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FOOT
KÖBI KUHN: «REAL MADRID DEVRAIT LICENCIER JOSÉ MOURINHO»
L’ancien coach de la Nati se bat aux côtés d’Alice, sa femme, accablée par de graves ennuis de santé. Un combat qui ne l’empêche pas de porter un regard acéré sur le foot actuel, pas toujours à son goût.

Par Christian Rappaz - Mis en ligne le 06.09.2011

Le Suisse de l’année 2006 est toujours aussi populaire. Sur la terrasse ensoleillée de la clinique de Wald, nichée sur les contreforts de l’Oberland zurichois, on le salue avec déférence ou on lui tape amicalement sur l’épaule. A bientôt 68 ans, Köbi Kuhn n’est pourtant plus sous les feux de la rampe depuis qu’il a pris congé de l’équipe suisse de football, fin juin 2008. Le coach fétiche de la Nati a passé sans transition des terrains aux couloirs des hôpitaux. Affectée par des problèmes de santé à répétition, son épouse y a passé le plus clair de son temps ces trois dernières années. Une longue épreuve, que son mari partage depuis le début. «Pendant quarante ans, elle a dû m’attendre à cause du football. Maintenant, c’est mon tour», dit-il, les yeux remplis d’amour. Souriant, positif, Köbi veut croire en des jours meilleurs, à ces voyages qu’il se réjouissait de faire avec sa femme et qu’ils ont été contraints de repousser. «Mais pas d’annuler, insiste-t-il. On fera des croisières. Il y a des ascenseurs sur les bateaux. Même sur une chaise, Alice peut profiter du voyage. Elle est très courageuse. Si tout va bien, nous pourrons rentrer à la maison en octobre», pronostique l’ancien stratège du FC Zurich, qui a aménagé sa chambre à côté de celle de sa femme et ne s’en échappe que le week-end, le temps d’un match et d’un apéro avec les copains. Au Letzigrund bien sûr. Le foot, l’autre passion de sa vie…

 

«Le manque de respect de Bulat Chagaev me choque profondément»
Köbi Kuhn

 

C’est admirable ce que vous faites pour votre femme…

Admirable? Non. Juste normal. On s’épaule depuis bientôt cinquante ans, on ne va quand même pas s’abandonner maintenant. Et puis je ne suis pas seul. Nous sommes entourés de personnes formidables. Le sport n’a pas l’exclusivité des grands champions. Nous recevons également beaucoup de messages d’encouragement de Suisse et d’Allemagne en particulier. Ces témoignages de soutien nous vont droit au cœur.

Le foot ne vous manque pas?

Avec tout ce qui nous est arrivé, je n’ai pas eu le temps de me poser la question. A vrai dire, le foot a occupé les deux tiers de ma vie et je me réjouissais de passer à autre chose, de retrouver pleinement ma femme et Viviane, ma fille, de profiter de ma retraite, de la vie. En attendant que mon rêve se réalise, un match de temps en temps suffit à mon bonheur.

Qu’est-ce qu’il vous reste de ces sept années passées aux commandes de la Nati?

Des tonnes de souvenirs bien sûr. Des bons, à l’image de notre qualification pour la Coupe du monde 2006, arrachée dans des circonstances douloureuses à Istanbul, et des mauvais, comme notre élimination en huitième de finale de cette même Coupe du monde aux penalties contre l’Ukraine. Le pire de tous, en fait. A chaque fois que j’y pense, j’ai les nerfs. Nous n’aurions jamais dû être éliminés. Nous étions supérieurs aux Ukrainiens et tout à fait prêts à affronter l’Italie en quart. Et je vous jure que nous, nous n’aurions pas perdu 3-0…

Si vous ne deviez garder qu’une image de votre longue épopée?

(Il réfléchit.) Celle de la banderole «Merci Köbi» que mes joueurs ont déployée à la fin de l’Euro 2008. Cela m’a beaucoup touché. Même si l’Euro se soldait par un échec, nous avons vécu de grands moments ensemble, connu pas mal de succès.

Malgré son palmarès et son aura, Ottmar Hitzfeld, qui vous a succédé, ne peut pas en dire autant pour l’instant…

Ce sont les joueurs, pas le coach, qui disputent les matchs et, quand on prend les rênes de l’équipe de Suisse, quel que soit son pedigree, on sait qu’on ne va pas tous les gagner. Mais Hitzfeld n’a pas dit son dernier mot concernant l’Euro 2012.

Avec six points de retard sur l’Angleterre et le Monténégro à trois matchs de la fin, il faudrait un miracle pour se qualifier. Vous y croyez?

Evidemment. Sinon, pourquoi jouer ces trois matchs contre la Bulgarie, le Monténégro et le Pays de Galles? La Suisse n’a plus le choix. Elle doit tout gagner. Sur la base de sa dernière performance contre l’Angleterre à Wembley (2-2), elle en est capable. Selon moi, elle a encore 10% de chances de se qualifier. C’est mieux que rien, non?

Les footballeurs suisses ont deux bras et deux jambes comme les autres, jouissent d’excellentes structures de formation, des infrastructures et des connaissances d’un des pays parmi les plus développés de la planète et, malgré tout, notre équipe nationale ne parvient pas à se hisser au niveau des meilleures, contrairement à des nations de taille comparable comme la Hollande, le Portugal ou le Danemark, qui ont toutes connu leur heure de gloire. Où est la faille?

