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LECTURE
FERGUSON NOUS REGARDE
Le plus américain des écrivains suisses sort deux livres. Entraîneur de basket, chroniqueur, philosophe, il observe notre monde avec drôlerie et avoue écrire avec jouissance. Cela se sent.

Par Marc David - Mis en ligne le 13.07.2010

 

La petite maison de Jon Ferguson se cache derrière un centre commercial désaffecté. On arrive un peu en retard et il s’en réjouit. «C’était bien, comme ça j’ai pu prendre ma sieste», dit-il, accent yankee gouleyant, relax, dépliant lentement son presque double mètre. Il tutoie, il a un naturel absolu que l’humoriste Donet-Monet a pris plaisir à décrire dans la préface de son dernier livre. «Je suis le même partout et avec tout le monde, confirme-t-il. Si j’étais président des Etats-Unis, je serais comme cela. Je m’amuse à observer les gens qui jouent à être des autres, comme certains entraîneurs de basket.»

Décontracté mais incisif, cool mais prêt à déceler le sens sous l’écorce des apparences. Ses livres sont ainsi, à facettes, simples et profonds, philosophiques et ordinaires. Drôles, aussi. Il les écrit dans son sous-sol, chaque matin de congé dès 5 heures, avec juste une lucarne placée audessus de lui. Ensuite, il se précipite au fitness. «Sinon, je deviendrais fou.» Il explose de liberté. Ecrit de plus en plus. Treize livres depuis douze ans, sept depuis trois ans. Des romans, des chroniques, du théâtre, des nouvelles bientôt. Deux opus coup sur coup, publiés ces jours*. Bourrés de pépites et de phrases qui tournent, qui restent. Une seule? «Comment peut-on applaudir la chute des talibans ou l’humiliation de l’Amérique? Parce qu’on applaudit un autogoal.» Son riche bagage philosophique s’exprime à travers des histoires quotidiennes ou des plongées dans l’univers du sport, dont il ausculte les mécanismes. Ferguson, c’est l’anti-Domenech. «Moi, ma première pensée va vers le coach adverse. Aucun résultat sportif n’a d’importance», dit celui qui fut entraîneur de basket pendant trente-cinq ans (Nyon, Lausanne, Morges, etc.) et qui va le redevenir bientôt.

Né en Californie, il débarque en Suisse en 1973, avec de quoi tenir pour quinze jours. Jeunesse dans une famille très chrétienne, parti pour le succès, il serait peut-être sénateur s’il était resté en Amérique. Tout lui réussissait jusqu’à ce qu’il traverse une crise intellectuelle: le système d’éducation, le Vietnam, il avait besoin d’air. En Suisse, il est devenu prof, entraîneur, peintre, écrivain. Il n’a peur de rien, c’est ce qu’il a gardé de l’Amérique. «Pour moi, l’échec n’existe pas, je ne suis jamais nerveux.» Aujourd’hui, son thème principal est «l’humanité, qui devient quelque chose de très étrange. Petit à petit, j’enlève les couches de la logique, sport, famille, mort.» Good job, Jon.

«30 ans de réflexion», chroniques, Olivier Morattel Editeur

«Le déluge», roman, Ed. Castagniééé


SES BONS PLANS CULTURE DE L’ÉTÉ


 

«Quand je suis arrivé en Suisse, j’y allais une fois par semaine. Encore aujourd’hui, j’y retourne pour les tableaux du lac, les paysages. Maintenant, ils font aussi partie de moi.»

La salle Ferdinand Hodler du Musée d’art et d’histoire, à Genève.


 

«Updike est l’auteur qui m’influence le plus, avec Nietzsche. Il parle des grands sujets sans mots savants, mais avec profondeur. La plus belle plume que je connaisse en anglais.»

«Rabbit est riche», de John Updike, Ed. Folio.


 

«J’écoute sans cesse le dernier Dylan. C’est un grand poète, avec une écriture magnifique.»

«Together Through Life», de Bob Dylan.


 

«Je n’ai jamais autant ri à un spectacle. J’étais en larmes.»

«Attention!», le one man show de Marc Donet-Monet.



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Tags: Jon Ferguson, littérature, chronique Aller en haut de page Haut de page

 

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