Une impressionnante pile de lettres d’admirateurs encombre la table de la cuisine. Il en arrive chaque jour de nouvelles! «Regarde, même la présidente de commune t’a écrit», lance, épatée, Karen Cook, la mère d’origine anglaise de la nouvelle Miss Suisse, Kerstin, 21 ans, qui revient chez elle à Kriens (LU) pour la première fois depuis son sacre, le 25 septembre.
Karen et Derek Cook vivent dans cet appartement depuis près de trente ans, avec leurs trois enfants, Richard, James et Kerstin. Petite ville industrielle sans grand charme, Kriens peut désormais s’enorgueillir de compter parmi ses administrés une reine… de beauté. «J’ai toujours su qu’un jour un des Cook ferait parler de lui, confie James, 23 ans. Mais je ne suis pas mécontent qu’il ne s’agisse pas de moi. Kerstin a certainement plus d’atouts pour affronter la vie publique.»
Le clan Cook fête sa nouvelle étoile. Kerstin éclate de rire en écoutant sa mère relater ses courses à la Migros: «Mon Dieu, c’était pénible. Des gens que je ne connaissais pas m’abordaient. Je n’arrêtais pas de dire à Derek: «Allez, maintenant on y va!» C’est un peu trop pour moi.» Les parents de Kerstin parlent tous deux l’anglais, mais aussi l’allemand, avec un léger accent. Kerstin, Richard et James maîtrisent, eux, le dialecte lucernois, ainsi qu’un anglais parfait.
«Mes parents se sont sacrifiés pour nous. Je vais pouvoir leur redonner quelque chose»
Kerstin Cook
A midi, le petit ami de Kerstin, Silvan Büchli, débarque. Le jeune homme, âgé de 20 ans, occupe le poste de défenseur central au sein de la première équipe du FC Lucerne. Sa relation avec Kerstin intrigue désormais la Suisse entière. Les gens parient déjà sur leur future rupture, mais lui s’en moque.
Enfant déjà, Kerstin Cook attirait l’attention. «Ma fille a toujours été de bonne humeur, communicative, pleine d’entrain», avoue Karen. «Une vraie petite princesse, renchérit Derek, mais de celles auxquelles il faut parfois tirer les oreilles.» Ainsi, un jour que le père s’était assoupi sur le canapé, Kerstin lui écrit «sleepy» (endormi) sur le front au stylo-feutre! Etant la cadette, et de surcroît la seule fille, on lui pardonnera beaucoup…
A l’âge de 13 ans, arpentant la gare de Lucerne, elle tape dans l’œil d’une chasseuse de têtes. L’année suivante, elle pose pour ses premières photos. Derek et Karen ne sont pas rassurés. Ils ne quittent pas leur fille des yeux. «Un jour, à l’occasion d’une séance photo à Montreux, j’ai attendu Kerstin pendant neuf heures dans la voiture», raconte sa mère.
«J’ai l’habitude que tous les regards se tournent vers Kerstin»
Silvan Büchli, son amoureux
La mère de Miss Suisse 2010 est originaire de Windsor, le père est Anglo-Suisse. Six mois après s’être marié en Angleterre, le couple Cook gagne la Suisse, à l’automne 1980. Les jeunes époux parlant à peine l’allemand, ils doivent tout reprendre de zéro. Remplir la déclaration d’impôts se révèle un exercice périlleux. Le ménage est criblé de dettes. Karen choisit de rester à la maison pour prendre soin de Richard et James. Derek, lui, travaille à l’usine en tant que mécanicien sur machines. En dépit des soucis financiers du ménage, Mme Cook espère encore accoucher d’une petite fille. Elle sera exaucée. En attendant, pour joindre les deux bouts, elle fait des ménages, le soir.
Fins de mois difficiles
Cette existence précaire soude le clan Cook. «Souvent, à la fin du mois, il ne nous restait rien», se souvient Karen. Les Cook mangent rarement de la viande. «Notre ordinaire était constitué de haricots anglais, de boîtes de raviolis, de soupe, de plats au fromage.» Mme Cook achète les vêtements des enfants aux soldes, ou alors en Angleterre. «Pour tout cela, je ne regrette pas grand-chose de mon enfance, avoue Miss Suisse 2010, même si mes parents ont toujours veillé à ce que l’on se sente bien.»
Une fois par an, Kerstin va voir sa famille en Angleterre. Pour une question de coût et d’attachement à son pays d’origine, elle a choisi de suivre une formation là-bas. Bien que n’ayant pas obtenu son bac, elle suit un programme de cours dans l’espoir de devenir physiothérapeute.
Quand on lui demande ce que lui inspire le nouveau traitement salarial de sa fille, Derek Cook ne peut s’empêcher de sourire: «Incroyable, quand on pense que maintenant, elle gagnera plus en un jour que moi en un mois! Je me réjouis pour elle, et j’espère qu’elle épargnera cet argent pour son avenir.» En vérité, M. Cook souhaite surtout que sa fille ne s’éloigne pas trop de la famille.
Un vœu que Miss Suisse 2010 comprend mieux que quiconque. «Mes parents se sont sacrifiés pour nous, confie-t-elle. Je vais enfin pouvoir leur donner quelque chose en retour.»
Traduction et adaptation: Blaise Calame