D’abord, les pays que vous citez sont tous un peu plus peuplés que le nôtre et, surtout, ne possèdent pas autant de champions dans autant de disciplines. Les forces sont donc moins dispersées. Cela dit, il y a sans doute un problème de mentalité. Eu égard à notre niveau de vie élevé, peut-être sommes-nous trop vite satisfaits de nos performances. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard si nos talents les plus prometteurs sont quasiment tous des secundos. Mais on va y arriver. Bientôt, même. Nous avons des champions du monde juniors, des finalistes européens espoirs dans nos rangs. Le potentiel est là et ne demande qu’à exploser.

On dit que vous ne vous reconnaissez pas dans le football actuel. Nostalgique?

Au contraire, je m’identifie tout à fait à une équipe comme Barcelone, par exemple, dont le jeu, tout en vitesse, en technique et en disponibilité, correspond exactement à ma philosophie. Avec des virtuoses comme Xavi et Iniesta à mi-terrain, qui ne dépassent pas 170 cm, je me délecte. Allié au génie de Messi, l’ensemble touche à la perfection. Si l’Argentine évoluait sur le même rythme que le Barça, je suis sûr que Leo se montrerait tout aussi efficace. Quel bonheur de voir jouer cette équipe!

Plus que le championnat suisse?

Il ne faut pas mésestimer le championnat suisse. Il est d’un très bon niveau et se révèle particulièrement équilibré cette saison. Grâce à un nivellement par le haut, la hiérarchie est bouleversée. La compétition n’en est que plus ouverte et plus disputée. C’est bon pour le spectacle et le foot suisse.

Vous vous réjouissez du retour en force des clubs romands?

Bien sûr. Servette et Lausanne ont écrit quelques- unes des plus belles pages du foot suisse et leur place est sans conteste parmi l’élite. Grâce à leur politique de formation, ces clubs apportent une plus-value à notre football et pourquoi pas bientôt à l’équipe nationale.

Comme Xamax, Servette doit son salut à un investisseur étranger. Ça vous inquiète?

Pas du tout. Que les meilleurs clubs du pays conservent leur statut est plus important que le passeport de leur propriétaire. Je connais un peu M. Pishard, il me donne l’impression d’être bien intégré à Genève. Ce qui n’est pas le cas de M. Chagaev à Neuchâtel. En imposant un slogan en russe sur le tableau électronique de la Maladière ainsi que des chants et des danses traditionnelles tchétchènes avant les matchs, celui-ci fait preuve d’un total manque de respect. Cette façon de se moquer de l’identité locale et de ses hôtes me choque profondément.

Tout le contraire de Christian Constantin, un président bien de chez nous, qui s’illustre à sa manière…

J’ai de la sympathie pour le personnage, beaucoup moins pour son combat. Comme toutes les activités humaines, le foot est régi par des règles qui sont faites pour être respectées. Dès lors, je comprends mal son entêtement. Mais peut-être se prend-il pour Farinet, ce héros des Valaisans.

Dans un registre plus grossier, que dire du comportement de José Mourinho, qui multiplie les écarts de conduite depuis son arrivée au Real de Madrid. La honte du football espagnol de l’avis de Gérard Piqué, le défenseur de Barcelone…

Je suis d’accord avec lui. Le Real a un devoir d’exemplarité à assumer et le respect de l’adversaire est ancré dans sa culture. Par ses déclarations et ses gestes antisportifs, Mourinho bafoue ce dogme et salit l’image du club. Le président devrait le licencier sans attendre et sans le moindre état d’âme.

Entraîneur de foot, un job bientôt impossible à exercer à ce niveau?

La question ne concerne pas seulement le foot. Dans les entreprises, les écoles, la pression du résultat et de la performance est toujours plus forte. Plus question de prendre le temps de construire, de rallier une équipe à un projet et de le mener à bien. Il faut du succès tout de suite. Bientôt, on se rendra compte que cette gestion ne mène à rien et ne rend personne heureux.

En parlant de succès immédiat, que dire de Lucien Favre, leader du championnat d’Allemagne avec son Borussia Mönchengladbach qu’il sauvé de la relégation il y a quelques semaines…

Lulu est un grand entraîneur, pour qui j’ai énormément de respect. Il a le profil et les qualités pour succéder à Hitzfeld le jour où celui-ci quittera la Nati. Cas échéant, il se souviendra peut-être de notre bras de fer alors qu’il entraînait Servette et moi la Suisse. Il refusait de libérer ses internationaux pour un camp d’entraînement, à Chypre. Après plus d’une heure de vaines palabres, je me suis levé et lui ai proposé de changer les rôles. Finalement, les Servettiens sont arrivés à Larnaca un jour après les autres. Une sacrée tronche, ce Lulu…

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Tags: Interview, Köbi Kuhn, foot, Nati, José Mourinho Aller en haut de page Haut de page

 

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Pierre Perritaz, le 31.08.2011 à 06:55

Quel comique le Köbi! En tant que selectionneur raté, le mieux qu'il puisse faire serait se faire oublier et ne pas la ramener en donneur de leçons. C'est au mieux pathétique! Bonne retraite!

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