Les gens disaient: «On est déçu, c’est ça l’horloge fleurie dont on nous avait tant parlé?» Il paraît que c’est l’un des monuments les plus photographiés du monde…

Que révèle une petite histoire comme celle-là?

Une attente. Pour les touristes, Genève, c’est la rade et le jet d’eau. Pour nous, c’est un peu différent. Genève compte chaque année environ 1,5 million de visiteurs qui réservent en moyenne 2,1 à 2,2 nuitées et qui viennent pour quatre raisons également réparties: les organisations internationales, les affaires, les congrès expos et conférences, et le tourisme de loisir. Donc, ce que l’on nomme le «tourisme» ne représente qu’un quart des séjours! A Genève, les trois quarts des visiteurs viennent quasiment par obligation professionnelle.

Donc tout va bien? Les palaces genevois ont pourtant perdu 17% de leur clientèle en 2009…

Evidemment, tout ne va pas forcément bien, mais on a surmonté la crise. Deux points noirs ressortent de nos enquêtes, de manière flagrante. Le premier, c’est, encore, une image de cherté. Genève est chère, mais si vous voulez vous loger à Londres ou à Paris, c’est encore plus cher. Le deuxième point noir, c’est: on s’emmerde à Genève le dimanche. Le taux de remplissage de nos hôtels, qui est de 85% en semaine, tombe à 45% le week-end. On concentre nos efforts là-dessus, avec un certain succès parce que la tendance nous est favorable. Aujourd’hui, les gens multiplient les courts séjours urbains grâce aux vols low cost.

Vous avez quoi pour attirer les gens le week-end?

La destination Genève, c’est un rayon de 100 km. Vous pouvez aller au Mont-Blanc, à Gruyère, au Musée olympique. Le temps où l’on se faisait la guerre entre Vaud et Genève est heureusement révolu. On raisonne désormais en termes de région.

Donc, le fait que l’on croise de plus en plus de riches femmes voilées dans les boutiques chics de Lausanne ne vous gêne pas?

Non, je crois que l’on a dépassé ces clivages. Ce qu’il faut, c’est amener les touristes dans la région. Je me souviens qu’il y a quinze ou vingt ans, au Japon, une délégation de promotion touristique de Genève s’était retrouvée dans le même hôtel que la promotion touristique vaudoise, et elles s’ignoraient! Aux JO de Pékin, nous avions une action commune Genève-Lausanne et Vaud.

Les touristes arabes sont-ils revenus après le vote anti-minarets, la crise libyenne et l’affaire très médiatisée du Saoudien agressé l’an dernier durant les Fêtes de Genève?

Oui, et nous le savions depuis l’automne dernier. Dans les foires et les marchés touristiques que nous fréquentons, tous les échos laissaient entrevoir qu’il y aurait quasiment le même nombre de touristes.

Vous craignez davantage le décalage progressif du ramadan, qui «dérive» graduellement vers les dates des Fêtes de Genève?

C’est exact. Dès l’année prochaine, le ramadan nous «rattrape». (Il sort de sa serviette une feuille avec les dates comparées des Fêtes de Genève et du ramadan pour la période 2010-2015.) Cette année, le ramadan débute le 11 août. L’an prochain, ce sera le 1er août, puis du 20 juillet au 18 août en 2012, du 9 juillet au 7 août en 2013, etc.

Que pouvez-vous faire? Décaler vos dates?

Non. C’est une option qui n’est pas envisageable. Il y a déjà eu chevauchement par le passé et les Fêtes ont survécu. De plus, nous ne pouvons pas prédire avec certitude comment les musulmans vont réagir. Il y a ceux qui pratiquent de manière traditionnelle et qui restent chez eux. Et puis il y a ceux qui estiment que l’on peut concilier la pratique du ramadan avec un séjour à Genève. Les deux tendances existent. Cela dit, cette situation nous incite évidemment à prospecter d’autres marchés émergents: l’Inde, la Russie, la Chine.

Ces touristes trouveront-ils autant d’attraits à une rade si mal équipée?

Il y a du mieux. Au moins, ces vilains pavillons de bric et de broc ont été remplacés. C’est un pas de fait. D’autres pourraient concerner l’agrandissement de la Nautique, l’aménagement de plages. Il y a des projets, il y a une volonté politique, indéniablement. Et il y a une difficulté très genevoise qui fait que des compétences se superposent entre la ville et le canton.

Le lac est cantonal, mais les rives sont municipales. Dans un système à deux majorités opposées, la coordination est parfois… difficile.

Récemment, vous avez lancé un concours des plus belles terrasses genevoises. De votre propre aveu, le niveau général était très médiocre… C’est assez incroyable!

En effet…

On ne sait pas prendre le temps de vivre à Genève?

Je ne dirais quand même pas cela en cette période. Les pré-Fêtes et les Fêtes mettent Genève dans la rue. Dans cette ville, il y a des quartiers avec des ambiances. En termes d’aménagement, de mobilier urbain, ça pourrait être plus soigné. Il reste de bonnes idées à exploiter… Je sais que les grands palaces de la rive droite seraient très intéressés à pouvoir exploiter des terrasses ou des bouts de plage en bordure du lac. Moi, j’avais préconisé qu’un concours international soit lancé pour aménager la rade de Genève. Vous imaginez l’impact? C’est un site tellement exceptionnel!

Mais le simple fait de vouloir mettre du sable à la place de cailloux semble déjà être une question qui divise.

C’est Genève. Ce n’est pas compliqué, c’est Genève.



MAIS ENCORE...

EN TROIS MOTS

EasyJet

«Lorsque Stelios Haji-Ioannou est venu me parler d’EasyJet à Cointrin en 1997, voyager n’importe où en Europe coûtait 1000 francs. Aujourd’hui, c’est 100 balles! Ç’a été une révolution. Le consommateur en a bénéficié, l’aéroport de Genève en a bénéficié. Mais on ne peut pas exiger la même prestation, parce que ce n’est pas le même produit. Cela dit, je trouve toujours extraordinaire qu’EasyJet continue d’avoir l’image de la compagnie meilleur marché, alors que bien souvent, ce n’est pas le cas.»

Duisbourg

«Rassembler 300 000 personnes autour de la rade pour les feux d’artifice est toujours un soulagement quand tout se passe bien. Il y a toute une organisation, très rodée, avec la collaboration très étroite des différents services de police et de sécurité.»

Politique

«La politique active, c’est terminé. Je ne regrette pas d’avoir été candidat aux Etats en 2007. Ce fut une expérience passionnante. Je crois globalement avoir fait un bon score et une bonne campagne. Pas élu, mais aucun regret. Depuis, j’ai tourné la page.»



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Tags: Jean-Pierre Jobin, Genève, tourisme Aller en haut de page Haut de page

 

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