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WIKILEAKS
JULIAN ASSANGE, L'HOMME TRAQUÉ
Il se cache dans un endroit secret et a Interpol aux trousses. En révélant plus de 250 000 télégrammes diplomatiques américains, le hacker australien, dont le site a été hébergé en Suisse, a bouleversé le paysage politique international.

Par Robert Habel - Mis en ligne le 07.12.2010

C’est un homme en sursis, recherché par Interpol et pourchassé par les services secrets américains. Un homme traqué qui, dans ce village planétaire qu’est devenu le monde, vit depuis plusieurs mois dans une espèce de semi-clandestinité incertaine et précaire, s’en remettant à des réseaux d’amis pour l’héberger et le protéger tant bien que mal, voyageant sans cesse et changeant presque chaque jour de domicile. Il a vécu en Suède l’été dernier; il est passé par la Suisse début novembre (il y a d’ailleurs son adresse légale et son compte postal); il se planquerait, depuis quelques jours, dans le sud-est de l’Angleterre.

Julian Assange, 39 ans, hacker de génie et fondateur il y a cinq ans du site WikiLeaks, qui vient de révéler sur l’internet 250 000 documents diplomatiques secrets américains, est aujourd’hui l’ennemi public numéro un de la planète: son nom déchaîne la fureur et la haine des gouvernements et des dirigeants politiques, pour une fois réunis contre le même bouc émissaire. Poursuivi par la justice suédoise pour une affaire d’agression sexuelle et de viol qui paraît cousue de fil blanc, il risque aussi et surtout, en cas d’arrestation, d’être extradé ensuite aux Etats-Unis, où des responsables l’ont dénoncé comme un «criminel» et où la justice locale s’empresserait sans aucun doute de lui régler son compte.

Julian Assange sera-t-il encore en liberté dans quelques jours? Sera-t-il toujours en vie? Si le sort de cet Australien atypique - visage fin et intériorisé, regard dur et froid, allure secrète et presque fuyante - tient en haleine le monde entier, c’est qu’il semble surgir de l’avenir. De notre avenir! Né en 1971 au milieu de nulle part, à Townsville, sur la côte nordest de l’Australie, Julian Assange vit d’ores et déjà à l’ère de la révolution informatique.

L’histoire de Julian Assange, c’est d’abord celle d’un enfant puis d’un adolescent qui, ballotté au gré des circonstances familiales, a développé un sentiment de méfiance viscérale face à l’Etat. L’Etat, pour lui, ce n’est pas le brave assistant social qui vient apporter de l’aide; c’est Big Brother! Ce n’est pas le gentil fonctionnaire qui vient s’enquérir de votre bien-être, mais l’agent aveugle et anonyme qui, sûr de sa toute-puissance et de son impunité, prétend contrôler la vie des gens. Comme l’explique un journaliste du New Yorker, Raffi Khatchadourian, qui lui a consacré une longue enquête, le fondateur de WikiLeaks a vécu jusqu’à 11 ans dans une espèce de joyeux chaos familial, synonyme de liberté, avant de basculer pendant cinq ans, de 11 à 16 ans, dans une sorte de fuite permanente et d’errance complète avec sa mère, qui craignait que son ancien compagnon ne veuille kidnapper son fils. «Assange, écrit-il, se souvient toujours du jour où sa mère lui a dit: «Maintenant nous devons disparaître.» Car elle était sûre que son ex avait des taupes dans l’administration, des complices parmi les fonctionnaires.

IL DÉCOUVRE L’ORDI

Ce qui va changer la vie du jeune Julian, c’est le magasin d’en face: un magasin d’électronique. Il apprend d’abord à écrire des programmes sur un Commodore 64, puis sa mère lui offre, lorsqu’il a 16 ans, son premier ordinateur. Début d’une vocation, d’un mode de vie, d’une vie à part. Très vite, il pénètre les systèmes les plus sécurisés (le Département de la défense américain, la société de communication Nortel, etc.), avant de créer avec deux amis les Subversifs internationaux.

