Recherchez
« Article précédent Article enquête n°42/60 Article suivant »
ASSASSINAT DE JFK
KENNEDY, LE FILM QUI PEUT TOUT CHANGER
Les grands chefs mafieux ont fait tuer Kennedy. C’est la thèse que défendra le prochain film événement consacré à l’une des plus grandes énigmes du XXe siècle. Un long métrage produit et interprété par Leonardo DiCaprio, prévu pour 2013, l’année qui marquera les 50 ans de la mort de JFK.

Par Yan Pauchard - Mis en ligne le 01.12.2010

Nous sommes au début de l’année 1963, au Royal Orleans Hotel. Assis sur les canapés d’un salon feutré, deux hommes attendent, deux hommes parmi les plus dangereux du sud des Etats-Unis. Il y a Carlos Marcello, le Sicilien né à Tunis, qui règne sans partage sur les mafias de Louisiane et du Texas, réputé pour offrir le cadavre de ses ennemis en pâture aux alligators des bayous. Il y a ensuite Santo Trafficante, de Tampa, le parrain de la Floride, l’un des chefs les plus influents de la Pizza Connection. Entre enfin Frank Ragano, fameux avocat, celui du crime organisé de Chicago, venu apporter un message de Jimmy Hoffa, président du puissant syndicat des camionneurs. «Vous ne croirez jamais ce que Hoffa m’a demandé de vous dire, commence Frank Ragano. Jimmy veut que vous tuiez le président!» Les deux mafieux n’affichent aucune surprise. Ils esquissent même un petit sourire entendu. C’est peut-être ce soir-là, en plein cœur du quartier français de La Nouvelle-Orléans, qu’a été scellé le destin de John Fitzgerald Kennedy, 35e président des Etats-Unis.

INFILTRÉ DANS LA MAFIA

Cette rencontre a été évoquée pour la première fois le 14 janvier 1992 dans un article du New York Post, confortant la théorie du complot mafieux. Une thèse qui va sans aucun doute rebondir ces prochains mois avec un film événement consacré à l’assassinat. Un long métrage qui fera grand bruit, pas seulement parce que sa sortie est prévue pour le 22 novembre 2013, date anniversaire des 50 ans de la mort de Kennedy. Legacy of Secrecy (Le secret en héritage), inspiré du livre éponyme, sera produit et interprété par l’un des acteurs les plus engagés de Hollywood, Leonardo DiCaprio.

«Jimmy Hoffa veut que vous tuiez le président!»
Frank Ragano, avocat de la pègre de Chicago, à différents chefs mafieux

En 2006, le comédien avait fait trembler l’industrie diamantaire au travers de son rôle de mercenaire dans Blood Diamond, qui dénonçait le financement des guerres en Afrique par le trafic de pierres précieuses. Cette fois, c’est dans la peau de Jack Van Laningham que DiCaprio va se glisser. Cet ancien escroc engagé par le FBI pour infiltrer la Mafia aurait appris de la bouche même de Carlos Marcello que ce dernier était le commanditaire de l’assassinat du président. Il lui aurait également avoué avoir lui-même recruté Lee Harvey Oswald, l’homme qui tirera sur JFK à Dallas. Une information restée secrète jusqu’à ce qu’elle soit révélée en novembre 2009 justement par Lamar Waldron et Thom Hartmann, les auteurs de Legacy of Secrecy.

Dès son annonce le 19 novembre dernier, le film a enflammé le Net. On se demande quel réalisateur choisira DiCaprio: Martin Scorsese, qui l’a fait tourné dans Gangs of New York et Les infiltrés, ou Clint Eastwood pour qui l’acteur va prochainement incarner J. Edgar Hoover, l’historique patron du FBI? Qu’importe, la trame du scénario est déjà commentée, discutée, controversée.

L’assassinat de Kennedy reste une des énigmes les plus fascinantes du XXe siècle. Et des innombrables théories du complot – on y retrouve pêlemêle la CIA, le vice-président Lyndon Johnson, le Klu Klux Klan, les lobbys pétroliers, Fidel Castro, le KGB, les mouvements sionistes, l’industrie de l’armement, jusqu’à la mafia corse et la société secrète des Illuminati –, celle du crime organisé est l’une des plus crédibles. Car son ombre plane sur toute la saga du clan Kennedy. C’est la part sombre du mythe. Comment ne pas se souvenir que Joe Kennedy, le patriarche, le père de JFK, a assuré la fortune familiale dans les années 20 grâce à la prohibition. Comment ne pas songer à ces rumeurs persistantes que ce même Joe, pour assurer l’élection de son fils, a pactisé avec l’un des puissants parrains de Chicago, Sam Giancana, afin que la pègre intervienne sur le scrutin, notamment en Illinois ou en Virginie. Comment ne pas sourire au fait que Frank Sinatra servira d’intermédiaire entre JFK et ce fameux Giancana, avec qui il a d’ailleurs partagé une maîtresse, Judith Campbell. Quand il parlait du démocrate, le gangster ne l’appelait-il pas «son homme à la Maison Blanche»?

«Marcello, Hoffa et Giancana avaient le mobile et les moyens de tuer le président»
Commission d’enquête du Congrès, 1979

Mais alors pour quelle raison la Mafia aurait-elle voulu la perte de JFK? Par vengeance. Après l’élection présidentielle, le crime organisé attendait un retour d’ascenseur. Il ne viendra pas. Pis, John F. Kennedy nommera son frère Bobby au poste d’attorney général (l’équivalent du ministre de la Justice). Plein d’idéaux, ce dernier va mener une guerre impitoyable contre la pègre. Le 4 avril 1961, il n’hésitera pas, ainsi, à faire arrêter Carlos Marcello et à l’expulser du territoire américain. De retour illégalement au pays, celui-ci vouera une haine implacable aux deux frères. En 1962, c’est lui qui aurait déclaré au détective privé Edwin Nicholas Becker cette phrase restée célèbre: «Un chien continuera à vous mordre si vous lui coupez la queue, tandis que si vous lui coupez la tête…» En clair, pour stopper l’attorney général, il faut s’attaquer à son responsable… le président.

OPÉRATION SECRÈTE

Reste une objection. Si ce sont bien les chefs mafieux qui ont fait tuer Kennedy, pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas tout fait pour les arrêter? C’est là l’une des thèses fortes du livre Legacy of Secrecy. Selon les auteurs, juger les grands parrains aurait abouti à dévoiler le fait que ceux-ci collaboraient alors étroitement avec la CIA sur une opération ultrasecrète du nom de code AMWORLD, soit l’assassinat et le renversement de Fidel Castro. De telles révélations auraient été catastrophiques. Elles auraient jeté une lumière crue sur les agissements de la CIA, qui a utilisé les réseaux mafieux pour renverser différents régimes en Amérique du Sud. Surtout, en pleine guerre froide, elles auraient placé les Etats-Unis, encore traumatisés par la crise des missiles, dans une situation plus que délicate face à l’URSS, protectrice de Cuba. Les efforts au plus haut niveau pour dissimuler cette opération auraient ainsi eu comme conséquence tragique d’empêcher une enquête efficace sur l’assassinat de JFK. Seize ans plus tard, en 1979, pourtant, l’une des conclusions de la deuxième commission d’enquête du Congrès stipulera: «Carlos Marcello, Hoffa et Giancana avaient le mobile, les moyens et la possibilité de tuer le président des Etats-Unis.» Presque une reconnaissance officielle.

En 2013, année du cinquantenaire de la mort de JFK, le film de Leonardo DiCaprio pourrait enfin imposer cette thèse une fois pour toutes.

 


LES REMORDS DU GARDE DU CORPS

Pour la première fois, un membre de l’escorte de Kennedy témoigne.