Julian Assange est devenu un geek, évidemment, mais un geek qui, au lieu de se renfermer sur son écran, s’est ouvert au contraire sur le vaste monde. Il a soudain le monde devant les yeux et il en découvre les injustices, les mensonges, les inégalités. Et c’est sa propre histoire, de nouveau, qui va attiser son sentiment de révolte. D’une part parce que l’Etat finit tout de même par le débusquer et par le poursuivre, après ses innombrables intrusions dans les systèmes informatiques de nombreuses entreprises; d’autre part parce que l’Etat, en l’occurrence les services sociaux, veut lui enlever le droit de garde de son fils, né d’une brève aventure et d’un mariage encore plus bref, à 18 ans.

LA MENACE DE L’ÉTAT

Quand l’Etat lui confisque tout son matériel informatique, Julian Assange pense à Soljenitsyne qui raconte, dans Le premier cercle, la tragédie des scientifiques envoyés au goulag: il lit et relit trois fois le roman. «Quelles étranges similitudes avec mes propres mésaventures!» s’exclame-t-il. Et, quand l’Etat veut lui enlever son fils, Julian Assange se bat avec une ténacité implacable et finit par trouver un accord avec son ex-femme. «Nous voyions une énorme bureaucratie qui écrasait les gens», explique alors sa mère.

Julian Assange est toujours ce génie de l’informatique, mais il est aussi cet homme blessé qui a fait l’expérience de ce qu’il perçoit de plus en plus, avec une espèce d’acuité douloureuse et presque hallucinée, comme la violence intrinsèque de l’Etat. «L’Etat, le plus froid des monstres froids», disait Nietzsche. Assange étudie Kafka, Koestler, George Orwell, ces grands défenseurs de l’individu contre les systèmes totalitaires. Il imagine surtout, au fil de sa vie redevenue passablement errante (nomade invétéré, il change de job comme de chemise et voyage ici et là), de créer, grâce à l’informatique, un puissant instrument de liberté. Contre les agents de l’Etat, «collaborant en secret et œuvrant au détriment de la population», il rêve d’un réseau universel alimenté par tous les révoltés et par tous les honnêtes gens de la planète, qui viserait à rétablir non seulement une certaine transparence, car le mot reste faible, mais à faire entendre de nouveau la voix de la vérité. La vérité contre les mensonges d’Etat. La vérité contre les mensonges des multinationales. La vérité comme idéal et comme respiration des sociétés démocratiques.

LA POLITIQUE US MISE À NU

En fondant WikiLeaks, en 2006, Julian Assange a choisi son destin. Son objectif: mettre sur l’internet des documents secrets que les Etats ou les grandes entreprises étouffent précautionneusement. La moisson de cette année? Des centaines de milliers de documents secrets sur la guerre américaine en Irak, des centaines de milliers de documents secrets sur la guerre américaine en Afghanistan, des centaines de milliers de notes diplomatiques secrètes entre Washington et les ambassades américaines dans le monde… Une succession de documents qui mettent à nu la politique du gouvernement américain et démasquent ses véritables intentions.

Julian Assange est en danger, mais sa révolution est en marche!

 


 

DARIUS ROCHEBIN AVEC JULIAN ASSANGE

«J’ai senti un homme aux aguets»

Darius Rochebin l’a reçu sur le plateau du Journal, le 4 novembre dernier. «On a passé environ deux heures et demie ensemble, explique-t-il, de 18 h 30 à 21 heures, avec notre rédacteur en chef Bernard Rappaz. Ce qui m’a frappé, c’est que son origine australienne n’est sans doute pas indifférente à son combat. Quand il a évoqué sa jeunesse dans ces petites villes aux confins du monde, j’ai senti que sa passion de l’informatique lui avait permis de sortir de son isolement. On sent qu’il est porté par sa mission, sous tension, pris dans un maelström planétaire. Ses amis disent qu’il peut rester des journées entières devant l’ordinateur, sans manger, sans boire, totalement concentré sur son combat. Il a l’air en permanence aux aguets. Il est venu au tout dernier moment, juste avant l’émission, avec deux gardes du corps et des amis qui l’hébergeaient, et il est reparti juste après. Quand il est venu, il était grippé, mais il était complètement attentif et présent.»

 


 

«UNE LÉGITIMITÉ QUI RESTE DOUTEUSE»

Ancien rédacteur en chef de «La Tribune de Genève» et auteur de plusieurs livres sur l’éthique de la presse, Daniel Cornu vient de publier «Les médias ont-ils trop de pouvoir?» aux Editions du Seuil.

 

La publication des documents diplomatiques secrets par WikiLeaks estelle légitime?