L’assassinat de JFK a généré plus de 2500 ouvrages. Le dernier en date, The Kennedy Detail (L’escorte de Kennedy), offre un témoignage rare. Pour la première fois, un membre des services secrets chargés de la protection rapprochée du président, Gerald Blaine, y raconte sa version de ce funeste 22 novembre 1963. Si le livre ne contient pas de révélation, il offre néanmoins un récit à la fois trépidant et intime sur ces heures qui ont changé l’Amérique. Gerald Blaine y décrit un Kennedy énergique, chaleureux, aimant plonger dans la foule au mépris des avertissements de ses gardes du corps. L’auteur raconte encore la tristesse et les remords qui ont poursuivi les agents présents à Dallas toute leur vie. Ils avaient échoué dans leur unique mission: protéger le président.

 


«Les Kennedy sont notre royauté»

Charles Adams avocat américain établi à Genève, démocrate, fut notamment membre du Comité de financement de la campagne d’Obama.

 

Pourquoi la mort de Kennedy fascine-t-elle toujours autant?

Son assassinat a été un choc terrible, pour l’Amérique, pour le monde. Je me souviens parfaitement de ce 22 novembre 1963. J’avais 16 ans, je vivais à Casablanca, où mon père officiait comme diplomate. Le lendemain, une file de plus d’un kilomètre s’était formée devant le consulat des Etats-Unis, des gens, des Marocains souhaitant juste témoigner dans le livre de condoléances.

Comment expliquez-vous ces réactions?

Kennedy symbolisait le renouveau, la jeunesse, l’espoir d’un monde meilleur.

Aujourd’hui, que reste-t-il de son héritage?

Politiquement, peu de choses. Il n’a pas eu le temps de bâtir une œuvre. Il reste un personnage mythique, le reflet d’une génération également mythique, avec ses Marilyn Monroe, Grace Kelly ou ses Martin Luther King. Enfin, pour nous, Américains, les Kennedy, avec leurs drames et leurs frasques, sont devenus notre royauté.

Selon le prochain film de Hollywood, c’est la Mafia qui aurait fait assassiner Kennedy. Qu’estce que cela vous inspire?

Je n’ai jamais cru à ces théories du complot. De même que la commission d’enquête Warren, je pense qu’il s’agit là du geste insensé d’un illuminé du nom de Lee Harvey Oswald. Mais je comprends que, face à un drame d’une telle amplitude, on cherche à trouver autre chose que la réalité.

Pourtant, JFK semblait entretenir des liens troubles avec la Mafia?

Moins lui que son père, Joe, le patriarche, un antisémite notoire qui a fait fortune lors de la prohibition.



Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace  


Tags: Kennedy, JFK, Mafia, FBI, assassinat, 1963, Dallas, Leonardo DiCaprio, cinéma, film, «Legacy of Secrecy», Charles Adams Aller en haut de page Haut de page

 

LA SÉQUENCE OÙ JFK EST ABATTU

LA FACE CACHÉE DU CLAN KENNEDY

JFK: LES DESSOUS D'UNE PRÉSIDENCE (1/3)

JFK: LES DESSOUS D'UNE PRÉSIDENCE (2/3)

JFK: LES DESSOUS D'UNE PRÉSIDENCE (3/3)

JOHN F. KENNEDY: «ICH BIN EIN BERLINER»

MARYLIN MONROE CHANTE «HAPPY BIRTHDAY MR PRESIDENT»

LA DÉPENDANCE AU SEXE DE JFK

L'INTÉGRALITÉ DU DOCUMENTAIRE «JFK: LES DESSOUS D'UNE PRÉSIDENCE» PEUT ÊTRE LOUER EN LIGNE SUR LE SITE DE VODEO.TV

Cliquez ici »

A lire aussi

PARTI NÉONAZI EN GRÈCE

Ce fasciste qui fait trembler la Grèce

La percée du parti néonazi l’Aube dorée et de son leader, Nikos Michaloliakos, inquiète les démocrates du monde entier. Enquête. »


RIO DE JANEIRO

Planète poubelle

Ils écument depuis trente-six ans la plus grande décharge du monde. Primé pour ce travail, le photographe genevois Fred Merz rend hommage à ces milliers de «catadores». »


PAYS-PRISON

La muraille de Corée

Le dernier Etat stalinien de la planète se mure derrière des frontières hermétiques pour empêcher l’exode de ses citoyens opprimés. Reportage le long de 1673 km de barbelés. »

Page générée en 528 ms.