Il faut distinguer entre l’obtention de ces documents par WikiLeaks, qui s’est faite de manière évidemment illégale, puisqu’elle résulte d’une fuite de documents secrets de l’administration américaine, et sa mise à disposition, grâce à l’internet, pour l’opinion publique. Ces documents diplomatiques ne relèvent pas du même niveau de secret: il n’y a pas de documents classés top secret, le plus haut niveau, mais des documents considérés comme secrets ou confidentiels. Toute la question est de savoir si cette classification est juste. Il ne suffit pas de dire que la révélation est illégale, encore faut-il prouver que le secret était légitime.

Est-ce légitime en l’occurrence?

Je vous répondrai par une autre question: si la publication était tenue par WikiLeaks comme absolument légitime et évidente, le site aurait-il passé, comme il l’a fait, par de grands médias reconnus – Le Monde, The New York Times, etc. - afin de vérifier l’ensemble des données et de blanchir ainsi l’opération? Si les médias n’ont plus le monopole de la diffusion de l’information depuis l’apparition de l’internet, ils restent indispensables au débat public en termes d’expertise et d’analyse.

La publication est donc utile.

A mon avis, l’intérêt de la grande majorité des documents retenus n’est pas tel qu’ils méritaient à coup sûr une publication. Les diplomates américains confirment par exemple l’américanophilie de Sarkozy, mais qui pouvait l’ignorer? J’ai trouvé, au fond, peu de sujets sur lesquels j’ai appris quelque chose. Les plus intéressants, sans doute, étant ceux qui concernent les relations entre la Chine et la Corée du Nord, ainsi que la confirmation des craintes des pays arabes à propos de l’Iran.

Pensez-vous que WikiLeaks, et son fondateur, symbolisent la tyrannie de la transparence généralisée ou, au contraire, l'information citoyenne à l'heure d'Internet? Exprimez-vous!


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Tags: Julian Assange, WikiLeaks, Interpol, Irak, Etats-Unis, Darius Rochebin, Daniel Cornu, Anna Ardin Aller en haut de page Haut de page

 

Pensez-vous que WikiLeaks, et son fondateur, symbolisent la tyrannie de la transparence généralisée ou, au contraire, l'information citoyenne à l'heure d'Internet? Exprimez-vous!

R'Nest, le 21.01.2011 à 23:57

Si on se souvient bien, la glaznost soviétique a mis fin au régime communiste! Et bien souvent, dès qu'on soulève le tapis, la poussière de cadavres dérangeants saute soudain dans la lumière! la vérité! Cela signifie que si on supprime le tapis, il faudrait admettre de vivre nu, c'est-à-dire de ne rien avoir à cacher, ne rien garder d'inavouable. Que ce soit le bénéfice sur un article vendu, la fortune héritée ou gagnée, les salaires servis ou reçus, les spéculations et autres gains ou pertes d'argent! En corrigeant l'adage incorrect qui parle de sphère privé quand il s'agit d'argent alors qu'en fait, ce sont justement les liens sociaux que nous tissons qui rapportent de l'argent et que finalement, ce sont ces échanges qui permettent la prospérité d'un pays, d'une région. En politique, il faudrait admettre que notre but ultime est bien le pouvoir,qu'on rêve d'être le chef, le boss, et pourquoi pas, le roi! La transparence à tous points de vue permet de construire la vérité. La vérité permet la clairvoyance. La clairvoyance permet d'appréhender le monde avec les données nécessaires à notre développement personnel et celui de notre société. L'expression "Tyrannie de la transparence généralisée" est déjà tendancieuse... et laisse paraître cette ambiguité constante qui veut tout savoir, d'une part et qui voudrait quand même avoir quelques secrets à imaginer! Il est évident que la sphère privée, son pré carré, ses données personnelles ne font pas partie de cette transparence... alors qu'en fait, c'est ce qu'on adore livrer à ses amis, à la presse people, à faire valoir auprès de qui voudra bien y prêter attention! "Change et le monde changera!" disait Gandhi. On a encore du boulot!

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DARIUS ROCHEBIN INTERVIEW JULIAN ASSANG SUR LA TSR

JULIAN ASSANGE, IRRITÉ PAR LES QUESTIONS D'UNE JOURNALISTE DE CNN, MET FIN À L'INTERVIEW

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